La collection d’un musée breton dédié au patrimoine des arts et métiers vendue aux enchères dans le Morbihan
par Clémentine Pomeau-Peyre
En octobre dernier, le musée privé des Arts, métiers et commerce de Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le Morbihan, a définitivement fermé ses portes. Du 13 au 16 avril, il accueillera une dernière fois son public pour la vente aux enchères de sa collection, comptant plus de 2 200 trésors d’art populaire.
A collection exceptionnelle, dispositif inédit ! « Pour cette vente qui va comporter plus de 2 200 lots, nous avons créé une salle de ventes au milieu de l’ancien musée, et organisé plusieurs jours de visites », détaille Yves Cosquéric. Le commissaire-priseur a prévu quatre jours de vente pour disperser cet ensemble unique, qui constituait le musée des Arts, métiers et commerce de Saint-Gildas-de-Rhuys. Yves Cosquéric connaît très bien cette collection ainsi que ses propriétaires : « Mariannick et Michel Craneguy ont acheté un certain nombre d’objets chez moi pour alimenter le musée qu’ils ont créé dans cet espace de plus de 1 000 m2. Passionnés par les vieux métiers, les vieux commerces, les traditions, ils ont fait vivre leur musée pendant des dizaines d’années ».
Une collection de plus de 2 200 objets d’art populaire
À Saint-Gildas-de-Rhuys, il a longtemps été possible de visiter une salle de classe du début du XXe siècle, une épicerie à l’ancienne, ou les étagères d’une pharmacie vintage. La spécialité de ce musée était la constitution d’ensembles cohérents, autour d’un même thème. « Ils n’ont pas forcément exposé d’objets très chers, mais bon nombre d’entre eux sont quasiment introuvables aujourd’hui, souligne le commissaire-priseur de Brest, dont les plus fragiles comme les boîtes en carton pour le chocolat ». L’univers du cacao fait partie des domaines attendus par les collectionneurs, avec notamment un kiosque publicitaire formant tirelire en tôle lithographiée pour le chocolat Menier (300 à 500 euros) ou une horloge publicitaire en tôle de la maison Chocolat Revillon (50 à 80 euros). Les plus gros prix seront néanmoins à rechercher du côté des jouets. Et plus précisément vers deux voitures d’enfants, une Sbarro BMW Baby (pouvant atteindre 35 km/h) de 1976 toute équipée (9 500 à 12 000 euros), et une Citroënnette C6 électrique de 1928 avec ses batteries électriques (5 000 à 6 000 euros). D’autres voitures, mais à pédales, sont également au programme : une Ferrari type Spa laquée rouge (200 à 300 euros) ou une Renault Floride beige (200 à 250 euros).
Des œuvres de Benjamin Rabier et des plaques émaillées
Autre succès probable : les plaques émaillées avec notamment une plaque ovale de la marque Citroën qui prévient « Ralentir Ecole » (800 à 1 000 euros), une autre, toujours ovale, pour les potasses d’Alsace (500 à 800 euros) ou une plaque ronde Vache qui rit par Benjamin Rabier (400 à 600 euros). Le nom de Benjamin Rabier sera prononcé à de multiples occasions dans cette vente : un dessin original aquarellé de Gédéon Alfred et Roudoudou (1 500 à 2 000 euros), de nombreuses planches originales à l’encre sur papier (800 à 1 200 euros), des serre-livres en métal chromé (400 à 600 euros), et jusqu’à de tous petits objets tels qu’une salière publicitaire en forme de baleine pour le sel de mer La Baleine (30 à 50 euros). Yves Cosquéric souligne la poésie de certains objets, en particulier bretons : « les travaux de paludiers, peu connus, sont de petits trésors fragiles ». Deux couples de mariés sous globe, en carton, coquilles et tissu (100 à 250 euros), de délicats carnets de bal en carton et coquillages (100 à 120 euros les trois) ou un crucifix en coquilles et os (80 à 120 euros) illustrent cet artisanat perdu.
Plongée dans les échoppes et salles de classe d’antan
Dans une catégorie plus insolite mais très recherchée, il faut signaler trois écorchés en composition : un du système digestif et un de l’abdomen (450 à 600 euros pièce), et un autre des poumons et du cœur (300 à 400 euros). Ils ont pu prendre place dans la reconstitution d’un cabinet médical ou d’une pharmacie, avec un comptoir en pin (150 à 200 euros), ou des séries de pots à pharmacie en porcelaine (60 à 80 euros), en verre soufflé (50 à 80 euros) ou en opaline (50 à 80 euros). Pour vous guider dans cette série de ventes qui comptent chacune plus de 500 lots, sachez que les lots défilent par univers : le premier jour débute avec l’école, puis Benjamin Rabier, l’échoppe du coiffeur avant celle du parfumeur, de l’horloger et du bijoutier. « Cette collection constituée pendant plus de 40 ans n’a malheureusement pas intéressé de musée, ou la région », regrette Yves Cosquéric. Le commissaire-priseur signale que plusieurs offres pour reprendre un ou deux thèmes ou professions ont bien été déposées, mais le couple Craneguy leur a préféré une grande vente, afin que tout le monde puisse profiter une dernière fois de leur musée, en emportant au passage un souvenir acquis aux enchères.
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