Les expéditions au Moyen-Orient du XVIe au XIXe siècle : des ouvrages anciens en vente à Montignac
Chaque année, Maître Paul Pastaud organise une grande vente aux enchères de livres anciens et modernes à Montignac, en Dordogne. A l’occasion de la 24e édition, qui se tiendra les 20, 21 et 22 août, le commissaire-priseur dispersera plusieurs ouvrages témoignant de la fascination occidentale pour le Levant. Zoom sur trois récits de voyage, datés du XVIe au XIXe siècle, et contant les pérégrinations d’un géographe, d’un peintre et d’un directeur de musée.
Les us et coutumes durant l’Empire de Soliman le Magnifique par Nicolas de Nicolay
En 1567, Nicolas de Nicolay (1517-1583) livrait l’un des plus bel ouvrage sur l’Empire ottoman aux temps de Soliman le Magnifique. Ce soldat et géographe au service du roi Henri II sillonna l’Europe du Nord et du Sud, avant de rejoindre le Proche-Orient avec l’ambassadeur et chevalier français Gabriel d’Aramon. « Il y effectua des relevés topographiques des différents sites visités tels que Constantinople et s’arrêta également à Alger, dont il fournit la première description détaillée », explique Elvire Poulain-Marquis, expert en livres anciens. De son voyage demeurent les Quatre premiers livres des Navigations et pérégrinations Orientales, dont une rare édition originale de 1568 sera mise aux enchères le 20 août à Montignac, estimée entre 5 000 et 6 000 euros. « C’est un récit passionnant fourmillant d’anecdotes et de détails d’une grande précision sur les mœurs et coutumes des habitants de l’Empire ottoman, qui était resté alors source de fantasmes et de mythes exotiques pour l’Occident, après la chute de Constantinople en 1453. »
Pourvu de 60 planches gravées en taille-douce, l’ouvrage témoigne des us et coutumes de l’Empire ottoman à travers les représentations de ses habitants. « Ces gravures représentent des costumes masculins et féminins de la Turquie, de l’Arabie, de la Grèce, précise l’expert. C’est la première série de documents sérieux sur les habillements du Proche Orient. Aussi a-t-elle été copiée par la plupart des dessinateurs d’habits du XVIe siècle. » Marchand Juif ou Arménien, Esclave More, Porteur d’eau de La Mecque, Turque allant au Bain, Fille de Joye Turque, Femme de Macédoine, Religieux Turcs, Médecin Juif, Cuisinier Turc, Lutteurs, Janissaires, Filles de l’Isle de Chio ou de Paros, Emir… Autant de personnages à découvrir dans cet ouvrage exceptionnel et complet. « Il est rare de trouver un exemplaire comprenant toutes les planches, celle du Calender manquant souvent à l’appel. A noter d’ailleurs qu’ici, le sexe portant l’anneau de chasteté du Calender religieux turc a été, encore plus chastement, recouvert d’encre. »
Les pérégrinations d’un peintre hollandais de l’Egypte en Terre Sainte

Dessinateur, peintre et grand voyageur, Cornelis de Bruijn, dit Corneille Le Brun (1652-1727), quitta sa Hollande natale en 1674 et entreprit en solitaire un long périple à travers le Moyen-Orient. Promu à la tête de la guilde des peintres de La Haye en 1699, il devient en 1714, avec son ouvrage Voyage au Levant pourvu de vues touristiques précises, le premier artiste à faire publier en Europe des dessins de Jérusalem et de l’intérieur des Pyramides d’Egypte. « Son ouvrage est très illustré et parmi les nombreuses planches on peut noter les panoramas dépliants de Smyrne, Constantinople, Scio, Rhodes, Tyr, ou encore Palmyre, ainsi que des représentations de costumes et d’animaux », détaille Elvire Poulain-Marquis. Estimé entre 6 000 et 8 000 euros, un exemplaire tiré de la seconde édition parisienne, entièrement gravé sur cuivre, sera mis en vente le 20 août à Montignac. « Les planches sont restées très fraîches, ce qui est rare. En effet, la plupart des exemplaires, qu’ils soient de la première ou de la seconde édition, sont souvent roussis et brunis. »

Voyage dans le Levant d’un directeur du musée du Louvre

Portraituré par Ingres, le comte Forbin (1777-1841) fut l’un des acteurs majeurs de l’enrichissement des collections des musées français. Nommé en 1816 directeur général des musées royaux, il entreprit d’étoffer les collections du musée du Louvre avec l’acquisition de chefs-d’œuvre tels que Les Sabines et Léonidas aux Thermopyles de David (1819), la Vénus de Milo (1820) ou encore le Radeau de la Méduse de Géricault (1824). « En 1817, poursuivant sa politique d’acquisition d’antiquités pour les musées français, Forbin effectua un long voyage d’une année dans le Levant à travers l’Asie Mineure, la Palestine et l’Egypte où il remonta le Nil, accompagné des peintres Pierre Prévost et son neveu Léon Matthieu Cochereau ainsi que de l’architecte Jean-Nicolas Huyot », détaille Elvire Poulain-Marquis. L’expédition, qui le conduisit du Caire et Alexandrie, jusqu’à Athènes, Constantinople et Jérusalem, prit fin le 24 avril 1818 au lazaret de Marseille. « Elle aura permis d’acquérir (selon les précisions de Forbin) pour 28 000 Francs d’antiquités pour le musée Royal. »
De cette campagne, le comte Forbin livra un témoignage dans le Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, dont un exemplaire de 1819, en très grand papier vélin in-plano, sera mis en vente le 20 août à Montignac. « Cette édition originale, estimée entre 3 000 et 4 000 euros, est très rare et recherchée. Elle n’aurait été tirée qu’à 325 exemplaires. » Elle comprend 80 planches hors-texte, dont 70 lithographies incunables exécutées en 1818 par Lecomte, Carle Vernet, Horace Vernet, ou encore J.-B. Isabey, et dévoilant des vues d’Athènes, Milo, Ephèse, Saint-Jean d’Acre, Jafa, ou encore Jéursalem. « L’ouvrage fut l’un des premiers livres français importants à utiliser la lithographie à grande échelle, et la qualité d’exécution est égale à celle de la Description de l’Egypte de Napoléon ou du Voyage de Denon ».

