Le 16 février 2021 | Mis à jour le 22 février 2021

Kupka et la Bretagne : un chef-d’œuvre symboliste aux enchères à Rennes

par Diane Zorzi

Provenant d’une collection particulière de Bretagne, un chef-d’œuvre de Kupka sera vendu aux enchères par Carole Jézéquel le 15 mars à Rennes. Estimé à plus de 200 000 euros, il témoigne de la fascination du pionnier de l’abstraction pour la côte sauvage de Trégastel où il séjourne dès 1896.

 

« J’ai aussi besoin de ces moments où je peux observer des lieux exempts de toute présence humaine, des endroits inhabités, sans arbres, où tu sais ce qu’est la mer, et si tu ne le sais pas – tu le sens avant de l’avoir compris… » En 1903, František Kupka (1871-1957) confie à son ami l’écrivain tchèque Machar son admiration pour la Bretagne où il séjourne à plusieurs reprises dès 1896, alors qu’il réside à Paris, dans le quartier de Montmartre. Ce havre de paix, loin de l’agitation parisienne, lui inspire de nombreuses études qu’il reprend au sein d’œuvres célèbres telles que La vague ou Epona-Ballade, Les Joies, un panneau, daté de 1902, donnant à voir deux femmes nues chevauchant sur une plage. « Le cheval est un sujet récurent dans la période symbolique de Kupka. Présent dans de nombreux contes et légendes traditionnels, aussi bien bretons que slaves, il symbolise le mouvement, la vie, la liberté et la sensualité », détaillent les experts Michel et Raphaël Maket qui présenteront aux enchères le 15 mars avec Carole Jézéquel un chef-d’œuvre de l’artiste tchèque, daté de 1909 et dévoilant un cheval blanc cheminant devant la chapelle Sainte-Anne de Trégastel, sur la Côte de granit rose.

 

Une vue de Trégastel datée de 1909

Avant de s’imposer comme le pionnier de l’abstraction, Kupka explore au début des années 1900 l’Art nouveau, le fauvisme et l’expressionnisme, menant des recherches actives sur la couleur et sa force expressive symbolique, héritées des théories de Goethe et Chevreul, et s’intéresse à la théosophie, l’occultisme et le spiritisme, livrant une série d’œuvres d’art dans la lignée des symbolistes. « La diversité des œuvres des années 1905-1910 démontre qu’au fil des influences et de ses recherches, d’apparences chaotiques, Kupka suivait un cheminement personnel cohérent. Notre peinture de 1909 n’échappe pas à cette logique, et présente des analogies avec les créations majeures de cette période, à l’issue de laquelle l’artiste bascule dans l’abstraction », poursuivent les experts.

Ainsi les tonalités de jaune, de rouge et de bleu, relevées de touches de vert, évoquent-elles les harmonies colorées de son Grand Nu, Plans par couleurs peint en 1909 et conservé au Musée Guggenheim de New York, tandis que les camaïeux de jaune des pierres de la chapelle rappellent ceux de La Gamme jaune, un tableau de 1907 conservé au Centre Pompidou à Paris. « Ce traitement en camaïeu de jaune magnifie le muret et la chapelle. Symboliquement le jaune est une couleur solaire, source de vie, très importante dans l’œuvre de Kupka. La charmante petite chapelle de Trégastel est ainsi transformée en une icône mystique, ornée de l’ombre du calvaire. » Une ombre prolongée par celle du cheval blanc qui, étirée, teinte la scène d’une atmosphère onirique, métamorphosant l’animal en une créature fantastique. « Le spectateur est face à un choix : se diriger vers la tranquillité de la chapelle ou suivre le cheval blanc dans son échappée. »

 

Une toile estimée à plus de 200 000 euros

La toile est connue des spécialistes. Elle est mentionnée par la conservatrice de la Galerie Nationale de Prague, Anna Pravdova, qui précise dans le catalogue de l’exposition « Artistes tchèques en Bretagne, De l’Art nouveau au surréalisme », qu’elle fut réalisée par Kupka à l’occasion d’un nouveau séjour en Bretagne en 1909. Une région que le tableau devait finalement rejoindre en 1994, suite à son acquisition par les actuels propriétaires lors d’une vente aux enchères organisée à l’hôtel des ventes de Douai. Le 15 mars prochain à Rennes et en live sur Interencheres, les collectionneurs bretons devront faire preuve de persévérance s’ils veulent conserver sur leurs terres ce chef-d’œuvre de Kupka, un peintre convoité dans le monde entier et dont le dernier record s’élève à près de 3 millions d’euros depuis la vente d’une toile abstraite à Prague en novembre 2020.

Enchérir | Suivez la vente du 15 mars en live sur interencheres.com

 

František Kupka (1871-1957), Le cheval blanc, la chapelle Sainte-Anne devant la mer, Trégastel, 1909, huile sur toile signée et datée en bas à droite, 54,5 x 81,5 cm. Estimation : 200 000 – 300 000 euros.

 

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