Le 11 décembre 2023 | Mis à jour le 11 décembre 2023

Les casques militaires, des objets de collection riches en symboles

par Michel Fradin

Dans le vaste domaine du militaria, les coiffures militaires, et tout particulièrement les casques, occupent une place à part dans le cœur des collectionneurs. Prisés pour leur intérêt historique, autant qu’esthétique, ils alimentent un marché particulièrement dynamique. L’expert Michel Fradin en dresse un premier panorama… 

 

S’ils font partie de l’uniforme du soldat, les casques intègrent aisément les collections indépendamment de l’habit qu’ils complétaient autrefois. A cela plusieurs raisons. La plus triviale est probablement leur plus grande survie aux affres du temps, au contraire des tissus des chapeaux, képis et casquettes. Le casque possède en outre une puissance évocatrice incomparable, à la fois réelle et imaginaire. Réelle, car leurs matériaux de fabrication et leur décor leur donnent une allure et une force indiscutables. Imaginaire, car la fragile tête humaine, siège de quatre de nos sens, a toujours nécessité une protection. 

Le besoin de protection remonte aux origines de l’humanité, tant et si bien que le casque est en quelque sorte inscrit dans nos gènes. Les premières représentations remontent aux guerriers sumériens, vers 2 500 avant J.C.. Cette protection a également été empreinte d’une forte symbolique religieuse, au même titre que la tiare des pharaons, ou hiérarchique, le chef se distinguant par une coiffure plus luxueuse que ses contemporains. Ces symboles perdurent au fil des siècles, à travers des motifs faisant référence à la mythologie, la religion ou la culture nationale. Citons, en guise d’exemples, l’aigle des plaques des casques prussiens, la tête de Méduse sur les casques des cuirassiers français, ou encore la plaque des casques des mousquetaires du Roi qui reprend, quant à elle, en un même ornement, la croix et les fleurs de lys. 

 

Casque Illyrien, art grec, VIème-Vème siècle av. J.C. Bronze, les lignes de ce casque adoptent la morphologie du crâne et viennent le protéger, un revers de la tôle de bronze forme le couvre nuque. Le contour est agrémenté d’un décor d’ombilics successifs. Adjugé 49 400 euros par Aguttes le 18 décembre 2018 à Paris.

 

Sur le marché, les casques les plus anciens (grecs, gaulois, celtes, romains) alimentent non pas les ventes de militaria, mais sont mis à l’encan aux côtés d’objets archéologiques. Il faut attendre la période médiévale pour rencontrer ces heaumes, bassinets, armets et bourguignottes lors de vacations dédiées au militaria. A partir du Premier Empire, les casques militaires, alors réservés à la cavalerie, arborent un aspect de plus en plus spectaculaire avec l’adjonction de hauts cimiers surmontés de chenilles, prolongés de crinières de crins flottant au pas des chevaux, agrémentés de hauts plumets de couleur. Le but étant de donner davantage d’envergure aux cavaliers et de les protéger des aléas du combat.

 

Armet français, époque Louis XIII, vers 1630. Adjugé 18 200 euros par Joron-Derem le 13 Juin 2022 à Paris.

 

Le laiton des casques, doré ou argenté pour les officiers, se dote de bandeaux en peau de panthère, de têtes de méduse, de palmes, d’aigles, de fleurs de lys, d’éclairs ou de devises terrifiantes. Ainsi, si l’ennemi en a le temps, et s’il maîtrise le latin, il peut lire « Sensere Gigantes » (Les géants l’ont senti), ou « Quo Nuit et Lethum » (Où elle tombe (la grenade représentée), la mort aussi) ou encore « Alterius Jovis Altera Tela » (Les autres foudres d’un autre Jupiter) sur les casques des différentes troupes d’élite de la Maison du Roi sous la Restauration.

 

Casque de Mousquetaire du Roi de la 1ère compagnie, dit « Mousquetaires gris » modèle 1814. Bombe en cuivre argenté, cimier à flancs décorés de foudres enflammées, plaque ronde à la croix des mousquetaires, avant du cimier décoré d’une grenade explosant timbrée de la devise du corps « Quo Ruit et Lethum ». Adjugé 15 456 euros par Osenat le 8 octobre 2023 à Versailles.

 

La France n’est pas la seule nation concernée, les autres pays suivant aussi leurs propres modes, traditions et histoire politique. L’Empire allemand de la fin du XIXe siècle développe ainsi des casques à pointe dont la diversité est étonnante, même si l’on s’interroge sur leur efficacité au combat. 

 

Casque du 4ème régiment d’officier de réserve de grenadiers prussiens, modèle 1871-1899. Casque en cuir verni, garnitures en métal doré, coiffe intérieure e fine basane et en soie. Plaque à l’aigle dit « des vieux régiments » avec le monogramme de Frédéric-Guillaume Roi (FWR). Adjugé 7 503 euros par Metayer le 28 janvier 2023 par Metayer à Nevers.

 

Ces coiffures rutilantes connaîtront une fin brutale en octobre 1914, lorsque les combattants devront s’enterrer, se camoufler et surtout se protéger efficacement des pluies d’acier qui s’abattront sur eux durant quatre ans. C’est à cette époque que naissent les casques d’acier, ou casques lourds. Ils seront, à leur tour, les témoins d’heures glorieuses ou dramatiques. Bien que moins rutilants, avec leur couleur vert de gris ou kaki, ces casques sont collectionnés aujourd’hui avec la même ferveur que leurs aînés des siècles précédents.

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