Le 7 décembre 2023 | Mis à jour le 7 décembre 2023

Tout savoir sur la tanzanite, une pierre énigmatique plus rare que les diamants

par Diane Zorzi

La tanzanite est une énigme qui fascine les gemmologues du monde entier. Découvert en 1967, ce gemme bleu-violet ne compte qu’un seul gisement au monde, situé en Tanzanie, non loin du Kilimandjaro. Un mystère géologique que décrypte l’expert en bijoux et gemmologue Hector Yaiche…

 

En août dernier, Hector Yaiche entamait un périple aux environs du Kilimandjaro, sur les traces de la tanzanite. Fort de ses recherches menées sur le terrain, l’expert en bijoux donnera une conférence le 8 décembre à 18h à Saint Quentin, dans l’Aisne, à l’occasion d’une vente aux enchères de bijoux anciens et modernes, composée notamment de bagues, collier et boucles d’oreilles sertis de tanzanites. En avant-première, il nous livre ses secrets pour reconnaître cette pierre énigmatique qui, depuis sa découverte en 1967, a bouleversé le marché mondial…

 

Comment reconnaît-on une tanzanite ?

Hector Yaiche : La tanzanite se rapproche du saphir, tant et si bien que certains gemmologues l’ont appelée saphir zoïsite. Elle est reconnaissable à sa couleur violet-bleu, ou bleu-violet lorsque le bleu prédomine. Elle a par ailleurs la particularité de présenter un trichroïsme, de telle sorte que sa couleur diffère en fonction de l’angle de vue adopté. 

 

Quelle est l’origine du terme ?

H.Y. : Le terme « tanzanite » a été inventé par Tiffany&Co en 1968, en référence à la Tanzanie, le pays dont elle est originaire, et à la zoïsite, dont elle est une variété. Il a été imaginé au départ de conserver le terme anglais « blue-zoisite », mais celui-ci évoquait à l’oreille un terme bien peu commercial, celui de « suicid » en anglais ! 

 

Comment la tanzanite a-t-elle été découverte ?

H.Y. : Les ouvrages datent la découverte de la tanzanite en 1967 et en donne la paternité à Manuel de Souza, un mineur de la région. Or, sur le terrain, j’ai compris que la découverte avait été faite par un Tanzanien, Ndugu Jumanne M. Ngoma, dont le nom signifie en swahili « jouer de la musique le mardi ». Il a été le premier à rapporter une pierre au laboratoire gemmologique de la capitale de la Tanzanie, Dodoma. Il s’est battu de nombreuses années pour obtenir cette reconnaissance. L’état de la Tanzanie a d’ailleurs fini 17 ans plus tard, en 1984, par certifier qu’il était bien à l’origine de la découverte. Une découverte qui, d’ailleurs, n’en est pas réellement une. La pierre était connue des Masaï qui l’utilisaient depuis des siècles pour leurs jeux de société. Ils pensaient, selon des croyances ancestrales, que la tanzanite se formait lorsqu’un éclair touchait la roche, car elle avait la même couleur que la foudre. La science a confirmé ces croyances. En effet, les tanzanites brunes, lorsqu’elles sont chauffées à basse température, comme le feu d’un éclair lors d’un orage, se transforment en tanzanites bleues.

 

 

Où sont situés les gisements de tanzanite ?

H.Y. : Dans le monde, l’on ne connaît qu’un seul gisement qui ne s’étend que sur 14km2. Il est situé dans un village de Masaï, Merelani, non loin du Kilimandjaro. Ce village est aujourd’hui protégé, l’Etat a bâti un mur de 22 kilomètres pour contrôler la production, et il faut obtenir une autorisation pour accéder à cette zone où vivent plus de 10 000 personnes. Cette zone est découpée en quatre blocs. Pour me rendre sur place, je devais être accompagné d’un guide. Nous avons été fouillés à l’entrée pour vérifier que nous n’apportions aucun alcool et substances illicites, et également au retour pour, cette fois, s’assurer que nous n’avions volé aucune pierre. Il faut dire que la tanzanite est un véritable mystère géologique ! Elle est en effet une forme hydratée de la tsavorite, un grenat vert connu pour orner les yeux de certaines panthères Cartier, que l’on trouve principalement au Kenya et à Madagascar. Les scientifiques ne comprennent pas pourquoi la tanzanite n’y est pas présente.

 

Quels sont les moyens d’extraction mis en œuvre ?

H.Y. : D’importants moyens sont mis en place. Il s’agit d’un gisement primaire, il faut donc creuser et chercher la pierre dans la roche. Les mineurs descendent lentement avec des chariots par des trous de 1 000 mètres de profondeur ! La descente dure environ 15 minutes. La roche est une roche dure que l’on n’explose à l’aide de dynamite et marteaux piqueur… Je n’avais jamais vu un tel équipement. Ce n’est en rien comparable aux mines du Sri Lanka ou de Madagascar, où l’extraction nécessite uniquement de creuser un trou et où l’on descend par des cordes, échelles ou systèmes de poulies.

 

Par qui les gisements sont-ils exploités ?

H.Y. : L’exploitation a longtemps été réservée aux seules organisations gouvernementales. Elle est désormais ouverte aux mineurs privés. Quiconque souhaite investir, peut obtenir une zone à exploiter. Il existe en outre un musée de la tanzanite, The Tanzanite Experience, situé dans la ville minière d’Arusha, qui possède son propre laboratoire de certification et qui a à cœur de développer les recherches autour de cette pierre en accueillant des chercheurs internationaux. 

 

 

Comment s’assurer de l’authenticité d’une tanzanite ?

H.Y. : Pour reconnaître une pierre, un gemmologue se base habituellement sur ses inclusions, c’est-à-dire ses défauts qui représentent ses caractéristiques internes. Par exemple, on observe dans les émeraudes des « jardins » ou encore dans les diamants des inclusions de graphite. Les tanzanites qui sont utilisées en joaillerie sont souvent pures à la loupe, c’est-à-dire qu’elles n’admettent aucune inclusion. Le gemmologue les reconnaît donc à leur teinte bleu-violet, ou violet-bleu, ainsi qu’à leur trichroïsme, observé grâce à un dichroscope. Le gemmologue ensuite s’assure qu’il s’agit bien d’une tanzanite en la plaçant sous le réfractomètre, afin d’obtenir son indice de réfraction qui se situe autour de 1,700. 

 

Quelle est la valeur de la tanzanite sur le marché ?

H.Y. : La tanzanite a, globalement, une valeur marchande plus importante que l’aigue-marine, et moindre que le saphir, même s’il est compliqué de comparer deux gemmes de couleurs et de familles différentes. La valeur dépend en outre de la qualité de la pierre. Pour donner une estimation, je regarde en premier lieu la couleur. Les pierres dont la teinte dominante est le bleu sont les plus plébiscitées du fait de la profondeur et de la saturation qui en résultent. Ces pierres peuvent se vendre jusqu’à 400 ou 600 dollars le carat. Même si elles n’atteignent pas les prix du saphir, les plus grosses tanzanites obtiennent d’importants résultats. A titre d’exemple, en 2005, une tanzanite pesant près de 1 000 kg a été vendue 3,3 millions de dollars ! Jamais une pierre n’aura autant bouleversé le marché mondial en si peu de temps. Ce qui est fascinant également c’est que nous sommes peut-être, sous réserve de la découverte de nouveaux gisements, la dernière génération à voir la tanzanite extraite ! Selon une étude géologique menée par le gouvernement en 2013, il ne resterait que 20 ou 25 ans d’exploitation. Cela s’accompagnera sans doute, dans les prochaines années, d’une progression de la cote de la tanzanite, avec l’arrivée d’investisseurs et de spéculateurs.

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Image en Une : Tanzanite de 47,65 ct adjugée 32 000 euros par Millon Belgique.

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