A l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte, une vente aux enchères exceptionnelle sera organisée par Jean-Pierre Osenat les 5 et 6 mai prochains à Fontainebleau. Les collectionneurs y retrouveront un florilège de tableaux et objets d’art liés au premier empereur des Français.
Près de deux cents ans après sa disparition, la figure de Napoléon Ier continue d’alimenter les passions les plus irrationnelles. Entre mythification du personnage historique et fascination pour les fabuleux objets ayant trait à son existence, un véritable engouement accompagne les événements consacrés au « petit Caporal ». L’héritage napoléonien est aujourd’hui célébré par de nombreux écrits, expositions et hommages, mais également par des ventes aux enchères attirant les collectionneurs du monde entier.
Portraits d’apparat et peintures d’histoire
Parmi les lots les plus remarquables, les amateurs apprécieront une belle sélection de tableaux d’époque représentant des personnages ou événements historiques. Citons le Portrait de l’Impératrice Joséphine portant le diadème du Sacre orné de diamants et d’émeraudes par Jean-Baptiste Regnault (1754 – 1829), estimé entre 80 000 et 120 000 euros. « Dans cette parure si précieuse décrite par le peintre néo-classique, le diadème de l’Impératrice montre deux imposantes branches de lauriers en diamants se rejoignant au-dessus du front et prenant appui sur un bandeau fleuri serti de splendides émeraudes, un principe de composition naturaliste propre au style Empire« , décrit Karine Huguenaud, responsable des collections et des expositions de la Fondation Napoléon. Le cadre en bois et stuc doré d’époque Empire ajoute à la préciosité de l’ensemble. Figure également à la vente un Portrait de l’Impératrice Joséphine en costume de sacre réalisé à la pierre noire avec rehaut de craie blanche sur papier bistre par François Gérard (1770-1837) et estimé de 40 000 à 50 000 euros. Avec le portrait, la peinture d’Histoire sera également mise à l’honneur. Un grand dessin figurant l’Attaque du grand convoi ramenant les dames de la cour du roi Joseph en France par les guerilleros du général Mina dans le défilé de Salinas en Biscaye par Louis-François Lejeune sera proposé aux enchères (estimé entre 80 000 et 100 000 euros). La scène représentée par Lejeune, général et peintre français, apparaît comme la synthèse de deux batailles de 1811 et 1812. La vigueur des affrontements trouve un écho dans les tourments d’une nature agitée par l’imminence d’un violent orage. Lejeune affirme ici sa grande maîtrise de la peinture d’Histoire, saluée par ses contemporains à l’occasion du Salon de 1819. L’annuaire universel de l’exposition stipulait en effet que « si l’on jugeait de la valeur d’un tableau par l’affluence des curieux qu’il attire, celui-là vaudrait tous ceux du salon ensemble ».
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : JEAN-BAPTISTE REGNAULT, BARON (1754-1829)
Portrait de l’Impératrice Joséphine portant le diadème du Sacre orné de diamants et d’émeraudes.
Huile sur toile, porte le cachet de cire rouge sur la châssis aux partis d’Almeida et Ferreira de Luis Augusto Ferreira de Almeida (1817-1900), 1er comte de Carvalhido.
Très beau cadre en bois et stuc doré d’époque Empire
B.E.60 x 48,5 cm
82 x 72 cm avec cadre
On retrouve d’ailleurs ces mêmes armes ceintes des ordres de La Tour et de l’épée et de Villa Vicosa sur le portrait du Comte en 1873 par Pierre Jean Edmond Castan.
Nous remercions M.Alban Peres pour son aide précieuse dans l’identification des armes de Almeida.
« Le tableau reprend le portrait de l’Impératrice dans la grande composition du mariage du Prince Jérôme Bonaparte et de la Princesse Frédérique-Catherine de Wurtemberg ». Cependant l’expressivité du visage a « laissé penser que l’œuvre avait été réalisée à la Malmaison, en suite d’une séance de pose.»
Nicolas Sainte Fare Garnot
Conservateur
« Dans cette parure si précieuse décrite par le peintre Regnault, le diadème de l’Impératrice montre deux imposantes branches de lauriers en diamants se rejoignant au-dessus du front et prenant appui sur un bandeau fleuri serti de splendides émeraudes, un principe de composition naturaliste propre au style Empire »
Karine Huguenaud
Fondation Napoléon
Provenance :
– Hôtel Drouot salle n°1, 14-15 mars 1870, « Tableaux anciens et modernes formant la collection du Vicomte de Carvalhido », n°56 « Un portrait de l’Impératrice jusqu’à mi-corps » (attribué à Gérard).
– Vente Paris.
– Collection privée française
Expositions:
– Palais du Trocadéro, Portraits Nationaux, 1878, n° 765, (Par le Baron Gérard).
– Napoleon The Eagle Over Europe, Four exhibitions in China, Hubei Provincial Museum, Tianjin Museum, Lianonig Provincial Museum, 2015. Nanjing Museum
Œuvres en rapport :
– Collection F. Masson, puis don à la Fondation Dosne-Thiers.
– Stockholm, Nationalmuseum, NM 2432
Bibliographie :
– Frédéric Masson, 1898.
– Musée Jacquemart-André, Fondation Napoléon, Les Trésors de la Fondation Napoléon dans l’intimité de la Cour Impériale, 28 septembre 204 au 3 avril 2005, p.92-93.
– Chaumet en majesté, Joyaux de souveraines depuis 1780, p.200-201.
Biographies :
Jean-Baptiste REGNAULT (9 octobre 1754- 12 novembre 1829 Paris).
À dix ans il copiait les dessins que lui prêtait le collectionneur Bataille de Montval, lorsque son son père décide de partir avec toute la famille en Amérique. Là confié à un capitaine au long cours il devient mousse pendant cinq ans, jusqu›à ce que sa mère, veuve, rentrée à paris le retrouve.
De retour à Paris, il devient l’élève de Nicolas-Bernard Lépicié, Joseph-Marie Vien et de Jean Bardin, qui l’emmène à Rome où il prolonge sa formation. Son Diogène visité par Alexandre lui vaut le prix de Rome en 1776. Il séjourne à la Villa Médicis en compagnie de Jacques-Louis David et de Pierre Peyron.
Il est élu membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1783 et au Salon, il expose son morceau de réception L’Éducation d’Achille par le centaure Chiron (Musée du Louvre)
En 1787, il habite cour du Commerce à Paris et a pour élève Louis Lafitte. Il va initier sa jeune voisine, Constance-Marie Bondelu, à la peinture.
Il multiplie les sujets antiques, puis se passionne pour la Révolution et peint pour le Salon de 1795 La Liberté ou la Mort : au centre, le Génie de la France aux ailes tricolores survole le globe terrestre exprimant l’universalité des idées de 1793 ; à sa gauche, la Mort ; à sa droite, la République avec les symboles de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Sous le Premier Empire, Jean-Baptiste Regnault exécute de grands formats avec un formalisme hérité de l’antique. Le 7 février 1807, il est nommé professeur de peinture à l’École des beaux-arts de Paris, poste qu’il occupait depuis le 21 décembre 1805, mais sans appointements. Il succédait à Clément-Louis-Marie-Anne Belle et aura pour successeur Ingres en 1829.
Il expose au Salon jusqu’en 1809, puis abandonne sa carrière officielle et continue à peindre pour son plaisir des sujets tirés de la mythologie.
De 1816 à 1822 il est professeur de dessin à l’École polytechnique.
Il reçoit le titre de baron le 19 juillet 1829. Il a épousé en premières noces Sophie Meyer, dont il a trois fils.
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (36e division) à Paris.
Luis Augusto FERREIRA DE ALMEIDA (1817-1900), 1er comte de Carvalhido
Grand philanthrope, le comte avait beaucoup fais pour les populations portugaises du Brésil.
Ses services au Portugal ont également été l’enrichissement du Musée des Beaux-Arts de Lisbonne avec plusieurs dons spontanés de peintures, qui ont été transférés dans une salle nommée « Sala Conde de Carvalhido ». Ces salles ont été inaugurées par Dona Maria Pia en 1896. Plus tard, il émigre en France où il se marie pour la deuxième fois avec Dona Helena Ana Maria Antónia Leichtinger, de nationalité hongroise, avec qui il a un fils. Il meurt à Paris.
BARON JEAN-BAPTISTE REGNAULT (1754-1829)
PORTRAIT OF EMPRESS JOSEPHINE WEARING THE DIAMOND & EMERALD CORONATION TIARA
OIL ON CANVAS; STRETCHER WITH RED WAX SEAL OF LUIS AUGUSTO FERREIRA DE ALMEIDA (1817-1900), CONDE DE CARVALHIDO, SPLENDID FIRST EMPIRE WOODEN & GILDED STUCCO FRAME
B.E.
60 X 48.5CM (82 X 72CM WITH FRAME) Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : BARON FRANÇOIS PASCAL SIMON GERARD (1770-1837)
Portrait de l’Impératrice Joséphine en costume de sacre
Pierre noire avec rehaut de craie blanche sur papier bistre
Cachet rouge de la collection Déséglise
Sous-verre, cadre doré empire
27 x 19 cm
Cet important dessin d’après nature représentant Joséphine en buste en costume de sacre est le portrait réalisé d’après nature par le Baron Gérard probablement en 1804 juste après son sacre par l’Empereur Napoléon Ier et préparatoire au grand tableau de Joséphine en pied conservé au Musée national du Château de Fontainebleau.
Gérard fut plus que tout autre artiste proche de Joséphine de Beauharnais (1763-1814), mariée à Napoléon Bonaparte depuis 1796. Gérard rencontra la future impératrice en 1801, quand il reçut la commande, avec Girodet, de peindre deux tableaux sur le thème d’Ossian pour décorer la Malmaison, résidence personnelle de Joséphine. Il devint rapidement l’un des portraitistes les plus recherché de l’entourage des Bonaparte et naturellement quand Joséphine se fit couronner Impératrice par Napoléon Ier le 2 décembre 1804, elle fit appel à Gérard pour peindre son portrait officiel. Elle le nomma son peintre officiel en 1806.
Ne pouvant pas poser de longues heures pour le portrait officiel que Gérard termina en 1807, exposé au Salon de 1808 et maintenant conservé à Musée National du Château de Fontainebleau, Gérard réalisa ce présent dessin probablement au cours d’une seule pause. C’est probablement ce dessin qu’il réutilisa ensuite pour les nombreuses versions et réduction en buste qu’il peignit ensuite.
Dans ce portrait, Gérard figura l’Impératrice la bouche légèrement pincée, comme à son habitude, pour cacher ses dents gâtées. Dans son portrait peint en pied, Gérard transforma cette légère affectation en un simple sourire. Gérard dessina délicatement non seulement le visage de son modèle mais aussi précisément le diadème, les pendants d’oreille et le collier, auquel il n’aurait probablement plus accès après la réalisation de ce dessin. Le reste du corps, un peu à la façon d’Ingres quelques années plus tard, n’est que très légèrement esquissé. Le collier, d’émeraude, de diamants et de perles ainsi que les pendants, étaient la propriété personnelle de Joséphine. Le diadème par contre, constitué des diamants de la couronne, l’ancienne royauté française, ne lui appartenait pas. Dans le tableau de Fontainebleau, la couronne du sacre est située sur un coussin à côté du trône.
Le dessin a appartenu à Victor Déséglise (1839-1916 Issoudun), un collectionneur et bibliophile qui appartenait à la « Société des Amis des Livres » et aux « Cent Bibliophiles ».
Il avait réuni dans sa confortable demeure de Frapesle à Issoudun une très riche bibliothèque, des dessins et vignettes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles pour l›illustration de livres ainsi qu›un ensemble d›estampes et dessins anciens et modernes. Lié d›amitié avec ses contemporains, les frères Goncourt, il possédait aussi une riche série de leurs ouvrages.
Ses collections furent dispersées dans trois ventes, une de son vivant en 1896 et quatre après sa mort en 1921.
Trois marques furent apposées sur ses dessins référencées par Frits Lugt sont L. 356c, L. 356d et L. 356e. La première, que nous retrouvons sur le dessin que nous présentons, est généralement apposée sur les feuilles mêmes. Cette marque représente entremêlée les initiales du collectionneur VD avec celles de sa femme Jenny Bezançon. Les deux autres figurent plutôt sur les montures, parfois au verso, ou même sur les dossiers que l’amateur constituait pour certains de ses dessins.
Provenance:
– Ancienne collection Victor Déséglise (L. 356c)
– Collection privée française
Œuvres en rapport:
– Versailles, Domaine National du Château de Versailles, Portrait de l’Impératrice Joséphine impératrice des Français en buste (inv. MV 5135), en dépôt au château de Malmaison, Rueil-Malmaison
– Versailles, Domaine National du Château de Versailles, Portrait de l’Impératrice Joséphine impératrice des Français en pied, esquisse (copie) (inv. MV4860)
– Fontainebleau, Musée National du Château de Fontainebleau, Portrait de l’Impératrice Joséphine impératrice des Français en pied (inv. N18)
Expositions:
Hubei Provincial Museum, Tianjin Museum, Lianonig Provincial Museum et Nanjing Museum, Napoleon The Eagle Over Europe, Four exhibitions in China, 2015.
BARON GERARD (1770-1837)
PORTRAIT OF EMPRESS JOSEPHINE IN HER CORONATION ROBES
GRAPHITE WITH WHITE CHALK HIGHLIGHTS ON PAPIER BISTRE
RED SEAL OF THE DESEGLISE COLLECTION
FIRST EMPIRE GILTWOOD GLASS FRAME
27 X 19CM Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : LOUIS FRANÇOIS LEJEUNE (1775-1848)
Attaque du grand convoi ramenant les dames de la cour du roi Joseph en France par les guerilleros du général Mina dans le défilé de Salinas en Biscaye conduisant au col d’Arlabon, pendant la manche de Vittoria à Bayonne, le 25 mai 1812
Grand dessin à la plume, aquarelle et rehauts de gouache.
598 x 747 mm.
Avec passe-partout annoté. Sous verre.
Imposant cadre doré à décors d’étoiles et de palmettes, en bois et stuc doré.
Provenance : Galerie Didier Aaron, Biennale 2000.
Œuvre en rapport :
Huile sur toile conservée au Château de Versailles. 213 x 265 cm. MV6861
Historique :
Le grand tableau est exposé par Lejeune au salon de 1819, n°742, avec la notice suivante :
« Les détails du tableau sont historiques.
Les généraux de l’armée d’Espagne renvoyaient en France les non combattants sous l’escorte d’un même convoi.
L’on y voyait nos prisonniers et nos blessés, des dames espagnoles et françaises de la Cour de Madrid, des officiers de différents corps, rejoignant d’autres armées, les bagages et même un grand nombre de mérinos destinés à améliorer nos races de moutons.
En arrivant au défilé de Salinas, l’ennemi caché dans des ravins à droite et à gauche de la route, laissa passer notre avant garde sans se laisser découvrir, les collines étaient couvertes de bergers, et tout était préparer pour augmenter la sécurité des voyageurs. Ils traversaient avec plaisir des sites agrestes, où se voient plusieurs châteaux des maures ruinés par le Cid.
Cependant les approches d’un orage indiquaient à ceux qui avaient mis pied à terre pour jouir des beautés de la campagne, le besoin de se rapprocher de leurs voitures, quand tout à coup les guérillas du général Mina sortent à grand bruit de leurs embuscades et jettent le désordre au milieu du convoi. On vit alors les prisonniers d’agiter dans l’espoir d’être délivrés et leur présence augmentait le danger ; mais nos soldats loin de se laisser abattre, firent face de toutes parts. A la queue du convoi, ils rangent les chariots, en un carré dans lequel ils s’enferment pour tirer à travers les roues sur la cavalerie des espagnols. Ailleurs nos soldats blessés mêmes d’entre-aidant des membres qui leur restent, secondent leurs efforts de l’escorte, et font un rempart de leur corps aux femmes saisies d’effroi. Dans cette affreuse bagarre, l’amour filial et la tendresse maternelle ou conjugale animent d’une égale valeur tous les sexes et tous les âges.
La marquise de la Manca présente sa poitrine aux ennemis pour en garantir ses filles qu’elle réunit dans ses bras, un officier (il s’agirait du Comte de Beaumont), avec une jambe de bois, se dévoue pour la sauver.
La vivandière Catherine, se réunissant à plusieurs blessés armés, défend son mari malade et hors d’état de combattre.
Le petit tambour Jules, servant de garde à son père aveugle (représenté sous ls traits de Sir Charles Doyle), lui prend son épée pour le défendre ; le père ne songe qu’à garantir son fils et cherche à le couvrir de ses mains, tandis qu’un prisonnier généraux le protège lui même.
M. Deslandes, secrétaire du Roi, perd la vie dans les bras de sa femme qu’il veut défendre.
Les Anglais prisonniers, reconnaissant les bons traitements qu’ils ont recus, refusent, avec indignation, les armes qu’on leur apporte pour les délivrer et nous combattre, au contraire, ils s’arment de fusils de nos blessés et nos malades, s’en servent pour les défendre, prennent part à l’honneur de délivrer le convoi et rentrent ensuite en France avec lui. »
Le catalogue de l’exposition nous indique que selon plusieurs sources le tableau fut un vrai succès et qu’il fallut recourir aux gendarmes pour assurer le service d’ordre auprès du tableau. » Comme le constate l’annuaire universel lors de l’exposition « si l’on jugeait de la valeur d’un tableau par l’affluence des curieux qu’il attire, celui la vaudrait tous ceux du salon ensemble. »
D’autres détails sont à citer, on peut voir le général Lafitte défendre sa femme et ses enfants.
Deux actions tristement célèbres eurent lieu au même endroit, à Salinas, défilé qui conduit au col d’Arlabon, à une année d’intervalle, la première le 25 mai 1811, la seconde le 9 avril 1812. Toutes deux sont le fait de Mina qui y surprend à chaque fois un convoi fortement escorté et lui fait subir de lourdes pertes. Lejeune semble avoir synthétisé les deux batailles, celle de 1811 où des prisonniers anglais demandent effectivement des armes pour repousser les espagnols et celle de 1812 où Deslandes, sécrétaire du Roi est tué. Les lettres du Roi d’Espagne à son frère l’Empereur tombèrent aux mains de Mina.
Biographie :
Général Baron Louis François LEJEUNE (1775-1848)
S’il ne s’était engagé dans l’armée de 1792, il eût probablement été paysagiste comme son maître Valenciennes ; mais son choix d’une carrière militaire le destina à la peinture de batailles. Au combat, ses mérites lui valurent les titres d’aide de camp du général Berthier (1800), de baron (1810), de général de brigade (1812) ; à l’atelier, ils lui acquirent le succès et la confiance de Napoléon, qui fit de lui le chroniqueur des campagnes de l’Empire. Mais Lejeune s’était distingué dès le Consulat avec la Bataille de Marengo (1801), ouvrant la voie, que suivit Hennequin, de vastes vues panoramiques reprises au paysage militaire classique et amplifiées à l’aide de relevés topographiques précis. Soucieux du détail, il est également sensible à l’anecdote : son Bivouac de l’Empereur la veille d’Austerlitz (1808) sera le prototype des bivouacs popularisés par les gravures de Charlet et de Raffet. Blessé à Hanau en 1813, Lejeune se consacre à sa carrière de peintre. De diffuse qu’elle était, la composition de ses œuvres évolue alors vers une concentration synthétique : Bataille de La Chiclana (Salon de 1824). En 1837, l’artiste accepte le poste de directeur de l’École des beaux-arts de Toulouse. La plupart de ses toiles sont à Versailles. On lui doit enfin l’introduction en France de la première lithographie (Un cosaque), faite en 1806 à Munich dans l’atelier des inventeurs du procédé.
Bibliographie :
-Les guerres de Napoléon, Louis François Lejeune, général et peintre, Editions Hazan, 2012. p.172 et s.
– TRANIE et CARMIGNIANI, « Napoléon et la Campagne d’Espagne », Copernic, 1978, Paris, p.180 et s.
LOUIS-FRANÇOIS LEJEUNE (1775-1848)
ATTACK ON THE ESCORT OF THE COURT LADIES OF KING JOSEPH BY GENERAL MINA’S GUERILLAS IN THE SALINAS GORGE DURING THE MARCH FROM VITORIA TO BAYONNE – 25 MAY 1812
INK & WATERCOLOUR WITH GOUACHE HIGHLIGHTS Voir le lot
Une assiette du service particulier de l’Empereur
La vente du bicentenaire sera également l’occasion de découvrir une fabuleuse assiette du service particulier de l’Empereur dit « des Quartiers généraux », emmenée par Napoléon Ier lors de son exil à Sainte-Hélène. Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, la pièce est une réalisation de la Manufacture impériale de Sèvres de 1808. Le décor central figure « Le Grand Frédéric et ses lévriers dans les jardins du Palais de Sans-Souci à Potsdam », un thème non belliqueux conforme aux instructions de Napoléon, qui souhaitait pour ce service qu’ « il n’y ait point de bataille ni de noms d’hommes mais qu’au contraire, les sujets n’offrent que des allusions très indirectes qui réveillent des souvenirs agréables ». Une telle assiette, dont la qualité d’exécution est à la mesure de sa charge historique, est rarissime sur le marché des enchères. Elle pourrait susciter l’intérêt de nombreux collectionneurs et institutions français et étrangers. Figureront à la vente plusieurs autres réalisations de la Manufacture de Sèvres, dont le plateau du déjeuner « Têtes de Madones » d’après Raphaël (estimé entre 80 000 et 120 000 euros) et une suite de treize assiettes à potage en porcelaine (estimée 6 000 – 6 500 euros).
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : RARE ASSIETTE A DESSERT DU SERVICE PARTICULIER DIT «DES QUARTIERS GENERAUX».
«Le Grand Frédéric et ses lévriers dans les jardins du Palais de Sans-Souci à Potsdam. »
Rarissime assiette de Sèvres du service particulier de l’Empereur dit «des Quartiers généraux», emmenée par l’empereur Napoléon Ier lors de son exil à Sainte-Hélène.
Marli orné d’une frise de glaives reliés par une suite de feuilles de laurier et enrichie d’étoiles, sur fond vert de chrome.
Le fond est peint par Swebach d’une vue de la façade du Palais de Sans-Souci côté jardin.
Le Roi Frédéric II est assis sur la terrasse, jouant avec trois chiens. Au fond, on peut apercevoir le moulin à vent du Parc.
Gravé au dos du chiffre «LL» entrelacé et numéroté «N°68», marque en creux « LD 7 ».
Diam.: 23,3 cm.
B.E. Travail de la Manufacture impériale de Sèvres. Mars 1808.
Historique du service :
Payé 65 449 francs, le service particulier de l’Empereur comportait outre un surtout de table en biscuit et un cabaret à café, un service à entrée et dessert dans lequel on retrouve les 72 assiettes à dessert dites «des Quartiers généraux». Celle ci coûte 425 francs, ce qui est un record pour l’époque. Les instructions de Napoléon reprises par Daru étaient que «que parmi ces dessins, il n’y ait point de bataille ni de noms d’hommes mais qu’au contraire, les sujets n’offrent que des allusions très indirectes qui réveillent des souvenirs agréables».
Lors de la 1ère Restauration en 1814, Louis XVIII prend possession du service, fait disparaître les marquages de la Manufacture impériale de Sèvres, appose son monogramme (le double L) et fait numéroter les assiettes. Après Waterloo, l’Empereur emporte à Sainte Hélène 70 (ou 60) assiettes de son service, dont la nôtre.
Certaines des assiettes du service furent données par l’Empereur lui même, notamment aux dames de Sainte Hélène.
L’inventaire dressé à la mort de l’Empereur faisait état de «54 assiettes de porcelaine de Sèvres pour dessert» et son testament stipulait: «[…] Je charge le comte de Montholon de garder ces objets et de les remettre à mon fils lorsqu’il aura seize ans…».
On connaît les difficultés que Montholon aura à transmettre ces objets au fils de Napoléon.
Après le refus de la monarchie autrichienne d’exaucer les volontés du défunt, Montholon conservera ces assiettes puis en donnera certaines, notamment au fils de Las Cases.
Historique de l’assiette :
On sait que cette assiette fut peinte par Swebach en mars 1808. La composition du fond reprend un dessin de Denon (parfois attribué à Benjamin Zix) de la façade de Sans Souci, côté jardin, issu d’un cahier de 101 dessins. La vue, plus large que la nôtre, représente là aussi le grand Frédéric et ses chiens.
Différence par rapport à notre dessin, il est inscrit « SANS-SOUCIE » (sic) sur la façade. Une annotation « Fait » au crayon sur le dessin montre qu’il était préparatoire, soit à une oeuvre plus grande, soit à notre assiette.
Le thème respecte bien la volonté impériale « d’allusions très indirectes qui réveillent des souvenirs agréables », comme l’admiration bien connue de Napoléon Ier pour le Grand Frédéric.
La suite est plus obscure, comme souvent pour les assiettes de ce service. L’assiette fut donnée à un des compagnons d’exil après la mort de l’Empereur.
Elle fut retrouvée sur le marché de l’art par un collectionneur napoléonien averti, mêlée à d’autres assiettes dans un lot très disparate. Achetée, pour ne pas dire sauvée, elle se trouvait avec l’assiette n°45 « La Frégate La Muiron débarquant à Ajaccio avec le Général Bonaparte en octobre 1799 ».
Pièces en rapport:
-La fondation Napoléon et le château de Fontainebleau conservent de nos jours les plus grandes collections d’assiettes de ce service exceptionnel.
-Quelques rares assiettes sont conservées en main privée, dont celle provenant des collections du Musée napoléonien du Palais princier de Monaco, représentant les tentes impériales sur l’île de Lobau (1809) et celle représentant la frégate Muiron à Ajaccio (1808).
-Le Musée du Louvre possède une autre assiette du même service (n°38), présentant une vue plus lointaine du Palais de Sans-Souci, par Robert. Don de Madame Pardee en 1969 (OA 10354).
Bibliographie:
– Nous nous réfèrerons à l’article extrêmement complet de Bernard Chevallier dans «Trésors de la Fondation Napoléon. Dans l’intimité de la Cour impériale.» p.127 et suivantes.
– Sur les assiettes apportées à Sainte-Hélène, Bernard Chevallier, Le mobilier et la vaisselle de Napoléon à Sainte-Hélène, «Sainte-Hélène, île de mémoire», p.114.
Rapport de condition :
Bon état. Une légère griffure (1 cm) sur le décor peint, à droite du grand Frédéric sur la façade du Palais.
FROM NAPOLEON’S QUARTIERS GENERAUX SERVICE (1808) USED ON ST HELENA
SEVRES DESSERT-PLATE FEATURING FREDERICK THE GREAT WITH HIS GREYHOUNDS AT SANS-SOUCI Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : SÈVRES
Plateau du déjeuner « Têtes de Madones d’après Raphaël » 2ème grandeur en porcelaine dure réalisé par la manufacture de Sèvres en 1813, peint au centre de la Vierge à la Chaise ou Madonna della Seggiola ou Sedia dans un médaillon circulaire sur un fond or entouré de l’inscription : LA MADONE DE RAPHAEL LA MADONA DELLA SEDIA et cerné d’une rosace formée de feuillages, arcades et fleurs brunis à l’effet, le bord décoré en grisaille sur le fond or de griffons affrontés autour de candélabres, rosettes et rinceaux feuillagés.
Signé dans la peinture à gauche : Victoire Jaquotot 1813.
Au revers la marque à la vignette de la manufacture impériale de Sèvres en rouge : aigle couronné Manufacture Impériale SEVRES.
L’inscription en or :
Par Me JAQUOTOT
D’après le TABLEAU dU MUSEE NAPOLEON
N°1129
La marque en or TZ pour l’année 1813 et la date et marque de doreur 26 avril BT Dps pour le doreur Charles Marie Pierre Boitel, la peinture des ornements par Jean Claude Antoine Deperais.
Numéro à l’encre : 1229.
Epoque Empire, année 1813.
Longueur : 37 cm.
Largeur : 33 cm.
Très bon état
Provenance :
Livré au Palais des Tuileries pour être offert en présent de jour de l’an 1814 et gardé par l’Impératrice Marie-Louise
Ancienne collection de la maréchale Louise Lannes, duchesse de Montebello (1782-1856), dame d’honneur de l’impératrice Marie-Louise.
Ce plateau est la pièce principale du déjeuner Têtes de Madones d’après Raphaël réalisé par la manufacture de Sèvres en 1813. Alexandre Brongniart confie la peinture de cet ambitieux cabaret à Marie-Victoire Jaquotot. La miniaturiste avait déjà montré son talent pour la peinture sur porcelaine des têtes ornant les cabarets des femmes célèbres ainsi que des tasses réalisées à partir de 1809, décorées du portrait de Jeanne d’Aragon ou du Génie de la Poésie d’après le tableau et le dessin de Raphaël conservés au Musée Napoléon (futur musée du Louvre), ou encore sur un vase fuseau orné d’un portrait de Raphael d’après son autoportrait1.
Le choix des Madones d’après Raphael n’est pas exclusivement déterminé par le talent de Victoire Jaquotot à reproduire les œuvres du maître italien mais sans doute aussi par le symbole de pouvoir que représente la possession de ces tableaux par la France sous l’Empire.
Pour le centre du plateau, après une hésitation avec La Belle Jardinière, le choix se porte sur La Madonna della Sedia.
Ce tondo est peint par Raphael à Rome en 1514, sans doute commandé par le Pape Léon X, il entre dans les collections des Médicis et il est conservé au Palais Pitti à Florence jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En mars 1799, les troupes françaises occupent la Toscane entrainant la fuite du grand-duc Ferdinand III vers Vienne. Figurant au rang des 506 tableaux pris en Italie entre 1797 et 1814, La Vierge à la Chaise, saisie à Florence en mars ou avril 1799, arrive à Paris en janvier 18002. Elle est présentée au Louvre lors de l’exposition ouverte le 28 ventôse an VIII (19 mars 1800), puis répertoriée sous le n° 1129 lors de l’inventaire du Musée Napoléon. Le choix de la peinture pour le centre du plateau du cabaret est donc porté non seulement sur un chef d’œuvre de Raphael mais aussi sur l’image glorieuse d’une prise de guerre.
La Madonna della Seggliola sera restituée à l’Italie par la France en 1815 à la suite de la seconde abdication de Napoléon. Lors d’une dernière visite aux tableaux au Louvre en mars 1814, Stendhal insiste auprès de Dominique Vivant-Denon pour que la Vierge de Raphael échappe à la restitution et suive Marie-Louise à Rambouillet3. Le baron Denon refuse d’entendre cette suggestion et La Madonna della Sedia quitte la France le 24 octobre 1815 avec 248 autres tableaux, convoyés dans 41 chars escortés par les soldats prussiens. La Vierge à la Chaise de Raphael est aujourd’hui conservée au Palais Pitti à Florence.
Dès la fin du XVIIIe siècle, la copie de tableaux sur porcelaine est perçue comme le moyen de « transmettre à la postérité la plus reculée les chefs d’œuvres de ces hommes qui ont illustrés les arts »4. La réussite du déjeuner des Têtes de Madones va encourager Alexandre Brongniart à poursuivre dans la voie tracée et le plateau peut être considéré comme un prélude à la reproduction de tableaux sur plaques de porcelaine. Il est conscient des effets que le temps peut avoir sur les tableaux des maîtres anciens ; la photographie n’existant pas encore, il veut produire des répliques impérissables. L’administrateur de Sèvres écrira en 1835 : « La copie sur porcelaine de tableaux remarquables doit être une des attributions de la Manufacture … Au nombre des services les plus essentiels qu’une des branches de l’art céramique, la porcelaine, peut rendre aux arts du dessin, c’est la transmission la plus complette sous tous les rapports et le plus inaltérable des chefs d’œuvre de la peinture »5.
Les documents conservés aux archives de la manufacture de Sèvres précisent la composition et le programme de ce déjeuner des Têtes de Madones d’après Raphael : un plateau ovale 2eme grandeur La Madonne à la Chaise peint dans un cartel rond au milieu, une tasse Jasmin, 1ère grandeur, anse vermeil et sa soucoupe fond et doublé d’or La Vierge à l’Enfant, une théière Asselin fond d’or la Vierge au voile, un sucrier à anse vermeil une Tête de la Jardinière et un pot à lait grec Ste Vierge6.
Victoire Jaquotot signale à Brongniart le 14 mars 1813 : « Quant au sujet du plateau (…) je n’ai pas pensé un instant me servir d’autre model que l’original et conséquemment d’autre moyens que le local promis par Mr Denon »7. La manufacture fait toutefois l’acquisition pour Madame Jaquotot d’une gravure représentant la Vierge à la Chaise en mai 18138. Le portrait sur ivoire de Victoire Jaquotot par Charles Etienne Leguay conservé au musée du Louvre la représente assise tenant précisément une gravure de la Vierge à la Chaise dans la main (fig. 1)9.
Le 30 mai 1813, la miniaturiste partage avec Alexandre Brongniart sa conception de la composition du plateau : « Je m’empresse de vous envoyer Monsieur ainsi que je vous l’ai promis la gdeur figurée du médaillon que je peux faire sur le petit plateau. Cette gdeur est exactemt de 5 pouces 9 lignes de diamètre. Le tableau est d’un rond parfait, qu’il faudra suivre exactemt. Quant à la bordure ou plutôt l’encadremt, je désirerais qu’il eut l’effet et la masse à peu près de ce que j’ai indiqué. Je veux dire par là, qu’il faut à cette peinture une très large bordure qui cependant ne fait pas lourde, et pour cette raison le croquis que j’ai indiqué serait à jour pour le bord extérieur de la bordure et laisserait par ses jours voir le fond »10.
Fig. 1 Charles-Etienne Leguay, portrait de Marie Victoire Jaquotot,
miniature sur ivoire, musée du Louvre, RF30768
Jaquotot reçoit le plateau le 4 août 1813 et se rend à plusieurs reprises au musée du Louvre. Elle rend le plateau pour cuisson dans le courant de septembre. Il est à nouveau entre ses mains en octobre pour la retouche et terminé au début du mois de novembre 1813. Elle reçoit 1800 francs pour le plateau et 400 francs pour chacune des quatre autres pièces. Les ornements en grisaille sont confiés au peintre Jean Claude Antoine Deperais et le cadre et le fond en or au doreur Charles Louis Constans11.
Victoire Jaquotot reçoit les louanges d’Alexandre Brongniart en décembre 1813 : « je me plais Madame à vous reporter ici ce que j’ai eu l’honneur de vous dire plusieurs fois, ce que je dis avec plaisir à toutes les personnes qui prennent quelqu’intérêt à l’art de la porcelaine : c’est que vous avez fait faire à la peinture sur porcelaine depuis 3 ou 4 ans des progrès très remarquables sous tous les rapports ; je voudrais qu’il dépendit de moi de vous le témoigner autrement que par de simples félicitations »12
Le déjeuner entre au magasin de vente le 24 décembre 181313, à temps pour être livré au Palais des Tuileries pour les présents du jour de l’an. Lors de cette distribution d’étrennes, la dernière et la plus fastueuse de l’ère impériale, c’est le lot le plus cher et il est gardé par l’impératrice Marie-Louise. Il figure sur un état des porcelaines de la manufacture impériale de Sèvres dont il a plu à leurs majestés de disposer à l’occasion du 1er jour de l’an 1814, sous le n° 23 : Un déjeuner de 4 pièces sur plateau fond or têtes de madones par Mde Jaquotot et la boëte….7270 francs… L’Impératrice14.(Fig. 2). Le prix du plateau, à 3.500 francs, atteint près de la moitié du prix total du déjeuner.
Fig. 2 Etat des porcelaines de la manufacture impériale de Sèvres
dont il a plu à leurs majestés de disposer à l’occasion du 1er jour de l’an 1814, Arch. Nat. Série O2
Une lettre adressée par Brongniart à Vivant-Denon le 25 mars 1814 vient confirmer que Marie-Louise a conservé ce déjeuner. Alexandre Brongniart est en train de concevoir un autre déjeuner, celui des portraits de cinq grands peintres français et de la copie de leurs ouvrages et souhaite obtenir à nouveau du baron Denon l’accès aux tableaux de ces maîtres conservés au Louvre. Sa requête début ainsi : « Mde Jaquotot a donné des preuves de son grand talent pour copier sur porcelaine les plus belles choses de Raphael, elle a fait l’année dernière un service de déjeuner dans ce genre qui a eu le plus grand succès et que S.M. l’impératrice a voulu garder pour elle ( …). »15
Marie-Louise a probablement offert le déjeuner des Têtes de Madones à sa dame d’honneur, la duchesse de Montebello juste avant son départ pour Vienne le 23 avril 1814. Il est en effet signalé dans les collections de la veuve du maréchal Lannes en 1838 par l’ami de Victoire Jaquotot et critique d’art Michelangelo Gualandi16. On sait que Marie-Louise a offert un autre de ses propres cabarets à la duchesse de Montebello. Le catalogue de la vente après décès de ses collections en 1857 mentionne le cabaret des peines et plaisirs de l’Amour livré à l’impératrice le 1er janvier 181317 et aujourd’hui conservé au château de Fontainebleau.
Les quatre autres pièces du déjeuner des Têtes de Madone, dans leur boite d’origine, séparées aujourd’hui du plateau, sont conservées dans une collection particulière18. (fig. 3)
1 Anne Lajoix, Marie-Victoire Jaquotot, 1772-1855, peintre sur porcelaine, Société de l’Histoire de l’Art Français, 2006
2 Marie-Louise Blumer, « Catalogue des peintures transportées d’Italie en France de 1796 à 1814 », p. 244-348, Bulletin de la Société de l’art français, 1936, fascicule 2.
3 Stendhal, Œuvres Intimes, tome I, 1801-1817, p. 1197, journal écrit par Crozet (1814).
4 J. L. Julien, Mémoire sur la manufacture nationale de Sèvres, destiné au Bureau des Arts, 22 septembre 1798.
5 Anne Lajoix, « Alexandre Brongniart et la quête des moyens de reproduction en couleurs », Revue Sèvres, 1992, n° 1, p. 69 et Arch. Sèvres, cité de la Céramique, T.24 dossier Jaquotot, 27 février 1835.
6 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, registre Vj’20, 1813, f° 4.
7 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton T6 liasse 2 dossier 4 (J à B rue St D.) Paris – Dimanche matin 14 mars 1813
8 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton T6 liasse 2 dossier 4 (J) 11/5/13 : fait remarquer a déboursé pour gravure Madone à la chaise qu’elle a montré samedi à Monsieur Brongniart
9 Musée du Louvre, RF30768
10 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton T6 liasse 2 dossier 4 (J à B rue St D.) Dimanche 30 may 1813
11 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton Pb3, liasse II (travaux de 1813 et 1814)
12 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton T6 liasse 2 dossier 4, le 14 Xbre 1813
13 Registre Arch. Sèvres, cité de la Céramique, Vv1, fol. 12, n°1
14 Arch. Nat, série O2
15 Arch. Sèvres, cité de la Céramique, carton T7 liasse 1 dossier 4
16 Cité par Anne Lajoix, Marie-Victoire Jaquotot, 1772-1855, peintre sur porcelaine, Société de l’Histoire de l’Art Français, 2006, p. 99 et note 340 et Anne Lajoix, « les bonheurs du marché de l’art », Revue Sèvres, n° 16, 2007, p. 106 et note 22.
17 Vente Paris, 16-19 février 1857, n° 393.
18 Ce déjeuner a fait l’objet d’un article par Anne Lajoix en 2007, Anne Lajoix, « les bonheurs du marché de l’art », Revue Sèvres, n° 16, 2007, pp. 105-106. Chaque pièce porte le même numéro à l’encre que sur le plateau : 1229.
SÈVRES
LUNCH TRAY «HEADS OF MADONNAS AFTER RAPHAEL» IN PORCELAIN MADE BY THE SEVRES FACTORY IN 1813, PAINTED IN THE CENTER OF THE VIRGIN IN THE CHAIR OR MADONNA DELLA SEGGIOLA OR SEDIA IN A CIRCULAR MEDALLION ON A GOLD BACKGROUND SURROUNDED BY THE INSCRIPTION: LA MADONE DE RAPHAEL LA MADONA DELLA SEDIA.
SIGNED IN THE PAINTING ON THE LEFT: VICTOIRE JAQUOTOT 1813. ON THE REVERSE, THE LABEL OF THE IMPERIAL MANUFACTURE OF SEVRES IN RED: CROWNED EAGLE MANUFACTURE IMPERIALE SEVRES. THE GOLD INSCRIPTION: BY ME JAQUOTOT. ACCORDING TO THE NAPOLEON MUSEUM TABLE. NO. 1129 Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : SEVRES
Suite de treize assiettes à potage en porcelaine à décor d’une rosace en or au centre et sur l’aile de frise de feuillage sur fond nankin. Marquées en rouge : M Imple de Sèvres 7.
Epoque Empire, 1807.
D. 23,5 cm.
(deux petits éclats)
Provenance:
Ces assiettes proviennent du service Fond Nankin, frise amomum coloriée livré le 31 décembre 1807 à M. de Cramayel, Maître des Cérémonies Introducteur des Ambassadeurs à l’occasion du mariage de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie avec la princesse Catherine de Wurtenberg (Arch. Sèvres, cité de la Céramique, Vbb2, f° 79 et Vy18, f° 29). Ce service ne comportait pas d’assiettes à dessert mais seules 24 assiettes à potage accompagnées de 2 saladiers, 4 beurriers, 2 saucières et 14 pots à crème.
Une assiette à potage de ce service est reproduite dans Napoléon 1er et Sèvres, l’art de la porcelaine au service de l’Empire, ouvrage collectif sous la direction de Camille Leprince, 2016, p. 269.
SEVRES
SET OF 13 PORCELAIN SOUP DISHES Voir le lot
Des souvenirs intimes de Napoléon Ier
La maison Osenat présentera également les 5 et 6 mai une belle sélection de souvenirs et objets ayant appartenu à Napoléon Ier ou ses proches. Citons le gobelet en cristal gravé au chiffre de Napoléon Ier et aux Grandes Armes Impériales (estimé entre 18 000 et 20 000 euros) et le somptueux traineau de l’Impératrice Joséphine (estimé entre 40 000 et 60 000 euros). Ces deux pièces d’une extrême préciosité sauront ravir les amateurs du goût Empire. Par ailleurs, des pièces plus intimes, comme une bande en batiste tâchée du sang de l’Empereur (estimée entre 10 000 et 15 000 euros) ou une paire de bas tissés en soie teintée rouge ayant appartenu à Napoléon Ier (estimée entre 8 000 et 12 000 euros), seront également proposées à la vente.
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : CHARPENTIER GRAVEUR, ATTRIBUE A
Superbe gobelet en cristal très finement taillé et gravé au chiffre de Napoléon 1er et aux Grandes Armes Impériales. La ceinture est gravée de scènes mythologiques et de représentations cavalières à la hussarde, dans un décor de paysages militaires.
Le chiffre de Napoléon 1er dans un écusson feuillagé, surmonté de la devise « viro immortali » (l›Homme immortel), surmontant un socle en colonne étoilée. Le bord supérieur du verre est gravé de quatre cartouches feuillagées alternées d›étoiles en ceinture sur fond d›une trame très finement ciselée, rappelant de la dentelle. La base du gobelet est gravée en pointes de diamant, le fond étoilé.
H: 9 cm ; diam: 8 cm
Epoque du 1er Empire, circa 1810-1814
Il est à noter la qualité exceptionnelle de la gravure qui a su composer avec les mats et les brunis, pour donner un relief particulièrement remarquable aux sujets représentés.
Provenance :
– Collection Impériale
– Vente Paris.
– Collection privée
Œuvres en rapport :
OSENAT, le 2 juillet 2017, Paire de verres de forme médicis du Roi Jérôme (ancienne collection Impériale) avec leur écrin qui présentait l’étiquette suivante : « Palais-Royal, galerie des Pierres, n°153 côté des Bons Enfants à Paris – Charpentier, graveur de pierres et sur tous les métaux. Il grave les cristaux de nombreux genres et tient assortiment » (n° 175). Préemption pour le Château de Fontainebleau.
Biographie :
CHARPENTIER, graveur sur pierres fines est bien référencé sur l’almanach du commerce de 1811. Il est le plus réputé des graveurs sur pierres fines et cristal de l’époque Empire. Sa réputation tient au talent exceptionnel de l’artiste, qui grave en mat sur mat, creux et en poli, d’une finesse qui tient de la miniature. Il devait s’associer en 1814 avec madame Marie-Jeanne-Rosalie Charpentier, plus connue sous le nom de Vve Désarnaud, et prendre la dénomination sociale, « A l’escalier de cristal ». L’impératrice Joséphine, ses enfants Eugène et Hortense de Beauharnais, comptaient parmi ses clients prestigieux
Bibliographie :
Musée National des Château de Malmaison et de Bois-Préau, « La cave de Joséphine – le vin sous l’empire à Malmaison », 17 novembre 2009 – 8 mars 2010 – p. 88-89.
RARE NAPOLEON’S CRYSTAL GOBLET (C.1810-14)
ENGRAVING ATTRIBUTED TO CHARPENTIER Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : EXTRAORDINAIRE ET SUPERBE TRAINEAU AYANT APPARTENU A L’IMPERATRICE JOSEPHINE.
En bois peint en vert et doré.
Caisse en forme de coquille sculpté en demi ronde bosse de deux griffons aux ailes déployées sur les cotés, garni à l’intérieur de velours vert, garde-boue garni de cuir, orné sur le devant d’une statuette en bois doré sculpté représentant la déesse « Hébé ».
La caisse, reposant sur deux traverses et quatre colonnes dorées, porte à l’arrière un siège dit « siège de cocher » sur un support en fer forgé.
Monté sur deux patins en bois ferré, élancés vers l’avant, supportant un arceau enrichi de trente trois grelots et deux clochettes, orné d’un aigle en bois sculpté doré, aux ailes éployées, et portant à l’arrière pour le cocher deux reposes pieds en fer forgé garni de chaussons en cuir et fourrure.
Longueur : 3 m. Largeur : 1m 56
B.E. (Petites restaurations, traces d’usage, velours postérieur, manque 4 grelots).
Epoque Premier Empire
Provenance :
-Ancienne collection de M.FAURAX en 1894.
-Ancienne collection de M.MUHLBACHER (en 1889)
-Collection André BECKER/ Musée des carosses de Coignière.
Exposition :
-Exposition universelle de Paris (1889)
-Exposition de Lyon (1894)
-Exposition universelle de Paris (1900).
-Exposition internationale de Milan (1906)
Historique :
« Les courses de traîneaux sont remises à la mode sous le Consulat et l’Empire, mais sans commune mesure avec le XVIIIe siècle.
Le 10 février 1803, celle qui n’est encore que l’épouse du Premier Consul mais qui va bientôt devenir l’Impératrice Joséphine, fait ressortir une dernière fois les traîneaux de Louis XV. Ils rejoindront ensuite le Musée des Voitures de Trianon inauguré en 1851. »
La belle créole s’en fait également confectionner à la mode Empire, et s’amuse beaucoup à ce divertissement. L’un de ses traîneaux, exposé à Lyon en 1894, est une vraie merveille (nota : il s’agit de notre traineau), « d’un style empire très pur, doré, capitonné de velours vert et garni de sonnailles et de grelots cristallins. Un aigle surmonte l’avant du traîneau ; au-dessus des pieds de l’Impératrice, une déesse antique d’or se dresse, deux griffons, dorés aussi, semblant soutenir son siège. »
Après son divorce avec Napoléon Ier, Joséphine continue à se livrer aux plaisirs des lacs gelés. Installée avecc toute sa suite dans son petit château de Navarre, que son ex-époux lui a offert en guise de compensation, elle fait venir ses traîneaux de Malmaison. Durant l’hiver précoce de 1810, les innombrables pièces d’eau du château se transforment en autant de patinoires.
Les dames, qui redoutent d’attacher les patins directement à leurs pieds, optent pour un patinage assis, « c’est à dire que l’on prit des fauteuils que les patineurs faisaient voler sur la glace, de toute la rapidité de leurs élans. »
Cette méthode de glisse va laisser un souvenir impérissable à Mlle d’Avrillon, première femme de chambre de l’Impératrice. Pourtant peu friande de ce genre de jeu, elle se laisse convaincre, le 9 janvier 1811, de s’asseoir dans le « fatal fauteuil ». Les messieurs insistent pour lui faire recommencer.
Pendant cette seconde course, le fauteuil poussé par les gentilshommes rencontre le traîneau de Joséphine, dans laquelle se trouvent ses dames, qui en font l’essai. Laissons la parole à la principale intéressée, qui raconte sa mésaventure avec un style savoureux dans ses Mémoires :
« Au lieu de s’arrêter, comme la prudence leur commandait de faire, mes conducteurs, pour éviter le choc, lancèrent le fauteuil dans un chemin qui n’était pas frayé, et extrêmement raboteux ; le fauteuil culbuta et je fis une chute épouvantable. J’eus les deux os de la jambe gauche brisée un peu au-dessus de la cheville, et tellement fracturés, que l’un de mes os perça ma peau et déchira mon bras. J’avais en outre une forte luxation du pied.
L’infortunée doit rester alitée pendant près de deux mois… L’Impératrice se rend quotidiennement à son chevet pour surveiller son rétablissement. Bientôt sa fille, la Reine Hortense, et tous les courtisans imitent leur maîtresse. Ils rendent visite à la convalescente, qui n’est pas la première victime de ces courses endiablées ! »
Il est également fait mention des traineaux dans les divertissements du Prince Eugène lors d’une visite à sa mère, en 1811, au château de Navarre :
« Dès qu’il arrivait au château, on organisait des parties de plaisir de toute espèce, des promenades en traineau, des chasses dans la forêt »
Historique du traineau :
On le voit l’historique du traineau est particulièrement bien renseigné à partir des 1890, années à partir desquelles il est régulièrement exposé.
Il est en possession en 1889 de la famille Faurax, dynastie de carrossiers dont le premier serait P.F Faurax, ayant commencé son activité en 1808. Il aurait collaboré à la fabrication de voitures pour l’Empereur Napoléon Ier et la voiture du Sacre de Charles X (on pense comme collaborateur car la Maison Faurax n’est pas citée nominativement).
Ayant concentrée ses activités dans la région lyonnaise et spécialisée dans les voitures de luxe, la Maison Faurax est dans les années 1870, fournisseuse des grandes maisons royales européennes.
Bibliographie :
– « Jeux d’hiver à la Cour : dangers des lacs gelés ! ». Article du site « plume-dhistoire.fr ».
– M d’Avannes, « Esquisses sur Navarre », 1839.
– Mémoires de Mademoiselle Avrillion, première femme de chambre de l’Impératrice Joséphine.
Il est également fait mention du traineau dans les catalogues des expositions précitées et dans plusieurs spécialisés sur les traineaux et moyens de transport :
-Notice sur l’exposition centennale des moyens de transport de 1900, Hachette, 1901, n° 726 de l’exposition, p.15.
-Le panorama, Exposition universelle. Musées centennaux et rétrospectifs, Baschet, reproduit.
-Henry Rene d’Allemagne, « Exposition rétrospective française de Milan 1906 »,
p.3 et 4. Reproduit.
-H.Kreisel, « Prunkwagen und Schlitten », reproduit planchet 58.
MAGNIFICENT SLEIGH
OWNED BY EMPRESS JOSEPHINE Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : A) BANDE EN BATISTE TACHEE DU SANG DE L’EMPEREUR NAPOLEON IER,
UTILISEE LORS DE SON AUTOPSIE.
Nouée par une fil.
Accompagné d’un billet manuscrit à bordure de deuil, annoté de la main du 2e Duc de Bassano authentifiant ce souvenir et les deux suivants :
« Ce petit sac en soie blanche renferme des cheveux de S.M. l’Empereur Napoléon Ier, un mouchoir, marqué à son chiffre , lui ayant appartenu et une bande tachée de son sang lors de son autopsie.
Ces précieux objets ont été donnés à mon Père par le Général de Montholon à son retour de Ste Hélène.
Duc de Bassano.
Le 20 octobre 1875. »
Provenance :
Descendance des Ducs de Bassano.
Historique :
Ces trois souvenirs ont été donnés par le Général de Montholon, un des derniers compagnons de l’exil de Napoléon, à Bernard Hugues Maret, 1er duc de Bassano. Montholon et Maret étaient des amis proches et ce dernier était un proche de Sémonville, père adoptif de Montholon.
La bandelette tachée de sang évoque les souvenirs d’Achille Archambault proposés à la vente en 2014, il s’agit des souvenirs des derniers membres de la suite de l’Empereur lors de la captivité. Les bandelettes utilisées lors de l’autopsie devaient, comme celles utilisées lors de la maladie de Napoléon, provenir de chemises de l’Empereur déchirées et utilisées pour le malade.
L’autopsie de l’Empereur est pratiquée le 6 mai à 14 heures par Antommarchi, assisté de sept médecins britanniques. Montholon y assiste, avec les deux autres exécuteurs testamentaires de l’Empereur, Bertrand et Marchand. Montholon d’ailleurs s’oppose à l’ouverture de la boîte crânienne.
BAND OF CAMBRIC STAINED WITH NAPOLEON’S BLOOD, USED DURING HIS AUTOPSY Voir le lot
Par Osenat Fontainebleau à Fontainebleau
le 05/05/2021 : L’EMPEREUR NAPOLEON IER
Paire de bas tissés en soie teintée rouge (en partie décolorés) ayant appartenu à l’Empereur Napoléon Ier.
Brodés à la cheville d’une baguette sommée de motifs fleuris et, en partie supérieure, brodés à jours au «N» sous couronne. Bordures supérieures doublées et brodées à jours au chiffre «58».
Long.: 76 cm. Long. Pied: 27,4 cm.
B.E. Epoque Ier Empire
Provenance : Collections du Musée napoléonien du Palais princier de Monaco.
PAIR OF SILK STOCKINGS DYED RED (PARTLY FADED) OWNED BY NAPOLEON Voir le lot