Le 9 juin 2022 | Mis à jour le 9 juin 2022

La céramique de Vallauris, cent ans de création aux enchères

par Bertille Montagne

Ville aux cent potiers, Vallauris s’est imposé au XXe siècle comme l’épicentre de la céramique moderne. Des Massier à Picasso, Roger Capron et Robert Picault, les créations vallauriennes parent aujourd’hui régulièrement les salles des ventes et jouissent d’une cote soutenue sur le marché. Retour sur cent ans de création à travers un tour d’horizon des prochaines ventes aux enchères.

 

Au bord de la Méditerranée, le petit village de Vallauris accueille un trésor d’une grande richesse pour les céramistes : une réserve souterraine de terre argileuse. Dès l’Antiquité, les potiers gallo-romains entreprenaient un long voyage pour se procurer cette matière première. Si la cité est frappée de plein fouet, au Moyen Age, par les épidémies de peste qui déferlent sur la Côte d’Azur, elle renoue au XVIe siècle avec son dynamisme d’antan alors que soixante-dix familles venues de Gênes, dont de nombreux potiers, décident de s’y établir. La production de céramiques culinaires bat alors son plein, en dépit des moyens de communication limités et des rudes conditions de travail. Les artisans sont en effet contraints de descendre la « terraille » à dos de mulet jusqu’au rivage du Golfe-Juan, où elle est embarquée sur des tatanes, ces petits bateaux à fond plat. Au XIXe siècle, l’arrivée des chemins de fer facilite la production. Vallauris jouit dès lors d’une renommée à l’international. Les petits ateliers se transforment en de véritables fabriques, réunissant sous un même nom plusieurs céramistes. Mais avec l’invention de nouveaux matériaux métalliques, à l’instar de l’aluminium et de l’inox, la production décline, avant qu’une famille de céramistes insuffle un vent de modernité en réalisant les premières céramiques artistiques de Vallauris.

 

Les Massier et la naissance de la céramique artistique à Vallauris

La famille Massier s’est établie à Vallauris dès le XVIIe siècle pour y fonder l’une des premières fabriques de terres cuites de la ville. Si elle bâtit sa réputation sur la céramique culinaire traditionnelle, les évolutions du XXe siècle encouragent Clément (1844-1917), Delphin (1836-1907) et Jérôme Massier (1820-1909) à se renouveler. Ils s’entourent alors de peintres et sculpteurs pour façonner les premières pièces artistiques de Vallauris. Ils sont les premiers à utiliser des émaux lustrés en céramique. Leur travail se fait connaître à l’international à l’occasion des expositions universelles, à l’instar de celle de 1889 lors de laquelle Clément Massier reçoit une médaille d’or pour ses vases en céramique à décor irisé. La production de Vallauris bénéficie à cette époque de l’afflux de touristes sur la Côte d’Azur, désireux de s’offrir un souvenir de l’artisanat local. Malgré cette popularité grandissante, la Première Guerre mondiale freine la production des céramiques artistiques et seules les poteries culinaires perdurent.

 

 

Picasso à Vallauris

Passés les cataclysmes de la crise financière des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale, la production connaît un nouvel essor avec l’arrivée de Pablo Picasso (1881-1973). Le maître s’essaye à « l’art du feu » qu’il découvre par l’intermédiaire de Suzanne et Georges Ramié, deux céramistes de l’atelier Madoura. Il s’installe à Vallauris en 1948 et se consacre dès lors entièrement à cette activité, créant plus de 4 000 pièces pour l’atelier Madoura. Il invente son propre style à partir des techniques traditionnelles et façonne dans les glaises des formes féminines ou animales, ses sujets de prédilection, avant de couler la terre, comme le font les sculpteurs avec le bronze, et d’apposer ses décors. La poterie suscite alors un intérêt renouvelé auprès de maints artistes. 

 

Pablo Picasso (1881-1973), exceptionnelle suite complète des 24 plats en argent repoussé. Conçus en 1955-1956. Chaque plat porte la signature de Picasso insculpée, le poinçon d’orfèvre Hugo, le numéro de tirage, le numéro du modèle et le numéro correspondant au numéro des archives de sortie de l’atelier. Estimation : 700 000 – 1 000 000 euros.

 

De Jean Derval à Robert Picault, l’âge d’or de la céramique à Vallauris 

Après le passage de Picasso, Vallauris devient l’épicentre de la poterie d’art. Une nouvelle vague d’artistes déferle sur la ville, parmi lesquels Roger Collet, Jean Derval, Gilbert Portanier ou encore Albert Thiry. Naissent des céramiques aux formes expressionnistes et aux couleurs chatoyantes. Sous l’impulsion des maîtres potiers Roger Capron et Robert Picault, les créations s’épurent et renouent avec des formes et des décors davantage géométriques, ainsi qu’en témoigne l’ensemble de vaisselle présentée aux enchères par Valérie Régis le 14 juin à Montmorency. Outre les céramistes, le village accueille nombre d’artistes, à l’instar de l’acteur Jean Marais ou des peintres Marc Chagall et Joan Miró. A ce jour, Vallauris vit encore au rythme des ateliers de potiers et compte de nombreux artistes talentueux. 

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