Le 4 décembre 2025 | Mis à jour le 4 décembre 2025

Le portrait par Marie Laurencin du premier coiffeur de Christian Dior en vente à Paris 

par Lucien Chancel

Un rare portrait d’homme réalisé par Marie Laurencin (1883-1956), peintre de l’École de Paris, sera proposé à la vente le 9 décembre prochain par Chayette & Cheval. Cette toile, représentant Guillaume, éminent coiffeur parisien du milieu du XXᵉ siècle, est estimée entre 3 000 euros et 5 000 euros.

 

Qu’est-ce qui relie Marie Laurencin, Christian Dior et Mireille Mathieu ? Ce n’est pas une date, ni même un lieu, mais bien une personne : Guillaume Guglielmi, dit Guillaume (1903 -1989). Ce coiffeur parisien d’origine corse, inventeur de coupes inédites prisées des vedettes, avait ses entrées dans les plus prestigieux cercles mondains du Tout-Paris du milieu du XXe siècle. La descendance de Guillaume a confié à la maison Chayette & Cheval la mise en vente de son portrait par Marie Laurencin. Elle aura lieu le 9 décembre. Retour sur une œuvre porteuse d’histoire avec l’expert Frédérick Chanoit.

 

Un portrait réalisé par « la Dame du cubisme »

Au tout début du XXe siècle, Marie Laurencin se forme à la Manufacture de Sèvres, école où elle apprend à maîtriser la peinture sur porcelaine. Elle enchaîne avec les cours privés de l’Académie Humbert à Paris, puis fréquente le Bateau-Lavoir à Montmartre à la fin des années 1910. Au sein de cette cité d’artistes, elle rencontre Pablo Picasso, Georges Braque ou encore Guillaume Apollinaire, des peintres et un poète qui l’introduisent au fauvisme puis au cubisme,  mouvements d’avant-gardes la libérant de la rigidité académique de sa formation. Par la suite, elle compose ses toiles avec une palette marquée par les teintes bleues, roses et grises, et formes épurées. Ses tableaux sont accueillis avec enthousiasme par le public.  

Pendant la Grande Guerre, alors exilée en Espagne, Marie Laurencin rencontre les grands noms du dadaïsme comme Francis Picabia. C’est finalement en 1921 qu’elle rejoint le Paris des Années folles. Elle intègre rapidement les cercles intellectuels et artistiques, dont fait notamment partie Jean Cocteau, un ami commun de Guillaume, le coiffeur portraituré par Marie Laurencin, qui « fut probablement sa cliente à son salon du 5, avenue Matignon », complète l’expert Frédérick Chanoit.

 

Marie Laurencin (1883-1956), « Portrait du coiffeur Guillaume ». Huile sur toile. Signée en bas à droite 41 x 33 cm. Estimation : 3 000 – 5 000 euros.

 

Monsieur Guillaume, coiffeur du New Look

Loin d’être un coiffeur confidentiel, “Monsieur Guillaume”, comme il se fait appeler, est une figure incontournable du milieu cosmopolite parisien. Il fait d’abord sensation en inventant la coupe « Page », « qui ressemble à celle de Mireille Mathieu », nous informe Frédérick Chanoit, puis il est définitivement consacré en 1947 lors de l’historique défilé New Look de Christian Dior, pour lequel il assure la coiffure des mannequins. Singularité notable, Guillaume était aussi un sculpteur confirmé : « il a donc eu l’idée de façonner ses coiffures dans l’argile avant de les concrétiser. »

 

Un rare portrait d’homme de Laurencin

Alors que Guillaume s’appliquait à sublimer la physionomie de ses fidèles, il semblerait ne pas avoir été traité avec les mêmes égards. En témoigne ce portrait, où sa coupe de cheveux paraît d’une facture quelque peu classique, ou tout du moins sans caprice. Demeurent ses yeux, d’un bleu profond, et ses lèvres roses, qui jurent avec les tons gris du reste de la composition. « C’est un portrait d’un Guillaume jeune, je dirai qu’il a été réalisé entre 1936 et 1940. » À cette époque, Marie Laurencin entame la dernière partie de sa vie, et réalise à cette occasion l’un de ses rares portraits d’hommes (qu’il accrochera à son domicile). A noter que le Centre Pompidou conserve dans ses collections un Portrait d’André Salmon, 1943 et un Portrait du Docteur Robert le Masle. 

C’est en partie ce qui explique une estimation raisonnable située entre 3 000 et 4 000 euros. En effet, selon Frédérick Chanoit « les portraits de femmes sont plus valorisés sur le marché que ceux des hommes ». Dernier exemple en date, un Portrait de jeune fille a été adjugé 25 625 euros (frais inclus) lors d’une vente à Tokyo le 1er août 2025, tandis qu’un Portrait de François Le Grix peint en 1944 a été vendu le 28 octobre à New York  pour 8 228 euros (frais inclus). Un écart de prix qui « tient donc davantage au sujet, qu’aux qualités formelles de l’œuvre », tient à préciser Frédérick Chanoit, avant d’ajouter que la toile arbore « un très bon état de conservation. »

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