Les gravures du prince Alexis Soltykoff sur son voyage en Inde au XIXe siècle aux enchères à Paris
Le 12 janvier à Paris, la maison de ventes Métayer Mermoz proposera aux enchères une collection de lithographies réalisées d’après des dessins du prince russe Alexis Soltykoff, à la suite d’un long voyage en Inde au milieu du XIXᵉ siècle.
Son entourage aimait à l’appeler « l’Indien », et pour cause. Le prince Alexis Soltykoff (1806-1859), aristocrate, diplomate et voyageur russe, avait pour habitude de s’habiller selon les modes orientales des pays qu’il découvrait, ainsi que de décorer sa demeure de curiosités rapportées à grands frais. En somme, Alexis Soltykoff fut à la Russie ce que Pierre Loti fut à la France, à la différence près que le prince, plutôt que de partager ses aventures uniquement par écrit, prit également l’initiative de les illustrer, notamment sous forme de lithographies. En ce début d’année, la maison Métayer Mermoz mettra ainsi aux enchères une trentaine d’entre elles, inspirées par son premier voyage en Inde.
Soltykoff, voyageur d’Europe et d’Orient
Petit-fils d’un maréchal, Alexis Soltykoff est issu de l’une des familles les plus éminentes de Russie. Destiné à une brillante carrière, il s’engage dans la voie diplomatique, intégrant d’abord le Conseil d’État russe des affaires étrangères à Moscou, avant d’être envoyé en mission à Londres, Athènes, Rome, Florence, Constantinople ou encore Téhéran en 1839.

Alexis Soltykoff (1806-1859), Procession de la déesse Kali, Calcutta, octobre 1841. Hors marges : H : 49,2 cm L : 69,2 cm, feuille : H : 59,5 cm L : 75,5 cm. Estimation : 400 euros – 600 euros.
Ce séjour dans la capitale perse constitue pour lui l’occasion, désirée depuis l’enfance, d’observer, d’expérimenter et de consigner les us et coutumes de cette population. Une décennie plus tard, il transforme l’ensemble de ses notes en un ouvrage intitulé Voyage en Perse, publié à Moscou puis à Paris, ville où il s’était installé dès 1840.
Plusieurs années à la découverte de l’Inde
Après la Perse, Alexis Soltykoff se retire de ses fonctions diplomatiques pour se consacrer pleinement à la découverte de la civilisation indienne. Il effectue deux longs voyages dans le sous-continent, le premier entre 1841 et 1843, le second entre 1845 et 1846.

Alexis Soltykoff (1806-1859), Voyage dans l’Inde, Les bords du Gange près de Calcutta, 1842. Lithographie de Rudder, publiée par Auguste Bry. Hors marges : H : 48,5 cm L : 69 cm, feuille : H : 59,5 cm L : 75,5 cm. Estimation : 300 euros – 500 euros.
Deux ans plus tard, il publie à Paris ses Lettres sur l’Inde, une sélection de correspondances, notamment adressées à son frère Pierre Soltykoff, dans laquelle il évoque son admiration pour cet « immense pays » : « comment faire pour voir tout ce qui s’y trouve de curieux, écrit-il, surtout avec ces pauses que le climat vous oblige de faire, à moins qu’on ne soit un Hercule ! » Simla, 20 juillet 1842. Outre les lettres, l’ouvrage est accompagné d’illustrations réalisées par ses soins.
Des lithographies accueillies avec ferveur dans toute l’Europe
La publication de récits de voyage étant alors particulièrement prisée par des lecteurs en quête d’exotisme, le livre rencontre un important succès éditorial en France, puis dans toute l’Europe et en Russie. Peu après, Soltykoff fait réaliser des lithographies en deux teintes rassemblées pour illustrer son texte, notamment par l’atelier de Louis Henri de Rudder, dont vingt-neuf sont aujourd’hui mises en vente chez Métayer Mermoz.

Alexis Soltykoff (1806-1859), Voyage dans l’Inde, Arbre Banian dans le Paria Djungle. Lithographie de Rudder, publiée par Auguste Bry. Hors marges : H : 26 cm L : 36 cm, feuille : H : 34,5 cm L : 44,5 cm. Estimation : 300 euros – 500 euros.
Ces lithographies représentent des scène de chasse, avec Chir Sing, roi du Panjab, et sa suite allant à la chasse aux environs de Lahore, mars 1842 (estimation : 500 euros – 800 euros), la vie religieuse, avec Procession de la déesse Kali, Calcutta, octobre 1841 (400 euros – 600 euros) et la vie quotidienne, comme dans Les bords du Gange près de Calcutta, 1842 (300 euros – 500 euros), ou encore des paysages, à l’image de L’Arbre banian dans le Paria Djungle (300 euros – 500 euros). « Autant de scènes qui intéressent particulièrement les acquéreurs indiens, auxquels s’ajoutent les Anglo-saxons, Commonwealth oblige… » nous informe le commissaire-priseur Pierre-Guilhem Métayer. Des acquéreurs qui seront sûrement d’autant plus intéressés que « ces lithographies sont dans un très bon état, seules quelques rousseurs viennent affecter certaines d’entre elles, sans gravité. »
De belles surprises en perspective ?
Cette série de lithographies avait déjà rencontré un beau succès lors des ventes de février dernier chez Métayer Mermoz, dépassant largement leurs estimations. Ainsi, Une rue de Lahore, mars 1842, estimée entre 300 euros et 500 euros, avait été adjugée 8 704 euros frais compris. « C’est d’ailleurs en regardant ces précédents résultats qu’un amateur m’a contacté pour me proposer celles qu’il possédait depuis plusieurs décennies.»

Alexis Soltykoff (1806-1859), Voyage dans l’Inde, Intérieur du couvent de Condgeveram, à quarante milles de Madras, réunion journalière des brames en l’honneur des deux divinités, conservatrice et destructive, juillet 1841.Lithographie de Rudder, publiée par Auguste Bry. Hors marges : H : 46,5 cm L : 60 cm, feuille : H : 59,5 cm L : 75,5 cm. Estimation : 400 euros – 600 euros.
De surcroît, un exemplaire complet de l’ensemble des trente-six lithographies s’est vendu 74 420 euros frais compris le 12 janvier 2025 chez Joigny Enchères. Cependant, Pierre-Guilhem Métayer a préféré maintenir des estimations prudentes : « nous sommes partis sur les mêmes bases d’estimation que les premières que nous avions vendues, en accord avec le vendeur qui préfère une bonne surprise qu’une mauvaise déconvenue. »