Le 23 juin 2022 | Mis à jour le 23 juin 2022

Les tambours militaires, 500 ans d’histoire

par Michel Fradin

Dans la catégorie extrêmement vaste du Militaria qui inclut, à côté des armes elles-mêmes, tout équipement militaire, les instruments de musique sont des objets relativement méconnus. Les plus fréquemment rencontrés en salles des ventes sont les clairons d’infanterie, les trompettes de cavalerie et les tambours. Ces derniers évoquent l’image du petit tambour des guerres révolutionnaires et napoléoniennes marchant crânement sous la mitraille et bénéficient d’une force d’évocation et d’un prestige tout à fait particuliers. L’expert Michel Fradin raconte l’histoire de ces témoins du passé militaire utilisés de François Ier à la Première Guerre mondiale.

 

Les tambours dits « d’ordonnance » sont utilisés comme instruments pour transmettre les ordres au sein des régiments d’infanterie depuis François Ier jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, date à laquelle ils sont remplacés définitivement par le clairon et ne servent plus que pour les cérémonies au sein de la clique du régiment.

 

Du bois au cuivre, la fabrication des tambours du XVIe au XXe siècle

Avant la guerre de sept ans (1756-1763), le fût des tambours est confectionné en bois de châtaigner, peint en bleu de France et décoré de divers motifs en fonction du régiment. Le « Règlement pour l’habillement et l’équipement des troupes » de 1767 fixe les dimensions des caisses qui sont désormais fabriquées en cuivre et le plus souvent décorées d’attributs militaires gravés ou en ronde-bosse. Il faut attendre 1789 pour que les caisses en bois soient de nouveau adoptées par la Garde Nationale, ainsi que par les bataillons de volontaires.

 

Tambour en bois peint polychrome d’un décor de fleurs de lys, de drapeaux français et du bonnet phrygien. Epoque révolutionnaire. Diamètre 42,5 cm, hauteur 38 cm. Adjugé 2 230 euros (frais inclus) par Kapandji Morhange le 24 novembre 2010 à Paris.

 

Durant les guerres révolutionnaires et jusqu’au Consulat, on voit alors cohabiter des caisses en cuivre provenant des anciens bataillons de ligne et d’autres en bois provenant des volontaires et revêtues de peintures et d’attributs divers. Le Premier Empire marque le retour définitif aux caisses en cuivre aux dimensions réglementées. Sous le Second Empire, le corps prestigieux de la Garde impériale est doté de tambours aux caisses décorées d’aigles impériales et d’attributs spécifiques aux grenadiers et zouaves particulièrement décoratifs. Enfin, la France ayant été au cours de son histoire récente un champ de bataille, on rencontre aussi des tambours provenant d’armées étrangères, principalement, allemandes et anglaises.

 

Tambour probablement des Grenadiers à pied de la Garde Impériale, Napoléon III. Caisse composée d’un fût, de deux grands cercles et cordages. Le fût en laiton doré, orné d’un aigle en applique, la tête couronnée tournée vers la gauche. Il retient un foudre dans ses serres, entouré dans les quatre angles de grenades enflammées. Diamètre 40 cm, hauteur 39 cm. Adjugé 1 860 euros par Rouillac lors de la 33e vente Garden Party le 6 juin 2021 à Montbazon.

 

Les tambours militaires en vente publique

Nombre de tambours, plus ou moins anciens, ont survécu jusqu’à nos jours, souvent grâce à leur utilisation jusque dans les années 1960 par les gardes champêtres et les fanfares de nos villages. Ces instruments peuvent réserver de belles surprises en ventes publiques car ils sont difficiles à dater. Aussi, un tambour présenté comme tambour de ville peut très bien s’avérer être un rare et authentique témoin des guerres napoléoniennes. Ces objets ayant été fragilisés par une utilisation intensive, il faut toutefois accepter de les trouver en état d’usage et toujours les préférer « dans leur jus », plutôt que repeints ou reconstruits. Le centenaire de la Révolution, suivi du bicentenaire, ainsi que le goût pour le Premier Empire, ont en effet donné lieu à de nombre de restaurations, interprétations ou même créations qui ne présentent aucun intérêt historique. Certes un peu encombrants, ces tambours militaires ont toute leur place dans une collection de Militaria. Les armoiries, les noms de villes ou de régiments, les marquages et dates sont autant d’éléments d’authentification qui témoignent de leur histoire et permettent d’en documenter l’origine et les batailles auxquelles ils ont pu participer.

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Empire allemand, Saxe, guerre franco-allemande 1870-1871. Tambour, caisse peinte avec étiquette d’époque, mention manuscrite à l’encre « provenance de la bataille de Champigny », rare souvenir du siège de Paris. Adjugé 750 euros par Conan Hôtel d’Ainay le 16 mai 2019 à Lyon.

 

 

Photo en Une : Grand tambour du Régiment de Bretagne. Fût en bois peint des armes de France, des drapeaux du régiment et de la devise « Potius Mori Quam Foedari » (Plutôt mourir que faillir), devise du régiment. Cerclages peints d fleurs de lys. Etiquette à la plume « Compagnie de Besançon ». Diamètre 40 cm, hauteur 48 cm. Adjugé 7 750 euros par Osenat lors de la vente « La royauté à Versailles » le 23 novembre 2019 à Versailles. 

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