Maximilien Coulon expertise une sculpture de François-Xavier Lalanne

12/05/2026

Une œuvre de François-Xavier Lalanne a été confiée à la maison Artcurial pour expertise. Maximilien Coulon, élève commissaire-priseur et vice-président de l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs, nous invite à revivre en direct l’expertise de cette sculpture, livrant ses observations et l’objet de ses recherches sous la supervision de Sabrina Dolla, directrice du département Art Déco et Design de la maison du Rond-Point des Champs-Elysées.

 

Les commissaires-priseurs en herbe, dont l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs (ANECP) assure la cohésion, proposent aux lecteurs du Magazine des enchères de revivre en direct des travaux d’expertise menés à quatre mains dans les coulisses des salles des ventes. Aujourd’hui, c’est au tour de Maximilien Coulon, élève commissaire-priseur au sein de la maison Artcurial, de se prêter à l’exercice. Sous l’œil aguerri de Sabrina Dolla, directrice du département Art Déco et Design, il décrypte pour nous une sculpture de François-Xavier Lalanne (1927-2008). 

 

Première impression ?

Maximilien Coulon : Je suis resté silencieux ; tant impressionné par le format, l’allure de cette sculpture qu’intrigué par l’identité de son auteur. Le singe était posé sur un meuble dans la demeure d’un collectionneur. Lorsque je pénétrai dans la pièce, il me regardait comme s’il m’attendait, assis, les mains sur les genoux. En m’approchant, j’observai que le singe était en bronze à patine vert.

Sabrina Dolla : Je l’ai trouvé beaucoup plus beau qu’en photo ! Pour ce modèle, la patine peut également être dorée, brune ou encore aluminium. Certains singes ont les mains au niveau des pieds ou encore la tête tournée. La patine verte est assez rare et très raffinée, elle demande un vrai savoir-faire. J’avais là le lot qui allait figurer en couverture de la prochaine vente de Design.

 

François-Xavier LALANNE (1927-2008),  « Singe attentif II » – 1999. Bronze patiné vert. Monogrammé «FxL», marqué «SII», numéroté «EA 1/4 A» et marque du cachet de fondeur «Clementi fondeur».  74 × 13 × 20 cm. Estimation : 600 000 – 800 000 euros. 

 

Une signature ?

Maximilien Coulon : En tournant autour du singe ou en le manipulant, on découvre derrière le pied droit du singe les lettres FxL, suivies des inscriptions suivantes : SII. EA ¼. J’observe également un cachet que je peine à lire. Savez-vous à quoi correspond cette épigraphe ?

Sabrina Dolla : Le monogramme est celui de François-Xavier Lalanne tandis que SII correspond au modèle du singe : Singe Attentif II. EA indique que cette fonte est une épreuve d’artiste tandis que le numéro ¼ nous apprend qu’il s’agit de la première des quatre. Le cachet est celui de la fonderie Clementi à Meudon.

Maximilien Coulon : François-Xavier Lalanne est un sculpteur et designer français né en 1927 et mort en 2008. Formé à l’académie Julian, il se distingue dès les années 1950 aux côtés de son épouse Claude. Si les époux furent souvent associés et exposés de concert, chacun a développé un univers qui lui est propre. François-Xavier est notamment connu pour ses sculptures d’animaux qui relèvent du Design de par leurs matériaux, leur aspect utilitaire et la sérialité de certaines pièces. Les plus célèbres d’entre elles sont les moutons, destinés à meubler salons et jardins. Son bestiaire, tantôt de petite dimension ou tantôt monumental, peuple et anime désormais les collections particulières et musées du monde entier.

 

 

Un mouvement artistique ?

Maximilien Coulon : Je crois que cette œuvre n’appartient à aucun mouvement particulier. Les productions décalées et originales de François-Xavier et Claude Lalanne sont en effet parvenues à s’affranchir de toute catégorisation et occupent une place particulière dans l’histoire de la sculpture et du design de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle.

On devine toutefois certaines sources d’inspiration du sculpteur. La pose hiératique, la retenue de l’animal rappellent les formes épurées de Brâncuși dont François-Xavier Lalanne fut voisin d’atelier dans le Montparnasse d’après-guerre. Cette dignité conférée à l’animal est souvent évoquée comme l’un des éléments distinguant l’œuvre de l’artiste de celles de son épouse. Pour résumer, on pourrait affirmer que Claude est plus proche du vocabulaire de l’Art Nouveau tandis que François-Xavier s’approcherait davantage de la mouvance Art Déco. Si celle-ci se fonde sur la galvanoplastie, l’observation de la nature et un esprit maniériste, la simplicité des formes de ce singe fait écho à la sculpture antique.

Sabrina Dolla : François-Xavier Lalanne fut en effet gardien au musée du Louvre. Il s’imprégna des arts égyptien et assyrien dont l’influence est particulièrement manifeste dans ce singe.

Maximilien Coulon : Si le singe semble auguste et inquisiteur au loin, il révèle, lorsque l’on s’en approche, une figure étonnée. Cet aspect ludique et désinvolte évoque les surréalistes que l’artiste fréquenta dans l’après-guerre.

 

 

Le sujet ?

Sabrina Dolla : Le singe est un sujet récurrent dans la sculpture animalière moderne. S’il revient fréquemment dans l’œuvre d’Antoine-Louis Barye, il est également présent chez François Pompon et plus encore chez Rembrandt Bugatti. Le singe ici représenté semble être un capucin originaire d’Amérique du Sud. La faune est au cœur de l’œuvre de François-Xavier Lalanne qui cherche sans arrêt à explorer les formes de nouvelles espèces. Nous évoquions également la sculpture égyptienne antique : notre bronze fait référence aux représentations du dieu Thot en babouin. La figure pourrait également s’inspirer du Singe astrologique chinois, une figure symbolisant autant la sagesse que l’espièglerie.

Maximilien Coulon : On souligne souvent l’aspect fonctionnel des sculptures de François-Xavier Lalanne. Le mouton devient siège, un pigeon se fait lampe, l’hippopotame est une baignoire. On notera toutefois que ce singe échappe à tout usage véritable. Destiné à être posé sur un guéridon, une cheminée ou une gaine, il s’agit simplement d’un bel objet et surtout d’une chose familière ; une œuvre qui habille et accompagne le quotidien de son propriétaire.

 

 

Une provenance ?

Maximilien Coulon : Réalisé en 1999, ce bronze n’a connu qu’une collection depuis son acquisition, la même année, auprès de la galerie Jean-Gabriel Mitterrand. Il présente donc une véritable fraîcheur sur le marché, ce qui ne rendra pas insensible les enchérisseurs.

 

Une estimation ?

Maximilien Coulon : La cote des œuvres du couple Lalanne a explosé depuis les années 2000 et, s’ils ont plu aux plus grands mécènes de leur temps, leur reconnaissance institutionnelle s’est encore affirmée. On peut en effet citer des expositions monographiques majeures consacrées au couple de designers, comme ce fut le cas au Musée des Arts Décoratifs en 2010 ou encore à Trianon en 2021.

Sabrina Dolla : Le marché a également salué le couple dont les records ne cessent d’être battus. Le record pour une œuvre de François-Xavier Lalanne a en effet été établi en décembre 2025, lorsque l’Hippopotame Bar fut vendu plus de 31,4 millions de dollars, devenant alors la pièce de Design la plus chère de l’histoire. Ce record a été battu il y a quelques semaines à New York par un ensemble de quinze miroirs réalisés par Claude Lalanne pour le salon de musique d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Provenant de la collection de Jean et Terry de Gunzburg, il a été vendu 33,5 millions de dollars. L’ensemble avait été acquis dix-sept années auparavant pour 1,85 million d’euros.

Maximilien Coulon : Ainsi, au regard de l’état irréprochable de ce Singe Attentif II, de sa provenance et de l’attrait croissant que connaît son auteur, nous proposons une estimation de 600 000 à 800 000 euros.

Sabrina Dolla :  Il sera présenté dans la vente Art Déco et Design qui aura lieu le 21 mai chez Artcurial à l’hôtel Dassault. Ce Singe sera également accompagné de nombreuses œuvres de François-Xavier Lalanne, à l’instar de lampes Pigeon et d’une lampe Petit échassier éditées par Artcurial. Le catalogue comporte également de nombreuses pièces signées Claude Lalanne dont un lustre et deux paires d’appliques, modèles uniques provenant de la même collection que notre Singe.

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