Le marché des montres de collections se porte bien. La cote de certains modèles explose, notamment ceux du maître horloger suisse Patek Philippe. Décryptage.
Le marché des montres vintages (ayant au minimum une vingtaine d’années au compteur) et plus largement celui des ventes aux enchères horlogères est en pleine expansion. Comme le décrypte Geoffroy Ader, expert en horlogerie près les maisons AuctionArt Rémy le Fur et associés, Le Floc’h ou Blanchet et Associés, « chaque année, les enchères horlogères génèrent un total de près de 500 millions d’euros. En 20 ans, elles ont explosé avec un terreau de collectionneurs qui achètent et revendent avec une réelle dynamique ». Plus parlant encore, sur Interencheres, « montre » et « Rolex » ont été les deux mots-clés les plus recherchés en 2019 dans la catégorie Art et objets de collection.
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« Aujourd’hui, les collectionneurs sont à la recherche de modèles vintage, rares et de qualité, proches de leur état d’origine », analyse Didier Guedj, expert en horlogerie pour la maison Aguttes. « Une montre verra sa cote croître lorsqu’elle est accompagnée de documents attestant de son authenticité et d’un écrin. L’acheteur sera ainsi rassuré en connaissant la provenance et la traçabilité de l’objet », appuie l’expert.
Le marché se structure en deux catégories. Plus précisément en deux marques. D’une part, Rolex, qui incarne la montre sportive, le garde-temps de l’exploit, dont les nombreuses variantes font la joie des collectionneurs. D’autre part, Patek Philippe, « la reine des montres au prestige historique », d’après Alexis Francis-Bœuf, expert en horlogerie pour la maison Millon. En effet, parmi les montres les plus recherchées, les modèles de la marque genevoise, fondée en 1839, affolent les adjudicataires, prêts à mettre des sommes folles dans les garde-temps qui pareront leur poignet.

Tel a été le cas d’une référence 1463, un chronographe en or rose (18 carats) fabriqué pour le marché français dans les années 1950. Plus spécifiquement, il s’agit de la première montre-bracelet avec chronographe résistante à l’eau. Le modèle a été adjugé à 215 900 euros, soit plus de trois fois son estimation basse le 25 novembre dernier chez AuctionArt Rémy le Fur et associés. L’adjudication se justifie notamment en raison de sa provenance, critère qui fait exploser la cote d’une montre, comme pour l’art. Conservé par les descendants du propriétaire d’origine, le modèle porte aussi la marque du poinçon de maître Jean Guillermain, un célèbre joaillier parisien des années 1950.

Autre exemple parlant, le 27 novembre dernier s’envolait chez Aguttes une rarissime Patek Philippe (référence 5970G) de 2006 en or gris pour plus de 100 000 euros. « Un modèle chronographe à phase de Lune et quantième perpétuel, aussi mythique que prestigieux, accompagné de l’écrin de voyage et de son certificat d’origine », souligne Alexis Francis-Bœuf.
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Si ces adjudications records confirment l’intérêt certain des collectionneurs, l’origine de cet engouement qui dépasse le simple phénomène de mode, intrigue. « Patek Philippe représente l’excellence d’un savoir-faire horloger. Un objet rare que l’on veut transmettre et une valeur d’investissement », explique Geoffroy Ader. Les acheteurs recherchent toujours la même chose, à savoir des montres de référence avec une histoire et un pedigree, Patek Philippe recouvrant parfaitement ces aspects. C’est l’une des manufactures qui incarne le plus la notion de luxe au sein du monde de l’horlogerie contemporaine, car ses maîtres mots sont demeurés, depuis 1839, élégance avec des lignes parfaites et d’une grande pureté, sobriété et excellence technique. Surtout, « la firme cultive la rareté car très peu de modèles sont produits, ce qui attire davantage les futurs adjudicataires », ajoute Didier Guedj.

Les modèles les plus recherchés de la maison ? La Nautilus, la Calatrava, la Manta Ray ou l’Aquanaut. « Des valeurs sûres dont la prise de valeur est quasi constante mais qui requièrent bien souvent la patience des collectionneurs. Il faut compter neuf ans d’attente pour s’offrir une Nautilus neuve et certains doivent en outre montrer patte blanche et se fendre d’une lettre de motivation », s’amuse Alexis Francis-bœuf. Enfin, la contrefaçon horlogère entre en jeu. Contrairement à Rolex, marque la plus contrefaite ou Audemars Piguet, « il est extrêmement difficile de copier une Patek Philippe. Cela rassure les collectionneurs » conclue Didier Guedj.

Crédit photo en Une © Nathalie Baetens