Le 9 juillet 2025 | Mis à jour le 15 septembre 2025
Une collection de poteries de Ciboure dispersée aux enchères
par Lola Maleuvre
La maison Carrère & Laborie disperse le 23 juillet à Ciboure la collection Proux-Delrouyré, réunie sur plus de trente ans. Plus de 230 poteries issues de l’atelier de la Nivelle, actif entre 1919 et 1995, seront proposées au sein de la Tour de Bordagain, à deux pas du lieu historique de production.
Au Pays basque, la ville de Ciboure ne se résume pas à ses maisons à pans de bois et son port de pêche : elle a été, pendant près d’un siècle, un haut lieu de la céramique d’art française. Avec sa vente du 23 juillet, la maison Carrère & Laborie rend hommage à l’une des productions les plus singulières du XXe siècle, devenue emblématique pour ses grès décorés de scènes antiques ou pastorales. La dispersion de la collection aura lieu dans la Tour de Bordagain, le commissaire-priseur Patrice Carrère commente ce choix : « pour la dispersion de cette collection exceptionnelle, nous avons souhaité nous rapprocher le plus possible du site de création de l’atelier ».
L’âge d’or de l’atelier sous la direction des Vilotte
Fondé en 1919 par trois compagnons de guerre : Étienne Vilotte (ébeniste de formation), Louis Floutier (peintre) et Marcel Lucat (tourneur), l’atelier de Ciboure est repris en 1922 par le couple Vilotte. Sous leur impulsion, la production entre dans son âge d’or. Le style se singularise par l’emploi d’un grès à cuisson haute température, orné de décors peints inspirés du monde antique, de l’art basque ou de l’Art déco. Chaque pièce est alors marquée « VE Ciboure » pour Vilotte Elise, signature caractéristique de cette période très recherchée que l’on retrouve sur un grand nombre des lots de la vente du 23 juillet. C’est le cas du vase bursiforme à col plat de style Art déco figurant une procession bachique (1 500 à 2 000 euros) ou du cratère néo-grec représentant des musiciens (1 200 à 1 800 euros).
Toutes les pièces de la vente cibourienne ont été réalisées entre 1919, année de création de l’atelier, et 1945. Plusieurs pièces du catalogue illustrent la pluralité des influences des poteries de Ciboure comme le lécythe en grès à décor néo-grec de frise de sphinges d’inspiration antique (250 à 350 euros), le pichet figurant un bouvier et son attelage, d’inspiration basque (200 à 300 euros), ou encore le vase olive de style Art déco à décor de coléoptères (1 000 à 1 500 euros).
Une cote en constante progression
Longtemps considérée comme une production régionale, la poterie de Ciboure bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance qui s’étend bien au-delà des frontières du Pays basque. Les maisons de ventes enregistrent depuis plusieurs années des résultats solides, avec un record en avril 2017 pour un vase oblong en grès figurant un décor à l’antique, adjugé par la maison Côte basque enchères 16 120 euros (frais compris). La maison Carrère & Laborie a également adjugé 14 760 euros un grand vase amphore, vendu à un collectionneur étranger en avril 2018.
Le plus célèbre des collectionneurs de poteries de Ciboure était Karl Lagerfeld, passionné il parlait des potiers de Ciboure en ces termes : « Ces trois potiers ont créé une image idéalisée du monde antique, réinterprétant des méthodes centenaires de fabrication, et redessinant, avec art, les scènes érotiques ou champêtres qui appartenaient au répertoire de vases grecs classiques. Une certaine innocence et naïveté pointe de ces chefs-d’œuvre tous basés sur l’illusion d’un temps si lointain ».
Une trentaine de tableaux d’artistes basques et landais compléteront la vacation, avec notamment des œuvres de Jean-Roger Sourgen ou Georges Masson, une vente résolument locale.
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