Estimée entre 20 000 et 40 000 euros, une Darracq Type N de 1905 , tonneau 4 places dans sa configuration d’origine, sera présentée par la maison Boisseau-Pomez à l’occasion d’un live exceptionnel en multiplex sur Interencheres le 27 mai. Un véhicule hors du commun, conservé dans la même collection depuis plus de quarante ans.
Rares sont les automobiles à pouvoir se prévaloir d’un tel pedigree. La Darracq Type N monocylindre 8HP que s’apprête à présenter aux enchères la maison Boisseau-Pomez est de celles-là. L’automobile a été produite vers la toute fin de l’année 1905 et son numéro de moteur #8870 en fait probablement le 370e exemplaire de la série, dont la production débuta autour du numéro #8500 fin 1904. Elle se présente dans une carrosserie tonneau 4 places avec porte arrière aujourd’hui extrêmement rare, la plupart des survivantes de la Type N ayant été transformées en configurations allégées pour la course. Les exemplaires conservés dans leur état de tourisme d’origine se comptent dès lors sur les doigts d’une main.
Immatriculée en collection depuis 1982 et dans les mêmes mains depuis plus de quarante ans, cette Darracq sera proposée avec une estimation comprise entre 20 000 et 40 000 euros dans le cadre du Ivoire Live Tour 2026, une vente en multiplexe sur Interencheres qui fera l’objet d’un article complet à paraître prochainement sur Le magazine des enchères.

Alexandre Darracq, ingénieur visionnaire et père de l’automobile moderne
Pour comprendre ce que représente cette automobile, il faut se replonger dans les premières années du XXe siècle, quand Alexandre Darracq s’imposait comme l’un des ingénieurs les plus visionnaires du paysage automobile français. Après avoir revendu avec succès les cycles Gladiator, il se lance dans la production automobile et présente dès 1901, au Salon de l’automobile, une voiture d’une conception résolument moderne : monocylindre vertical à l’avant, transmission par double cardan, boîte de vitesses à commande au volant. Simple, légère, fiable et économique, cette première Darracq est produite à 1 200 exemplaires, un chiffre considérable pour l’époque. La marque s’illustre ensuite en compétition, remportant notamment le circuit des Ardennes 1905 et les coupes Vanderbilt 1905 et 1906, et établit entre 1904 et 1906 six records successifs de vitesse. Moins connu, mais non moins remarquable, c’est à partir des filiales créées par Darracq à l’international que naîtront les marques Alfa Romeo, Opel et Talbot.
La Type N s’inscrit dans cette période faste. Produite entre fin 1904 et 1906, elle incarne l’ambition d’Alexandre Darracq de séduire une nouvelle génération d’automobilistes, en quête d’un véhicule fiable, maniable et moderne. Son moteur monocylindre de 1 040 cm³, sa boîte manuelle 3 vitesses à commande au volant et ses 45 km/h de vitesse de pointe, alors considérés comme rapides, en font un objet de désir pour les pionniers de la mobilité.
Quarante ans dans la même collection et prête à reprendre la route
L’exemplaire présenté par Boisseau-Pomez a bénéficié d’une restauration ancienne dont l’état général est jugé assez bon. « La peinture rouge, avec ses contrastes orange et noir, est globalement satisfaisante. Les menuiseries ne semblent pas présenter de choc ou de dégradation, et le châssis — peint en jaune dans une teinte non d’origine — ne présente ni trace de corrosion ni déformation », détaille l’expert Ulysse James. La sellerie rouge capitonnée façon Chesterfield est en bon état, tout comme les cuivres, aussi bien mécaniques qu’accessoires, tels que les phares à acétylène Auteroche et BRC lenticulaire parabolique, ainsi qu’un klaxon à poire trompette Goliath ; autant d’équipements caractéristiques de l’époque.
Parmi les modifications notables : un passage en 12 volts et un allumage moderne dissimulé dans un boîtier en cuivre. « La remise en route ne devrait pas poser de problème, le moteur tourne librement », précise Ulysse James, qui souligne que la prise en main de cette Darracq constituera une expérience unique pour son heureux acquéreur. La voiture dispose par ailleurs d’un bel historique d’exposition au sein de l’Association Champenoise des Automobiles de Collection et de participations aux 48 Heures de Troyes, et devrait trouver naturellement sa place dans des événements automobiles aussi variés que prestigieux, à commencer par le London to Brighton Veteran Car Run.
