Le 3 août 2023 | Mis à jour le 15 mars 2024

Le cabriolet, star des enchères

par Camille Pinet

Rares sur le marché du neuf, les cabriolets sont au contraire particulièrement bien représentés dans les ventes aux enchères de voitures de collection. Retour sur la cote de ces véhicules à toit découvrable, synonymes d’évasion, qui suscitent des batailles d’enchères souvent plus soutenues que pour les berlines et coupés… 

 

Les véhicules à capote ou toit découvrable, très nombreux jusque dans les années 2010, sont désormais rarissimes dans les gammes modernes des constructeurs. Plus chers à produire, ils constituaient moins de 0,4% du mix des carrosseries vendues en France selon les chiffres de l’ADEME dans une étude datant de 2019. Dans les ventes aux enchères de voitures de collection, c’est exactement le contraire. Cette carrosserie y est particulièrement représentée lors de sessions spécialisées. En juillet, sur 349 véhicules de sport et de collection proposés à la vente par les commissaires-priseurs d’Interencheres, 83 représentaient le genre cabriolet, spider ou toit découvrable, soit 23,78%. A cette surreprésentation, plusieurs explications…

 

 

Une entrée précoce en collection

Tout d’abord, ce type de carrosserie était bien plus répandu dans les premiers âges de l’automobile. La Ford T, par exemple, a été majoritairement produite en version à capote, de même que la Citroën 2CV, proposée durant toute sa carrière avec un toit en toile repliable. Par ailleurs, ce type de carrosserie affiche, pour les modèles plus récents, un taux de survie plus important. Il est en effet moins sujet à des utilisations intensives et « utilitaires » que les autres.

Enfin, le cabriolet a fait son entrée en collection bien plus tôt, au même titre que les sportives. On a tendance à préserver les dérivés cabriolet de certains modèles de grande diffusion bien avant de s’intéresser aux berlines, d’autant plus qu’il s’agit souvent de hauts de gamme, plus chers et mieux motorisés. A titre d’exemple, on peut citer le cas des Peugeot 306 Cabriolet qui commencent à être proposées dans des ventes de voitures de sport et de collection, alors que les autres déclinaisons, hors version sportives, n’intéressent pas encore les collectionneurs. Ces carrosseries se prêtent également particulièrement bien à un usage de loisirs qui sied à une voiture de collection. Les défauts qui limitent leur vente en neuf, à savoir l’habitabilité moindre, la fragilité de la capote ou encore le coffre plus exigu, ne sont plus des obstacles aussi importants dans un contexte d’utilisation récréative.

 

 

Des véhicules plus recherchés que les berlines et coupés

Même s’ils constituent une part importante des modèles vendus aux enchères, les cabriolets se vendent dans l’immense majorité des cas plus cher que les berlines dont ils dérivent, à motorisation équivalente. Les exemples sont nombreux : prenons le cas de la BMW 325i E30, dont une version berline quatre portes de 224 994 km de 1987 trouvait preneur à 10 000 euros le 29 octobre 2022 à Niort, lors d’une vacation organisée par Deux-Sèvres Enchères, alors qu’un cabriolet proposé par Deloys, doté du même kilométrage, du même coloris et d’une transmission automatique moins demandée, obtenait 25 168 euros à Beaucouzé le 26 novembre de la même année. On peut également mettre en avant la Peugeot 504, dont une belle version cabriolet de 1980 à moteur deux litres a été vendue 24 500 euros lors d’une vente Aguttes le 23 octobre 2022 à Sochaux, quand une remarquable berline Ti proposée par Brioult Enchères à Reims le 5 mars 2023 trouvait preneur pour 6 566 euros. C’est encore plus flagrant en ce qui concerne la Citroën DS, dont un cabriolet 19 usine de 1965 vendu par Aguttes a atteint 162 000 euros le 23 octobre 2022 à Sochaux, à comparer aux 21 000 euros atteints par une 19 Pallas berline de la même année proposée à la vente en Bourgogne en 2019.

 

 

On peut faire la même constatation en comparant les tarifs avec les coupés, même si l’écart de prix est en général moins grand et les exceptions plus nombreuses. Ainsi, une Porsche 997 cabriolet Carrera 2S BVA de 2005 changeait de main pour 50 568 euros à l’Hôtel des Ventes de Rodez le 18 juillet dernier, quand un coupé 2S, pourtant doté de la transmission manuelle plus demandée, obtenait seulement 46 625  euros lors d’une vente de Deux-Sèvres Enchères.

Dans un autre registre, une Alfa 2600 Sprint coupé de 1963 en bel état peut trouver preneur pour 52 038 euros, à l’instar de l’exemplaire vendu au Touquet par Denis Herbette le 15 mai 2022, soit pratiquement la moitié des 89 400 euros déboursés pour s’offrir le cabriolet de la même année proposé par Artcurial Motors à Paris le 18 mars 2022. Bien entendu, ces observations ne sont valables que pour des millésimes et des motorisations comparables, le jeu de la rareté pouvant favoriser des berlines ou des coupés plus rares ou plus sportifs.

 

 

Des cabriolets pour toutes les bourses

Même si les cabriolets sont particulièrement recherchés en collection, il en existe dans toutes les gammes de prix. Pour moins de 10 000 euros, on pouvait ainsi s’offrir, en 2023, le 14 mai un sympathique petit roadster MGF 1.8 de 1998 première main adjugé 8 850 euros par Denis Herbette, un joli Phaeton Ford Type A de 1930 vendu 9 000 euros par Osenat le 27 mars ou encore un attrayant roadster BMW Z3 1.9 de 117 374 km de 1997 remporté le 26 mars pour 8 344 euros à l’Hôtel des Ventes Giraudeau à Tours.

Le cœur du marché se trouve cependant plus haut. C’est en effet dans la tranche 10 000 — 20 000 euros que l’on commence à trouver les standards recherchés que sont la Citroën Méhari, à l’instar du modèle de 1976 vendu 16 215 euros par l’Hôtel des ventes d’Evreux le 20 juillet, ou l’Austin Healey Sprite « Frogeye » de 1960 adjugée 19 800 euros par Osenat à Fontainebleau le 10 juillet. C’est également dans cet étiage de prix que l’on retrouve la plupart des Citroën 2CV en très bel état, à l’instar de cette Charleston Gris Cormoran/gris Nocturne, vendue 18 750 euros par le Quai des Enchères le 20 juillet à Vienne ou les Spider Alfa post 1970, comme cet exemplaire de 1986 adjugé 12 000 euros par Osenat à Fontainebleau le 10 juillet.

 

 

Les grandes classiques des années 1950-1960 sont les plus demandées. Il fallait ainsi débourser 66 080 euros pour une Alfa Romeo Giulietta Spider de 1959 vendue par Aguttes le 25 juin à Paris ou 86 400 euros pour s’offrir une Mercedes 230 SL Pagode de 1965 proposée par Millon le 29 juin.

Les affaires restent cependant possibles : un cabriolet Chevrolet Corvette C2 Stingray de 1963 trouvait ainsi preneur à 69 600 euros le 18 juin lors d’une vente organisée par la maison Richard, bien en-dessous de son estimation. A ce jour, la palme du cabriolet le plus cher de l’année 2023 revient à la Bugatti 57 Stelvio de 1934 vendue 588 000 euros à Fontainebleau par Osenat le 27 mars. Celui qui franchit le plus régulièrement les records est cependant le premier Mercedes 300 SL Roadster, dont un exemplaire comptant seulement 1 372 km d’origine avait atteint 3 143 400 euros chez Artcurial le 7 juillet 2018 au Mans, tandis qu’un autre au destin moins exceptionnel avait tout de même atteint 1 025 120 euros le 2 juillet 2022 lors d’une vacation organisée par la même maison. Pour autant, le roadster 300 SL fait bien partie des exceptions, car le coupé peut atteindre des chiffres encore plus élevés !

Incarnation de l’évasion automobile, le cabriolet apparaît donc bien comme la carrosserie la plus demandée par les amateurs de voitures anciennes. Il le restera d’autant plus qu’il a pratiquement disparu de l’offre actuelle des constructeurs. Rouler cheveux aux vents se conjugue désormais presque obligatoirement avec la nostalgie…

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