Bentley, Ferrari, Tracta : dans les coulisses du nouveau musée des 24 Heures du Mans

23/06/2026

Racheté en 2017 par l’Automobile Club de l’Ouest, le Musée des 24 Heures du Mans (M24) s’agrandit. Après d’importants travaux d’extension, le nouvel écrin de 8 600 m² a ouvert ses portes le 28 mai, à l’occasion de la 94e édition de la mythique course sarthoise. Visite en avant-première d’une collection unique, jalonnée de bolides légendaires.

L’histoire du M24 commence en 1961. Cette année-là, la Scuderia Ferrari l’emporte grâce à sa TRI/61, pilotée par le binôme américano-belge Phil Hill et Olivier Gendebien. Un exploit succédant à tant d’autres, que le musée de l’Automobile, inauguré la même année au cœur du circuit, aspire à célébrer en exposant des dizaines d’automobiles ayant fait la légende des 24 Heures du Mans. Trente ans plus tard, un nouveau bâtiment bien plus grand est ouvert afin d’accueillir une collection toujours plus importante, qui atteint les 140 véhicules en 2009. Le musée est ensuite racheté en 2017 par l’Automobile Club de l’Ouest (ACO), avec l’ambition d’en faire un pôle culturel et patrimonial majeur de l’automobile. À cette fin, des travaux d’extension ont débuté en 2025 pour porter la superficie du lieu à 8 600 m2. Ce nouvel écrin a ouvert ses portes au public à l’occasion de la 94e édition des 24 Heures du Mans, le 28 mai dernier.

Des automobiles de légende

« Vous avez devant vous des œuvres d’art qu’on ne pose pas au mur mais au sol », annonce d’emblée Fabrice Bourrigaud, directeur sarthois du musée. L’architecte Frédéric Audevard a ainsi imaginé un espace moderne composé de grands volumes, à la fois capable d’accueillir des technologies de pointe, comme un immense écran LED immersif de 14 mètres diffusant des films sur l’histoire de cette course mythique, et d’offrir suffisamment de surface au sol aux bolides de la collection.

La Mancelle au début du parcours historique © CLIK.production / ACO

Le parcours est jalonné de modèles porteurs d’histoires. Le premier à inscrire Le Mans dans l’histoire de l’automobile moderne s’appelle L’Obéissante, un véhicule de douze places développé par Amédée Bollée. Considérée comme la première voiture à vapeur, elle créa l’exploit en 1875 en reliant Paris à la préfecture de la Sarthe, soit 250 kilomètres, en quelque 18 heures. L’automobile à vapeur qui lui succède trois ans plus tard s’appelle La Mancelle, visible pour les spectateurs au début du parcours historique. Autre véhicule ayant marqué l’histoire : « la plus ancienne Bentley 3 Litres de 1924 encore existante, vainqueur du Mans, rénovée pour qu’elle retrouve l’état dans lequel elle a pris le départ en 1924, avec toutes ses imperfections et ses ajouts de dernière minute », a déclaré William Medcalf, directeur de l’atelier Vintage Bentley, qui a restauré l’engin en 3 700 heures.

La Bentley 3 Litres restaurée en 3 700 heures

Le Mans fut en effet une destination de choix pour le constructeur britannique, qui voyait à l’époque la course comme un moyen de tester ses technologies d’éclairage nocturne, afin de proposer une solution suffisamment satisfaisante aux yeux des législateurs d’outre-Manche pour qu’ils autorisent la conduite de nuit.

Une voiture révolutionnaire acquise aux enchères

« On s’est mis dessus, on s’est battu et on l’a eue. » Ce n’est pas sans une pointe de fierté que Fabrice Bourrigaud évoque l’acquisition par le M24, en 2017, de l’un des quatre exemplaires de la Tracta. Achetée chez Osenat Fontainebleau pour 705 264 euros (avec frais), la Tracta Type A-Gephi châssis n° 13  « Le Mans » de 1927 fut imaginée par Jean-Albert Grégoire qui pilota également l’engin, et Pierre Fenaille, avec en tête une idée révolutionnaire : faire passer la puissance du moteur non plus aux roues arrière, mais aux roues avant.

La révolutionnaire Tracta

Ils y parviennent avec cette voiture, rendant la conduite plus stable et donc plus sûre, et ce huit ans avant que Citroën ne popularise le concept en 1937 avec sa Traction. « C’est émouvant d’imaginer Jean-Albert Grégoire au volant, il avait d’ailleurs accroché une icône de saint Christophe, le patron des voyageurs, au milieu du tableau de bord. »

Deux impressionnants dioramas dédiés à Lotus et Ferrari

Au sein d’un immense hangar, deux dioramas ont été installés. Le premier met à l’honneur un camion aux couleurs de la Scuderia Ferrari, aux côtés duquel est en train d’être montée la 512 S de Jacky Ickx (quintuple vainqueur des 24 Heures du Mans) de 1970, sous l’œil attentif d’Enzo Ferrari, aussi élégant qu’impassible derrière ses fameuses lunettes teintées qui le rendent impénétrable. Le second nous immerge au sein de la fière écurie britannique Gold Leaf Team Lotus, qui concourut en F1 de 1968 à 1971. C’est à cette belle aventure que ce diorama rend hommage.

Le diorama Ferrari © CLIK.production / ACO

Un panorama exhaustif de l’histoire des voitures de course

Au-delà de l’histoire de l’un des trois rendez-vous les plus emblématiques du sport automobile, avec les 500 Miles d’Indianapolis et le Grand Prix de Monaco, le M24 a pour ambition d’offrir un panorama global des courses automobiles. Certaines sections sont ainsi consacrées aux fantasques engins américains, imaginés par des constructeurs bien moins contraints par les réglementations que leurs homologues européens.

La McLaren-Chevrolet M6B et ses étonnants pots d’échappement © CLIK.production / ACO

Les visiteurs pourront notamment admirer la McLaren-Chevrolet M6B et ses «pots d’échappement qui font penser à la tuyauterie d’un orgue de cathédrale ». Pour les plus jeunes, peut-être plus au fait des exploits des pilotes contemporains, la section F1 accueille la Ferrari conduite en 2023 par le multiple vainqueur de Grand Prix, le Monégasque Charles Leclerc.

Une collection de près de 5 000 modèles réduits 

La visite du M24 s’achève en apothéose avec la présentation d’une collection complète de miniatures réunissant absolument toutes les voitures ayant participé aux 24 Heures du Mans, soit 4 667 pièces.

La salle aux 4 667 bolides miniatures © CLIK.production / ACO

«Ce fut un travail monumental : nous nous les sommes procurées auprès de particuliers et de constructeurs, et lorsque le modèle était introuvable ou n’avait jamais existé, nous l’avons fabriqué nous-mêmes ! » Une minutie passionnée qui résume à elle seule l’esprit du musée tout entier.

Enchérir | Suivez les ventes de voitures de collection sur interencheres.com

Le magazine des enchères

GRATUIT
VOIR