Le 27 mai, douze commissaires-priseurs se relaieront sur le Live d’Interencheres depuis leurs régions respectives pour animer la seule vente aux enchères en France en multiplex. Un « Live Tour » durant lequel défileront à travers la France une soixantaine de lots d’exception, des bijoux aux automobiles de collection en passant par les tableaux, sculptures et objets d’art.
Mise à jour, 29 mai. Le succès a été au rendez-vous le 27 mai pour la vente Ivoire Live Tour qui a totalisé 1 494 000 euros de produit vendu. Le relais fluide des marteaux, la qualité des objets réunis et le style personnel de chaque commissaire-priseur contribuaient au charme et à l’efficacité de cette vente multiplexe.
Trois ans après avoir lancé le concept, le groupe Ivoire a fait de son Live Tour un rendez-vous incontournable du calendrier des enchères. Le principe est désormais rodé : le 27 mai, les commissaires-priseurs se relaieront en direct sur Interencheres depuis leurs douze hôtels des ventes respectifs, faisant voyager les enchérisseurs du monde entier à travers la France le temps d’une soirée. Cette troisième édition se tient dans le cadre des Journées Marteau du Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires), qui visent à démocratiser les ventes aux enchères auprès du plus grand nombre. Au programme : une soixantaine de lots soigneusement sélectionnés dans toutes les disciplines et de toutes les époques — bijoux, tableaux, sculptures, objets d’art, automobiles de collection, horlogerie — témoignant une fois encore de la richesse et de la diversité des découvertes réalisées par les commissaires-priseurs du groupe dans leurs régions respectives.
Foujita, Marquet, Mela Muter : de grandes signatures
Parmi les pièces phares de cette édition figure une Descente de croix de Tsuguharu Léonard Foujita, présentée par Ivoire Manosque et estimée entre 60 000 et 100 000 euros. Réalisée vers 1917, l’œuvre correspond aux toutes premières années parisiennes de l’artiste franco-japonais, arrivé à Paris en 1913 et déjà remarqué dans le milieu de Montparnasse. La composition témoigne de sa découverte assidue des primitifs italiens au Louvre, le fond d’or et l’attitude hiératique des figures rappelant l’esprit du Trecento et l’héritage de Giotto, tout en conservant une dimension profondément japonaise avec l’usage d’un papier asiatique à fibres longues et la précision du trait à l’encre. Une œuvre d’une remarquable cohérence, d’autant plus précieuse que ces sujets religieux de jeunesse, bien antérieurs à la conversion officielle de l’artiste au catholicisme en 1959, demeurent peu nombreux.

Ivoire Reims, de son côté, présentera Le Pont Saint-Michel d’Albert Marquet, une huile sur toile de grand format (73,5 x 92,4 cm) réalisée vers 1910-1912 et estimée entre 50 000 et 80 000 euros. L’œuvre bénéficie d’un historique d’expositions particulièrement solide : présentée vraisemblablement dès 1910 ou 1911 à la galerie Druet, l’une des plus importantes galeries parisiennes de l’époque, elle voyage ensuite à New York chez de Hauke & Co., puis figure au Kunsthaus de Zurich en 1948 et à la galerie Charpentier en 1962, sous le titre Pont Saint-Michel sous la pluie. Cette vue de Paris s’inscrit dans la période la plus aboutie de Marquet, celle où l’artiste, ami de Matisse et figure tutélaire du fauvisme, affine sa manière : construction sobre, palette resserrée, atmosphère saisie avec une économie de moyens.

Ivoire Nîmes apportera une aquarelle de Baya Mahieddine, dite Baya, Femme aux poissons, réalisée vers 1947 et estimée entre 10 000 et 15 000 euros. L’œuvre a notamment figuré à l’exposition consacrée à l’artiste algérienne au Musée des Beaux-Arts de Nîmes en 2024.

Ivoire Clermont-Ferrand, enfin, présentera un panneau double-face de Mela Muter, estimé entre 60 000 et 80 000 euros, qui réunit sur un même support Portrait de jeune femme et Les Meules, deux compositions peintes vers 1940. L’artiste, figure importante de l’École de Paris remarquée dès ses débuts par Ambroise Vollard, avait dû se résoudre, faute de matériel pendant les années de guerre, à peindre le portrait de Jeanne Durand, treize ans, au verso d’une scène de moisson sur l’île de la Barthelasse. Le modèle devait être représenté devant le pont Saint-Bénézet (le pont d’Avignon) sur proposition de Mela Muter à sa mère, directrice du lycée de jeunes filles d’Avignon et liée à la Résistance. L’artiste, d’origine juive polonaise, avait quitté Paris pour Avignon précisément pour fuir l’occupation nazie. Ce double tableau provient directement de la famille du modèle.

Cadeaux impériaux, bronzes animaliers et automobiles pionnières
Parmi les objets d’art, Ivoire Pau présentera une pièce d’une provenance exceptionnelle : un kovsh en argent offert par l’impératrice Catherine la Grande au lieutenant-colonel Dmitri Martynov le 20 décembre 1774, en reconnaissance de son courage pendant la guerre russo-turque. Richement décoré du profil de l’impératrice et de l’aigle bicéphale, l’objet est estimé entre 30 000 et 50 000 euros. Il provient de la collection de Vera Ivanovna Pokhitonov, fille du peintre paysagiste I.P. Pokhitonov, qui l’aurait acquis directement auprès du prince Félix Youssoupoff.

Argent ciselé, gravé et vermeillé. 13,5 х 29,5 х 14 cm (traces du temps, perte de vermeil). Estimation : 30 000 – 50 000 euros. Présenté par IVOIRE PAU / BAYONNE.
La sculpture sera également à l’honneur avec un Chameau en bronze de Paul Jouve, proposé par Ivoire Angers et estimé entre 30 000 et 40 000 euros. Modèle créé vers 1908-1909 lors du séjour de l’artiste en Algérie, coulé à la cire perdue chez Valsuani, ce bronze appartient à une édition rare : sept épreuves seulement furent produites entre 1938 et 1953. La même maison proposera également une pendulette de bureau Art Déco des frères Lacloche, ce fleuron de la joaillerie française créé en 1892, remis en lumière ces dernières années par une exposition à l’École des Arts Joailliers et une monographie. Elle est réalisée en vermeil, or jaune, laque noire et cornaline, et est estimée entre 12 000 et 18 000 euros.

Ivoire Nantes proposera un Plat au poussin de 1949 de Guidette Carbonell, estimé entre 15 000 et 20 000 euros, une pièce issue de la série d’oiseaux stylisés que l’artiste, proche des peintres abstraits de l’École de Paris, exposa à la galerie Jeanne Bucher en 1949, et dont le Musée des Arts Décoratifs de Paris conserve un exemplaire. Ivoire Troyes, de son côté, présentera une rare paire de vases montés d’époque 1880-1890 dans le goût japonisant réalisée pour le magasin de luxe l’Escalier de Cristal, ainsi qu’une Darracq 8HP Monocylindre de 1905, estimée entre 20 000 et 30 000 euros, une pièce qui rappelle qu’en cette même année, Darracq était le troisième constructeur automobile français, devant Citroën, avant que la marque ne disparaisse définitivement en 1935.

Le catalogue réserve encore de belles surprises avec du côté d’Ivoire Chartres une rare plaque émaillée Englebert, datée entre 1927 et 1935 et estimée entre 20 000 et 25 000 euros. Cet exemplaire a été édité à moins de cent exemplaires.
Et pour clore ce tour de France en beauté, Ivoire Saint-Étienne présentera une Renault Alpine A110 de 1969, sortie de grange, estimée entre 40 000 et 50 000 euros, l’un de ces trésors endormis dont les ventes aux enchères ont le secret.