La collection de mode française Gilles Labrosse révélée à Moulins

09/09/2020

La collection Gilles Labrosse est l’une des plus belles collections privées de mode française des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Jamais entièrement exposée ni inventoriée, elle sera révélée pour la première fois dans sa totalité à l’occasion d’une vente aux enchères organisée les 22 et 23 septembre à Moulins sur Allier.

 

Suivant l’esprit testamentaire XIXe d’Edmond de Goncourt, Gilles Labrosse, en son temps, a souhaité que « les choses d’art qui ont fait le bonheur de sa vie… soient toutes éparpillées sous les coups de marteau du commissaire-priseur et que la jouissance procurée par l’acquisition de chacune d’entre elles, soit redonnée, pour chacune d’elles, à un héritier de ses goûts ». Les ventes des 22 et 23 septembre à Moulins correspondent ainsi aux dernières volontés du collectionneur : confier la dispersion de sa collection au marteau de Mathilde Sadde-Collette, avec laquelle il entretenait des relations de confiance depuis de longues années et sous l’œil expert de son ami de longue date, Serge Liagre, également collectionneur de mode.

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Un fonds de plus de 700 pièces des XVIIIe, XIXe et XXe siècles

Disparu prématurément, Gilles Labrosse (1952-2019) a patiemment glané sur le marché de l’art, pendant cinquante ans, les plus extravagants vêtements, chaussures et accessoires de mode, avec le goût affirmé d’un amateur d’art de haut niveau. Bien connu des conservateurs de musées et des grands collectionneurs, il a laissé derrière lui un fonds de plus de sept cents objets de mode, du XVIIIe au XXe siècle.

 

Robe de cour à la française de grand apparat Circa 1770/1780. Estimation : 12 000 – 15 000 euros.

 

La collection de Gilles Labrosse regroupe majoritairement des toilettes féminines, dans une déclinaison méthodique couvrant toutes les périodes de l’histoire de la mode entre 1700 et 1968. Aucune période n’est oubliée, et est, à chaque fois, accompagnée de ses accessoires dans le souci de proposer des ensembles de style cohérents représentant chaque période de notre histoire sociale sur trois siècles. Le vestiaire masculin est quant à lui présent avec une centaine de pièces, parmi les plus emblématiques de la silhouette masculine, en débutant avec un rare pourpoint et culotte en velours fin XVIIe siècle. Le XVIIIe siècle regroupe majoritairement des Banyans, robes de chambre exotiques, bonnets, des habits brodés, justaucorps et gilets à basques Louis XV en lampas, étamines, drap d’or ou d’argent pour la Cour, mais aussi des habits trois pièces Louis XVI et Premier Empire. Le XIXe siècle est centré sur la silhouette du Dandy et propose, des Fracs, Redingotes, Habits dégagés d’époques Empire, Restauration et Louis-Philippe, mais aussi des gilets imprimés, soie, velours, culottes et un rare pantalon à pont de travail en Bleu de Nîmes, ancêtre de nos Jeans.

 

Banyan ou manteau d’intérieur Louis XV en lampas de soie bleu-ciel et crème argenté, Circa 1750/1760. Estimation : 5 000 – 9 000 euros.

 

Le faste, l’apparat et l’historicisme sont le fil conducteur de la collection de mode féminine de Gilles Labrosse qui regroupe environ 600 pièces. Au XVIIIe siècle, un ensemble important de robes à la française, à l’anglaise, de Cour ou à la négligé, en taffetas, soies brochées (dont une Robe à la française en Indienne de Jouy ou d’Alsace) et notamment une robe à vertugadin période Régence en bourrette de soie verte. Cet inventaire se poursuit avec corps baleinés, corps souples, casaquins, Pierrots, poches, bourses, calèches, pièces d’estomacs, fichus…. Une trentaine de paires de chaussures couvrant le XVIIIe, le Directoire, l’Empire et la Restauration. Au XIXe siècle, capotes, canezous, réticules, gants, parures, cages à crinoline (dont Thomson), tournures, pouffs, fichus ou châles pour la mode (dont Guillaume Ternaux) accompagnent des robes Empire (dont une rare tricolore en siamoise), des toilettes Restauration à manches Gigot extravagantes, des robes à crinolines et à transformation Napoléon III de jour ou pour le bal, des robes de promenades Impressionnistes, des tournures à queue d’écrevisse, des robes de réception Belle Epoque, des capes du soir à col Médicis… A noter également quelques rares griffes du début de l’histoire de la Haute Couture dont Charles Frédéric Worth, Emile Pingat, Paquin mais aussi Mme Roger, Mme Laferrière, Mme Maugat, avec souvent des références évidentes aux atours des siècles passés. Tout aussi rare et surprenante, une dizaine de robes d’enfant de la seconde moitié du XIXe siècle, en réplique du modèle adulte avec des crinolines.

 

Madeleine Vionnet (attribué à) Circa 1921/1922. Estimation : 8 000 – 12 000 euros.

 

Le XXe siècle propose de nombreux accessoires (dont chapeaux, chaussures Salomé et bourses du soir), des robes de réception fastueuses entre 1900 et 1915, dont une robe de Cour en réplique du Premier Empire, des robes de style dans la lignée de Jeanne Lanvin, une « Delphos » plissée de Mariano Fortuny et une rare robe pailletée 1921 de Paul Poiret/Raoul Dufy pour le Théâtre des Arts. Les modèles des grands magasins « au Printemps » et « à la Belle Jardinière » du début du siècle, côtoient des robes Art Déco à la silhouette libérée des carcans du XIXe siècle dont la fameuse robe à Chevaux de Madeleine Vionnet vers 1921. Des robes de bal, kaftans et capes du soir, parfois Egyptomania, complètent ces années entre les deux guerres avec des griffes peu communes de Madeleine Vionnet, Lucile Manguin, Philippe & Gaston ou Jean Lelong. Les années 1950, enfin sont très représentées dans la lignée du New-Look et du glamour d’après-guerre avec des œuvres majeures de Christian Dior, Hubert de Givenchy, Madame Grès, Pierre Balmain, Cristobal Balenciaga, Maguy Rouff, Jacques Fath, Jacques Heim, Gabrielle Chanel, Michel Goma, Carven, Jean Dessès et Yves Saint Laurent durant sa période Dior. Enfin, un clin d’œil au cinéma français avec une robe perlée de la garde-robe de Madame Claude Gensac vers 1968, clôture ces deux ventes.

 

Robe Delphos en pongé de soie plissé café au lait griffée Mariano Fortuny Circa 1915/1925. Estimation : 2 500 – 4 000 euros.

 

Une collection exposée dans les plus grandes institutions, du Palais Galliera au musée d’Orsay  

Gilles Labrosse est né à Gueugnon, le 3 octobre 1952, et décédé dans cette même ville en 2019. Amoureux fou des textiles anciens, c’est avec son premier salaire qu’à 14 ans débute sa collection. Sa rencontre avec Eric Girardon est décisive. Ce dernier lui déchiffre les fils de trames comme une partition. Il parvient à dater et à situer de manière précise les textiles les plus rares. Chineurs de grands talents, le sérieux de leur compétence sera remarqué par les plus grands. Le Palais Galliera a exposé à de nombreuses reprises des pièces provenant de leur collection. Françoise Tétard Vittu, conservatrice emblématique de cette institution, deviendra même l’une de leurs amies les plus proche.

 

Robe du soir en appliqué de satin sur tulle noir griffée de Christian Dior Boutique numérotée 363404 Circa 1955. Estimation : 4 000 – 6 000 euros.

 

L’ouverture du musée « de la mode retrouvée » marque une étape décisive pour la notoriété de la collection. C’est dans une demeure patricienne de Digoin que Gilles et Eric installent le fruit de leur insatiable quête. Retrouver, sauver, protéger et puis exposer au grand-jour, les pièces les plus rares, les plus dignes d’être arrachées à l’amnésie des greniers. Tel sera l’objet de ce musée qui fonctionnera jusqu’au décès d’Eric en 2008. Le musée fermé, c’est désormais pour lui-même que Gilles Labrosse continue à faire vivre sa collection. Le prêt de pièces pour les grandes expositions temporaires de mode signale encore au public son activité désormais discrète – Galliera le plus souvent, mais aussi le musée Masséna à Nice pour son exposition « Au temps des crinolines », le musée d’Orsay en 2012 pour l’inoubliable « Impressionnisme et la mode ». En 2016, le musée parisien fera à nouveau appel à la collection Gilles Labrosse pour monter son « Spectaculaire Second Empire ». La dernière exposition publique sera « Fashion 50’s » au printemps 2019 chez Enchères Sadde à Moulins. L’exposition précédant la vente aux enchères, sera quant à elle la dernière présentation publique de cet ensemble exceptionnel avant sa dispersion définitive. Ultime hommage au travail d’un collectionneur de génie.

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