Le 23 juin 2021 | Mis à jour le 30 juin 2021

La collection de Nelly Kaplan et Claude Makovski dispersée à Paris

par Diane Zorzi

La collection de Nelly Kaplan et Claude Makovski, un couple iconique du cinéma français, sera dispersée aux enchères le 29 juin à Paris. Cette vente de succession, organisée par Xavier Chauviré et Raphaël Courant, en collaboration avec la maison de ventes Bouvet, rend hommage à ce duo, unit par l’amour de l’art et le culte de la beauté.

 

A quelques mois d’intervalle, en 2020, le monde du cinéma pleurait la disparition d’un de ses fidèles défenseurs, le producteur Claude Makovski, et d’une icône, l’écrivaine et réalisatrice Nelly Kaplan. Ces deux personnalités emblématiques de la Nouvelle Vague avaient fondé leur propre société en 1967, Cythère Film, et coproduisaient la plupart de leurs films, menant une vie de couple tant sur les tournages qu’en coulisses. 

 

Kaplan-Makovski, un couple iconique de la Nouvelle Vague

Née en 1931 à Buenos Aires, Nelly Kaplan rejoint Paris à l’âge de vingt-deux ans. Éprise de poésie française, elle est immédiatement séduite par une ville en proie à un formidable bouillonnement culturel. Alors qu’elle s’adonne à la critique de cinéma pour la presse argentine, elle fait la rencontre déterminante d’Abel Gance à la Cinémathèque qui lui permet de passer derrière la caméra, avec un rôle dans La Tour de Nesle. Cette expérience est la première d’une longue série de collaborations artistiques, l’amenant à découvrir l’écriture, la réalisation et même le montage. Parallèlement, elle se lie d’amitié avec Théodore Fraenkel, Philippe Soupault, ou encore André Breton. Dotée d’un rare talent et d’une grande curiosité, Nelly Kaplan s’essaie également à la littérature érotique et la réalisation de documentaires, à l’instar du Regard Picasso pour lequel elle remporte un Lion d’or au Festival de Venise. En 1969, elle réalise son premier long métrage, La Fiancée du pirate. Elle fait d’abord face à de nombreux refus de producteurs qui jugent le film trop audacieux. Seul Claude Makovski accepte de le produire. Entre Nelly et Claude, naît ainsi une profonde complicité qui durera toute leur vie. La vente organisée le 29 juin rend hommage à ce couple unit par l’amour de l’art, témoignant de leur goût pour l’onirisme et l’érotisme, et de leur esprit résolument libertaire. 

 

Une aquarelle exceptionnelle de Gustave Moreau

La figure féminine s’invite dans maintes pièces de la collection du couple Kaplan-Makovski, unit par un même culte de la beauté. Aux côtés de nus érotiques, signés Pascin, l’œuvre phare de la vente, estimée entre 150 000 et 200 000 euros, dévoile une Femme dans une grotte à la beauté exquise et inaccessible. Elle arbore une chevelure scintillante et une peau d’une blancheur éclatante, et prend place au cœur d’un décor aquatique féérique, peuplé d’une végétation surnaturelle. L’aquarelle est signée d’un “assembleur de rêves”, Gustave Moreau, ce peintre symboliste que les Surréalistes chérissaient tant et dont ils avaient participé à la redécouverte. Nelly Kaplan avait acquis cette œuvre sur papier lors d’une vente à Paris en 1990. Elle lui rappelait sans doute sa lecture d’A Rebours de Huysmans, qui lui inspira un court-métrage dédié à Gustave Moreau, réalisé en 1961 et pour lequel André Breton prêta sa voix.

 

Gustave MOREAU (1826-1898), Femme dans une grotte (et sphinx rouge), 1882. Aquarelle et huile sur papier. 34,5 x 23,4 cm. Estimation : 150 000 – 200 000 euros.

 

Un florilège d’œuvres avant-gardistes

D’autres muses, La Liseuse de Jean-Jacques Henner (4 000 – 6 000 euros) ou le Portrait de Sarah Bernhardt dans Tosca par Teodor Axentowicz (20 000 – 30 000 euros), révèlent encore l’admiration de Claude et Nelly pour la figure féminine, qu’ils aiment mystérieuse, séductrice et fatale. Un visage de femme, traité au gré d’une succession de ronds rouges, blancs et bleus, constitue encore l’une des pièces phares de la collection (8 000 – 12 000 euros). Ce dessin, peint à la gouache par Robert Delaunay, est un projet pour « les orgues lumineuses » d’Abel Gance, comme l’atteste l’inscription autographe du cinéaste au verso (« dessin fait par Delaunay en 1913 sur ma demande pour mon invention »). Fasciné par son travail sur l’image simultanée, Gance avait fait appel à Delaunay pour qu’il imagine un écran lumineux, constitué d’ampoules colorées s’animant au rythme de la musique. Cette œuvre du maître de l’art moderne sera accompagnée d’un florilège de pièces avant-gardistes, à l’instar d’un fusain de Francis Picabia, témoignant de l’esprit libre et volontiers provocateur du couple Kaplan-Makovski. 

Enchérir | Découvrez tous les lots de la vente de succession Kaplan-Makovski 

 

Découvrez notre sélection de coups de coeur dans la vente Kaplan-Makovski

Haut de page

Vous aimerez aussi

Claude Viallat de retour à Nîmes

Le 2 août 2021 | Mis à jour le 2 août 2021

Le 4 août à Nîmes, la vacation estivale de Pierre Champion et Françoise Kusel sera l’occasion de retrouver l’enfant du pays, Claude Viallat, dont deux œuvres seront proposées de 1 […]

Jean Dufy, de Paris à Stockholm

Le 2 août 2021 | Mis à jour le 2 août 2021

Alors que le Musée de Montmartre expose dans la capitale « Le Paris de Raoul Dufy », une vue du bois de Boulogne signée de son frère cadet, Jean, sera […]

Takanori Oguiss, un peintre japonais à Paris

Le 21 juillet 2021 | Mis à jour le 2 août 2021

Sensible au charme pittoresque parisien, Takanori Oguiss s’est illustré à travers ses vues de la capitale où il s’établit durant l’entre-deux-guerres. Le 24 juillet à Vannes, Jack-Philippe Ruellan présentera aux […]