Sur quels designers, sur quelles créations miser pour profiter du meilleur du design contemporain ? Les conseils d’une commissaire-priseur et d’un collectionneur passionnés.
Dans l’univers du design, les prix les plus importants se font depuis longtemps sur les pièces datées des années 1950-1960, souvent dans un esprit nordique. « Mais cela devient un peu ennuyeux non ? s’interroge Carole Jezequel de Rennes Enchères. Lorsqu’on est lassé de l’épure, il faut se tourner vers les années 1980 et suivantes, c’est plein de couleurs et de fantaisie ! » La commissaire-priseur estime que dans ce domaine, il reste encore de belles affaires à réaliser, car « ces années ne sont pas assez valorisées, par les galeries comme par les ventes aux enchères, les créations partent à des prix encore inférieurs à ce qu’elles pourraient atteindre ».
Memphis et le design des années 1980
Pour les années 1980, le premier nom venant à l’esprit est celui d’Ettore Sottsass. Le designer italien à l’origine du groupe Memphis est notamment l’auteur de la bibliothèque Casablanca dont la forme évoque un totem en couleurs : « dans la vente de la collection Hochet, nous avons donné une estimation de 5 000 à 8 000 euros, ce n’est vraiment pas très élevé pour un meuble emblématique de son époque, en première édition » affirme Carole Jezequel. Et de nombreux petits objets du même Sottsass sont accessibles aujourd’hui pour quelques centaines d’euros : le centre de table Sugar, sont téléphone Enorme ou sa machine à écrire Valentine rouge qu’il a dessinée pour Olivetti.

Jean-Pierre Hochet qui prévoir de céder sa collection de design des 50 dernières années en plusieurs étapes avec Rennes Enchères, précise que la notoriété de Sottsass étant croissante, ce marché est déjà solide, « mais on connaît moins Nathalie du Pasquier, membre fondateur du groupe Memphis, elle ne fait plus de design depuis la fin des années 1980 mais on peut retrouver ses pièces ». Une sellette Bombay de 1986 est estimée 1 000 à 1 500 euros, et un couteau à fromage réalisé avec les ateliers du musée de la coutellerie de Thiers, 300 à 600 euros.

De Sottsass à Starck et aux Bouroullec
Le collectionneur recommande également de s’intéresser au travail de Philippe Starck : « sa cote a déjà bien augmenté pour les créations des années 1980 en métal notamment, mais il a aussi fait des choses très intéressantes dans les années 1990 et 2000 et là le marché ne les a pas encore reconnues ! » Datées de 1995, ses chaises Lundi Ravioli ne dépassent pas 1 000 à 1 500 euros d’estimations les quatre, et le vase Popopo de 1993, d’1,58 cm de haut, 800 à 1 000 euros. « Il a été édité par XO qui a fait un remarquable travail avec Starck, cette production est passionnante », s’enthousiasme le collectionneur.
Pour de nouveaux amateurs de design, il conseille de s’orienter aussi vers les pièces de design des années 2000. Et par exemple celles des frères Bouroullec, Ronan et Erwan : « Ils ont commencé à travailler à vers la fin des années 1990, et se sont séparés depuis 2023.». Pour exemples, une paire de Low chairs collection Stripes est estimée 500 à 700 euros, et une suspension Lantern de 2023, 250 à 350 euros, les deux en édition Vitra.
En clin d’œil à d’éventuels nostalgiques du design des années 1950, leur bibliothèque Self Shelf modulable de 2004 peut rappeler le travail d’une certaine Charlotte Perriand, mais avec une estimation de 1 300 à 1 800 euros.

Des objets du quotidien à collectionner
D’autres noms de designers français récents figurent dans la liste du collectionneur comme des cibles à privilégier : « Olivier Gagnère fait un travail intéressant sur la céramique, il a travaillé à la fois avec Vallauris et Quimper en réussissant à adapter son travail à ces univers très différents ». Démonstration avec des vases évalués entre 500 et 800 euros, dont on reconnait effectivement facilement l’origine.

Ou encore Denis Santachiara et ses objets pleins d’humour : une lampe de table qui projette une image de moutons, datée 1989 (700 à 1 000 euros) ou un paillasson en demi-lune surmonté d’un oiseau siffleur (300 à 500 euros). « Car le design ce ne sont pas seulement des meubles, ce sont aussi des objets, de la vaisselle, des lampes…avec lesquelles il faut vivre », ajoute le collectionneur. Petit bémol, alerte Carole Jezequel, pour prendre toute sa valeur, le design même et surtout contemporain « doit être dans un état impeccable, ce qui n’est pas forcément évident lorsque l’on a des meubles et objets en carton, en céramique ou en plastique mince. »