Du 25 au 30 mars se tiendra l’édition 2026 du Salon du dessin, l’un des événements consacrés aux arts graphiques les plus importants dans le monde. Profitant de cette occasion, plusieurs maisons organiseront en parallèle des ventes mettant en lumière de nombreuses feuilles d’exception. Édouard Vuillard, Antoine-Jean Gros, Pierre Bonnard, Pierrette Bloch… focus sur dix œuvres bientôt mises aux enchères.
Portrait de Susanna Pfeffinger, en buste de trois-quarts vers la gauche de Hans Baldung
À la mort d’Albrecht Dürer en 1528, une de ses mèches est coupée et donnée à son ancien disciple Hans Baldung. Ce geste symbolique consacre ce dernier comme héritier de son enseignement. Son Portrait de Susanna Pfeffinger, réalisé à la pointe d’argent, une technique très difficile apprise auprès de Dürer, en est un rare témoignage, unique exemple encore en mains privées qui sera dévoilé aux enchères par Beaussant Lefèvre le 23 mars prochain.

Le général Bonaparte au pont d’Arcole le 15 novembre 1796 de Antoine-Jean Gros, dit baron Gros
Le 17 décembre 1796, ou plutôt le 17 frimaire si l’on suit le calendrier républicain, un jeune général téméraire prend ses quartiers à Milan alors qu’il conquiert l’Italie : Napoléon Bonaparte. Deux semaines plus tôt, il s’était illustré lors de la bataille du pont d’Arcole. Il accorde alors quelques minutes à Antoine-Jean Gros, venu en Lombardie grâce à Joséphine, pour réaliser son portrait. Dans une lettre adressée à sa mère, l’artiste évoque ce moment : « Je viens de commencer le portrait du général ; mais l’on ne peut même donner le nom de séance au peu de temps qu’il me donne… » Le dessin présenté par Artcurial le 25 mars a peut-être été exécuté ce jour-là et fait incontestablement écho au tableau conservé au château de Versailles.

Étude de tête de moine de Lodovico Cardi, dit Il Cigoli
Vers 1610, Lodovico Cardi réalise une série de portraits de moines franciscains pris sur le vif. Formé à la tradition de la Renaissance et du maniérisme florentin, il s’oriente ici vers un style plus naturaliste, attentif à la vraisemblance et à l’intériorité des modèles, révélant l’influence du Caravage et des Carrache. Enchères prévues le 25 mars par Maître Le Fur.

Représentation d’une pièce de Molière dans la salle des Cariatides du Louvre de Édouard Vuillard
Entre 1920 et 1922, Édouard Vuillard se rend régulièrement au musée du Louvre. À cette période, il reçoit une commande de l’industriel suisse Camille Bauer et doit réaliser « Six moments de la vie du Louvre » sous forme de panneaux décoratifs. Il profite également de cette occasion pour dessiner une dizaine de pastels et peintures. Quelques siècles plus tôt, Molière s’était installé au Louvre pour jouer pour la première fois devant Louis XIV Le Dépit amoureux, L’Étourdi et Les Précieuses ridicules. En hommage au tricentenaire de la naissance du dramaturge et comédien, l’une de ses pièces est donnée dans la salle des Cariatides du palais le 18 janvier 1922. C’est ce qu’immortalise Édouard Vuillard dans ce pastel présenté par Ader aux enchérisseurs le 27 mars.

Hommage à l’Arc de Triomphe fleuri de Marc Chagall
Deuxième représentation de l’Arc de triomphe répertoriée à ce jour par Marc Chagall, cette œuvre est inédite sur le marché de l’art. Réalisée dans les années 1970, elle appartient à la maturité de l’artiste, période particulièrement prisée pour la richesse de sa palette et la lisibilité de son iconographie. Il sera vendu par Aguttes le 18 mars.
![MARC CHAGALL (1887-1985) Hommage à l’Arc de Triomphe fleuri, 1970-1976 Pastel, gouache, crayons de couleur, tempera, encre de Chine et mine de plomb sur papier Timbre de la signature [non Lugt] en bas vers la gauche 56,2 x 41,5 cm Estimation : 120 000/180 000 € Un certificat du Comité Chagall, en date du 5 juin 2007, sera remis à l’acquéreur. Provenance ● Famille de l’artiste, France ● Collection particulière, France (offerte par cette dernière puis par descendance)](https://production-cpm-wordpress-front.s3.eu-west-par.io.cloud.ovh.net/uploads/sites/4/2026/03/cpchagall.002.jpeg)
Sans titre de Pierrette Bloch
Acquise directement auprès de l’artiste, cette œuvre sera ajoutée au catalogue raisonné actuellement en préparation. Elle est caractéristique du style de Pierrette Bloch, un support en papier kraft et des lignes horizontales tracées à l’encre de Chine, chacune dessinant des motifs bouclés, semblables mais dissonants, traces d’un geste créatif improvisé. FauveParis organisera la vente de l’œuvre le 28 mars.

Le canal du Loing à Saint-Mammès d’Alfred Sisley
Authentifié par le comité Sisley et répertorié dans le catalogue critique de la galerie Brame et Lorenceau, ce pastel représente un canal des environs de Fontainebleau, où le peintre s’installe dans les années 1880 pour immortaliser les paysages pittoresques de la campagne francilienne. Rendez-vous le 27 mars chez Collin du Bocage pour les amateurs du peintre.

Deux obélisques encadrant une longue place publique, une statue de la République ; au fond de la perspective, une ville antique de Étienne-Louis Boullée
« Une des grandes lignes de partage de l’histoire de l’architecture européenne passe par les méditations et l’enseignement de Boullée. » C’est en ces termes que l’historien de l’art André Chastel présente l’apport de l’architecte néoclassique. Ce dessin, proposé par la maison Millon, en est un parfait exemple. Il représente deux obélisques, immenses comparés aux silhouettes humaines à leurs pieds, et au centre une statue. Ces éléments apparaissent comme des symboles de la Révolution française triomphante, en témoignent les allégories guerrières, avec des lions aux quatre coins des obélisques et des trophées d’armes sur leurs soubassements, mais aussi législatives, avec la figure de la République s’appuyant sur les tables de la loi. Le dessin sera présenté par Millon le 26 mars.

Jardin public de Pierre Bonnard
Ce pastel du nabi Pierre Bonnard constitue la partie centrale d’un projet de triptyque destiné à décorer le rideau de scène d’une tournée de Jacques Copeau aux États-Unis en 1917. Recensée dans le catalogue raisonné de Maurice et Guy-Patrice Dauberville, cette composition n’a encore jamais été présentée aux enchères. C’est le 29 mars qu’Osenat a organisé la vente de ce pastel.

Le triomphe de Neptune avec Amphitrite de Fedele Fischetti
Anciennement attribuée à Nicolas Guibal, cette œuvre a été réattribuée au peintre napolitain Fedele Fischetti, figure importante du néoclassicisme italien. L’artiste y représente une scène classique de la peinture décorative, la réunion de Neptune et d’Amphitrite. Le dessin sera vendu le 1er avril par Tajan.
