Le 21 septembre 2020 | Mis à jour le 28 septembre 2020

Record mondial pour une nature morte de François Desportes adjugée à plus de 2 millions d’euros

par Diane Zorzi

Un tableau du maître de la nature morte François Desportes s’est envolé à plus de 2 millions d’euros le 19 septembre à Bordeaux, décuplant son estimation haute de 200 000 euros. Un record mondial qui consacre ce chef-d’œuvre caractéristique du renouveau des arts sous la Régence de Philippe d’Orléans.

 

Le 19 septembre à Bordeaux, la maison de ventes Briscadieu présentait avec le cabinet Turquin une œuvre inédite sur le marché, signée du grand maître de la nature morte française, François Desportes (1661-1743). « La découverte de ce tableau a été un véritable choc, détaille Antoine Briscadieu. Il était conservé dans une collection du sud de la France et était resté dans la même famille depuis plusieurs décennies. »

 

Alexandre-François Desportes (1661-1743), « Nature morte au trophée de gibier, fruits et perroquet sur fond de niche ». Huile sur toile, 102,5 x 83 cm. Signée Desportes et datée 1716 sur la droite. Restaurations anciennes. Cadre en bois sculpté doré, travail français d’époque Louis XIV. Adjugé à 2 029 500 euros (frais compris) par Briscadieu le 19 septembre à Bordeaux.

 

Un record mondial pour un tableau de François Desportes

Intitulée Nature morte au trophée de gibier, fruits et perroquet sur fond de niche, la toile a trouvé preneur à plus de deux millions d’euros, confirmant le dynamisme du marché de la peinture ancienne. « Cinq enchérisseurs, issus du grand commerce mais aussi des particuliers, notamment français, se sont affrontés dans une bataille d’enchères frénétique, s’enthousiasme le commissaire-priseur. En moins de cinq minutes, le tableau a décuplé son estimation haute de 200 000 euros, pour atteindre 2 029 500 euros frais compris (1 650 000 euros au marteau), enregistrant un record mondial pour l’artiste ». Le précédent record pour une œuvre de Desportes remontait à 1995, date à laquelle une paire de tableaux avait été adjugée à 695 168 euros (hors frais) à New York, tandis que la plus haute adjudication pour un seul tableau du maître s’élevait à 396 367 euros depuis la vente d’une Nature morte au panier de quetsches en 2000 à Paris. « Ce nouveau record consacre un véritable chef-d’œuvre de l’artiste, qui nous présente ici une nature morte de fruits et de gibiers d’une exceptionnelle fraîcheur », remarque l’expert Eric Turquin.

 

 

Une commande du Régent Philippe d’Orléans

Daté de 1716, le tableau s’inscrit dans une période d’intense activité durant laquelle l’artiste, alors âgé d’une cinquantaine d’années, travaillait essentiellement pour le Régent Philippe d’Orléans, reconnu comme l’un des plus grands collectionneurs et mécène de son temps. « Nous savons que Desportes avait réalisé au moins trois tableaux pour une “cuisine particulière” où le Régent faisait lui-même des essais de cuisine. Cette nature morte pourrait avoir été destinée aux appartements du Palais Royal, explique Stéphane Pinta, expert en peinture ancienne au cabinet Turquin. Mais le motif du dauphin représenté sur la fontaine est aussi une allusion à la fille du Régent et épouse du Grand Dauphin. Le tableau pourrait donc également être une commande du souverain pour le château de La Muette, où elle résidait ».

 

 

Une nature morte vivante

Bon vivant, volontiers libertin, Philippe d’Orléans souhaite en 1716 s’affranchir de l’art officiel du Roi Soleil, décédé un an plus tôt, et donner un nouvel essor à la peinture, à la sculpture et au mobilier, ainsi qu’aux arts de la table. A l’austérité des dernières années de Louis XIV succède ainsi une période de légèreté, marquée par des fêtes fastueuses. « Cette représentation d’une nature exubérante, ordonnée dans une composition extrêmement raffinée, apparaît comme une véritable corne d’abondance dans laquelle raisonne le bruit et la fête de la Régence : un moment de grâce et d’insouciance du savoir-vivre à la française », précise l’expert.

 

 

Amoureux de la chasse, le Régent convie Desportes à le suivre lors de ses virées, afin qu’il y réalise des scènes cynégétiques ou des trophées, à l’image de cette nature morte. « Desportes va alors déployer tout son talent dans des natures mortes extraordinaires de gibiers, fleurs et fruits. Ici, l’assemblage de gibier (lièvre, perdrix grise, canards, col-vert, vanneau) s’intègre harmonieusement à la composition grâce aux emplacements choisis des divers détails d’ailes, pattes et oreilles du lièvre qui donnent éclat et dynamisme à cette réunion d’animaux à la touche chatoyante et vibrante ». Usant de couleurs vives et de contrastes prononcés, Desportes donne vie à chaque élément de sa composition, s’inscrivant dans la lignée des peintres flamands Nicasius Bernaerts ou Frans Snyders, passés maîtres dans la représentation de ces « vies silencieuses ». « Il n’existe pas d’équivalent supérieur, ni en qualité ni dans le rend pictural de la nature morte, et ce tableau l’illustre parfaitement. L’artiste a énormément travaillé pour que l’illusion soit parfaite. »

 

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