Le 10 mars 2020 | Mis à jour le 12 mars 2020

Une gourde chinoise du XVIIIe siècle s’envole à près de 5 millions d’euros à Bourges

par Diane Zorzi

Datée de l’époque Qianlong, une rare gourde en porcelaine de Chine a été adjugée à près de 5 millions d’euros le 7 mars à Bourges. Provenant de la collection d’une famille d’entrepreneurs actifs au XIXe siècle, elle a été acquise par un collectionneur chinois.

 

Mise à prix à 700 000 euros, une gourde en porcelaine du XVIIIe siècle s’est envolée à 4,937 millions d’euros (frais compris), sous le marteau d’Olivier Clair le 7 mars à Bourges. « Nous avons commencé les enchères à 700 000 euros, sur une base estimative fixée entre 1 et 2 millions d’euros par le cabinet d’experts Portier, détaille le commissaire-priseur. Les enchères ont grimpé progressivement pour atteindre finalement ce très beau résultat ». La bataille s’est jouée entre sept enchérisseurs chinois, désireux de voir cet objet patrimonial rejoindre son pays d’origine.

 

Une gourde « Bianhu » cuite dans les fours de l’empereur Qianlong

Arborant un camaïeu bleu de cobalt sur fond blanc, cette gourde dite « Bianhu » était exceptionnelle de par sa provenance. Elle fut en effet cuite dans les fours de l’empereur Qianlong, sixième empereur de la dynastie Qing, dont le règne, qui s’étendit de 1735 à 1796, est considéré comme l’âge d’or de la civilisation chinoise. « Afin d’asseoir leur légitimité au trône de la Chine comme souverains étrangers [ndlr. La dynastie Qing, dernière dynastie impériale à avoir régné sur la Chine de 1644 à 1912, était d’origine mandchoue.], les empereurs mandchous de la dynastie Qing furent particulièrement attentifs à la tradition de la société chinoise et utilisèrent chaque type d’art pour affirmer leur position. En conséquence, les artisans des fours impériaux de Jingdezhen s’inspirèrent de grandes œuvres du passé de la Chine et de leurs coutumes, tout en créant simultanément des pièces innovantes et contemporaines, mettant en exergue l’excellente qualité d’exécution de l’époque, sous le suivi de l’empereur Qianlong. Ce type d’objets est en effet issu des gourdes des pèlerins de la dynastie Tang constituées de cuir qui empruntaient elles-mêmes leur forme aux bronzes archaïques contenant du vin, tandis que les gourdes en porcelaine bleu et blanc proviennent de la première partie de la période Ming (1368-1644) », explique Alice Jossaume, experte en arts d’Extrême-Orient au cabinet Portier.

 

 

Un rare décor de dragon impérial

La gourde dévoile un rare décor de dragon à cinq griffes, qui, d’un air menaçant s’apprête à saisir la perle sacrée, censée exhausser tous les souhaits. « La férocité de l’animal mythique est mise en évidence par sa mâchoire puissante et son regard intense à la fois fixé sur la perle flamboyante et dirigé vers le spectateur, comme passeur de puissance et de bienveillance du fils du ciel, ainsi que par les cinq griffes contractées, prêtes à saisir la perle. Selon certaines légendes, la perle naît de la fécondation du coquillage par le tonnerre, et, associée au dragon, elle représente le tonnerre et l’évolution. L’illustration fixe ainsi l’instant décisif avant le changement, précédent la prise de la perle qui permettra la symbiose des éléments et l’unification de l’empire, incarnés par l’empereur, le fils du ciel », détaille l’experte.

 

 

Des porcelaines très convoitées par les collectionneurs chinois

Si de nombreux vases et gourdes en porcelaine ont été produits à cette époque, la plupart d’entre eux furent pillés par un corps expéditionnaire franco-anglais lors du sac du Palais d’été en 1860. « Ils sont très rares aujourd’hui et particulièrement recherchés par les collectionneurs chinois », poursuit Olivier Clair. Une gourde  en porcelaine émaillée vert céladon avait ainsi atteint 5,084 millions d’euros (frais compris) lors de la grande vente annuelle organisée par Aymeric et Philippe Rouillac en juin 2018 au château d’Artigny de Montbazon. « « Elle avait vraisemblablement été ramenée par un descendant de la famille qui était officier d’état-major de la Marine royale en mission en mer de Chine dans les années 1842-1847 », expliquait alors Aymeric Rouillac.

 

Chine. Époque Qianlong (1736 – 1795). Rare gourde Baoyueping en porcelaine émaillée céladon sur la panse et en bleu sous couverte sur les côtés et le col. Adjugé à 5,084 millions d’euros (frais compris) par Aymeric et Philippe Rouillac le 10 juin 2018 à Montbazon.

 

Celle de Bourges appartenait quant à elle à une vieille famille d’entrepreneurs et industriels très actifs au XIXe siècle dans l’industrie du papier. « Nous ignorons comment l’objet et arrivé en France et ne connaissons son histoire que depuis trois générations, note Olivier Clair. Cette famille originaire de Charente avait des liens avec la sphère politique du XIXe siècle, et sans doute avec des proches de Mac Mahon et Napoléon III. »

 

 

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