Le 23 mars 2021 | Mis à jour le 1 avril 2021

Une nature morte inédite de Maria Van Oosterwyck adjugée à plus de 800 000 euros à Troyes

par Diane Zorzi

Le 26 mars à Troyes, Léonard Pomez a adjugé à plus de 800 000 euros une toile de la peintre néerlandaise Maria Van Oosterwyck. Elle dévoilait un bouquet de fleurs et coquillages typique des natures mortes de cette femme artiste virtuose du siècle d’or hollandais.

 

C’est lors d’un inventaire dans une propriété de la région de Troyes que Léonard Pomez a découvert, cachée dans la pénombre, cette toile aux couleurs resplendissantes, signée Maria Van Oosterwyck. « J’ai eu immédiatement un coup de foudre pour cette peinture, confie le commissaire-priseur. J’étais subjugué devant ce jeu de clair-obscur et cet arrière-plan très sombre d’où rejaillissent des pétales de fleurs aux couleurs divines. Et quelle merveille que de découvrir ensuite la signature de cette femme artiste si rare sur le marché des ventes aux enchères, admirée au XVIIe siècle des rois européens, de Léopold Ier du Saint-Empire à Louis XIV et Guillaume III d’Angleterre. »

 

Maria Van Oosterwyck, une femme peintre célébrée dans toute l’Europe

Artiste convoitée des cours européennes, Maria Van Oosterwyck (1630-1693) s’illustra durant le siècle d’or hollandais à travers ses natures mortes virtuoses. Née à Nootdorp, près de Delft, cette fille de pasteur se forme auprès du plus grand peintre de natures mortes d’Utrech, Jan Davidsz de Heem, avant de s’établir à Amsterdam en 1666, où elle installe son atelier sur le prestigieux canal Keizersgracht, à côté de celui de Willem van der Aelst, célèbre peintre de genre dont elle aurait éconduit les avances, selon son biographe Arnold Houbraken. « C’est une artiste qui aurait pu faire partie du groupe des Fijnschilders, les peintres précieux de Leyde, les plus fins qui soient, dont le chef de file était Gerrit Dou, un élève de Rembrandt », explique Stéphane Pinta, expert au cabinet Turquin. Si elle ne pouvait en être un membre officiel, les femmes peintres n’ayant pas accès à cette époque aux corporations artistiques, Maria Van Oosterwyck n’en était pas moins dotée de toutes les qualités, dépeignant la nature avec une dextérité et un illusionnisme inégalés. « Aucun artiste de ce genre n’est arrivé à ce degré de perfection », soulignaient ainsi les rédacteurs d’un catalogue de vente en 1818 à Anvers. « Elle n’a jamais eu de rivaux tant pour la composition que pour le coloris et le fini précieux. Le peu de tableaux qu’elle a pu finir, vu le travail qu’elle y mettait, sont enfermés avec soin dans les meilleures collections de l’Europe. »

 

Maria VAN OOSTERWYCK (Nootdorp,1630 – Amsterdam,1693). Bouquet de fleurs dans un vase en grès du Rhin posé sur un entablement à côté d’ une nature morte de coquillages. Huile sur Toile, signé en bas à gauche, sous la nature morte de coquillages : « MARIA VAN OOSTERWYCK ». Hauteur : 101 cm – Largeur : 78 cm. Adjugé à 806 000 euros (frais compris). 

 

Une rare nature morte de fleurs et coquillages

Ce Bouquet de fleurs est l’un de ces rares tableaux conservés en mains privées. « Ce bouquet associe des espèces ne fleurissant pas en même temps, choisies pour leurs formes et leurs couleurs. Le bourdonnement de divers insectes, libellule, bourdon, papillons, anime l’ensemble », décrit Stéphane Pinta. Mais déjà une pivoine, trop lourde, s’apprête à perdre ses pétales, illustrant l’inéluctable fugacité de la vie. « Ce foisonnement est éphémère et rappelle le passage par la mort qui, seul, mène à la résurrection, détaille l’expert. Le combat qui orne le vase de grès illustre le combat que doit mener chaque jour celui qui contemple le tableau pour s’assurer de la vie éternelle ». A cette floraison passagère s’oppose une nature plus immuable illustrée par la présence de coquillages sur l’entablement. « Ils sont le reflet de la société savante. Les coquillages étaient rapportés dans les Pays-Bas par la Compagnie des Indes orientales et les collectionneurs de cette époque les exposaient dans leurs cabinets ».

 

Une toile inédite adjugée à 806 000 euros

Cette œuvre donnant à voir un bouquet de fleurs à côté d’une nature morte de coquillages évoque deux autres toiles conservées dans les collections des musées de Copenhague et de Dresde. « Notre version est celle où la nature morte de coquilles est la plus importante », souligne Stéphane Pinta. Cette rare iconographie a fait grimper les enchères le 26 mars. Estimée entre 100 000 et 150 000 euros, la toile s’est envolée à 650 000 euros au marteau (806 000 euros avec les frais). Elle enregistre la deuxième plus belle enchère mondiale pour l’artiste, le record étant toujours détenu par une nature morte aux roses adjugée à plus d’un million d’euros en 2011 à New York. 

 

Vidéo © Artcento

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