Le 15 mai 2024 | Mis à jour le 12 juin 2024

Une tabatière de Blerzy probablement commandée par Louis XVI aux enchères près de Montpellier

par Diane Zorzi

Pour le troisième volet de leur vente annuelle les « Phares », qui se tiendra le 26 mai à Castelnau-le-Lez, les commissaires-priseurs montpelliérains Julie Le Brun et Jacques Farran explorent la variété du génie humain, avec parmi les pièces maîtresses une tabatière muséale : un bijou d’orfèvrerie signé Joseph-Etienne Blerzy et Pierre-Adolphe Hall, probablement offert par Louis XVI à un officier d’infanterie chevalier de Saint-Louis.

 

[Mise à jour, 12 juin] La tabatière a trouvé preneur à 8 928 euros (frais inclus). 

 

Il fut un temps où le Beau s’invitait en toute chose, enchantant les plus menus objets du quotidien. Ainsi en est-il des tabatières qui, destinées à accueillir le tabac à priser, rivalisèrent au XVIIIe siècle de raffinement, attestant du bon goût et du statut de leur propriétaire. En témoigne le bijou orfévré que les commissaires-priseurs montpelliérains Julie Le Brun et Jacques Farran s’apprêtent à dévoiler aux enchères : une tabatière en or émaillée portant le poinçon de Joseph-Etienne Blerzy, reçu maître en 1768.

 

La tabatière, un accessoire prisé au XVIIIe siècle

En cuir, carton, bois, argent ou or, ciselées, émaillées ou gemmées, les tabatières se déclinent à l’envi au XVIIIe siècle, alimentant un marché prospère. A cette époque, la pratique de la prise du tabac, diffusée en Europe dès le XVIe siècle, connaît un large succès auprès de l’aristocratie qui sollicite les meilleurs orfèvres pour façonner un écrin propre à susciter l’admiration de leurs pairs. L’on raconte même que le Régent possédait une collection suffisamment conséquente pour arborer chaque jour une nouvelle tabatière. « La fonction première de cet accessoire, très « prisé » de l’aristocratie de la fin du XVIIIe siècle, est de conserver le tabac mais aussi d’être admiré. C’est un véritable marqueur social », précisent Julie Le Brun et Jacques Farran.

 

Joseph Etienne Blerzy (1735-1821) et Pierre-Adolphe Hall (1739-1793). Tabatière circulaire en or jaune guilloché et émaux bleu, vert et blanc rehaussés de paillons et pastilles d’or, à décor de festons, palmettes et guirlandes feuillagées. Le couvercle orné au centre d’une miniature figurant le portrait d’un officier d’infanterie récipiendaire de l’ordre de Saint-Louis dans un entourage serti de perles fines. Poinçon de Maître-orfèvre : Joseph Etienne Blerzy, reçu maître en 1768. Poinçon de charge : Paris de 1783 à 1789, fermier général Henri Clavel. Poinçon de décharge : tête de vanneau, Paris de 1783 à 1786. Gravée du numéro 721 sur la gorge. La miniature signée Hall.f (pour fecit) en bas à droite. Diam. : 7 – Haut. : 2,5 cm – Poids brut : 130,3 g (manques à l’émail). Estimation : 4 000 – 6 000 euros.

 

Un bijou d’or signé Joseph-Etienne Blerzy

Parmi les orfèvres qui se sont fait une spécialité dans la création de menus objets, tels que les tabatières, les boîtes à bonbons et à mouches, les nécessaires, étuis et bijoux, se distinguent les artisans parisiens Adrien Vachette, Jean Ducrollay, Louis Roucel, Etienne Nitot ou encore Joseph-Etienne Blerzy. Actif entre 1768 et 1806, Joseph-Etienne Blerzy (1735-1821) s’établit sur le Pont au Change à l’enseigne « A la ville de Leipzig, le bijou d’or ». « Il est considéré comme l’un des meilleurs orfèvres de son temps, ainsi qu’en témoigne sa présence dans l’Almanach Dauphin de 1776 qui répertorie les meilleurs artisans, artistes et commerçants du royaume », détaillent les commissaires-priseurs. La tabatière qui nous intéresse livre un témoignage précieux de l’étendue de son talent. « Ce chef-d’œuvre de technique associe l’excellence de l’orfèvrerie, des émaux et de la joaillerie avec l’adjonction de perles fines délicatement serties. »

 

 

Pierre-Adolphe Hall, le Van Dick de la miniature

Ces ouvrages luxueux ont souvent fait office de cadeau diplomatique ou militaire, arborant dès lors un portrait du destinataire peint en miniature. « C’est probablement le cas de notre boîte figurant un officier d’infanterie chevalier de Saint-Louis », notent les commissaires-priseurs. La miniature, finement exécutée, est signée du peintre Pierre-Adolphe Hall (1739-1793). Qualifié par Denis Diderot de « Van Dick de la miniature », cet artiste originaire de Suède rejoint Paris en 1766, où il est admis à l’Académie royale en 1769. Par l’entremise de son patriote Alexandre Roslin, il s’attire rapidement les faveurs d’une clientèle fortunée, et bientôt de la cour qui lui commande de nombreux portraits royaux – l’un d’eux, un portrait de Louis XVI, pare justement une tabatière, aujourd’hui conservée au musée du Louvre.

 

Une tabatière muséale probablement commandée par Louis XVI

Fruit de la collaboration d’un orfèvre de renom et du meilleur miniaturiste de son temps, notre tabatière a tous les atouts d’une commande royale. « Cette tabatière a probablement été offerte par Louis XVI », précise Jacques Farran. A noter qu’une tabatière de Blerzy comparable fait aujourd’hui la fierté du Louvre, figurant un portrait de Joseph II Empereur du Saint Empire. « D’autres objets de vertu de Blerzy figurent dans les collections publiques, du musée des Arts décoratifs au musée Cognacq-Jay, au Metropolitan Museum de New York et au Victoria and Albert Museum de Londres », précise le commissaire-priseur qui annonce une estimation de 4 000 à 6 000 euros pour cette tabatière muséale.

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