Agathe Voisin : « Affaire conclue crée une vraie proximité avec la clientèle. »

14/09/2026

Depuis 2019, la commissaire-priseur Agathe Voisin dirige Nice Enchères, une maison de ventes historique qu’elle a reprise à seulement 30 ans. Entre modernisation de l’étude, ventes organisées en famille et adjudications remarquées, la commissaire-priseur, également experte dans l’émission « Affaire conclue », revient sur son parcours et dévoile ses ambitions pour les années à venir.

Lucien Chancel Vous prenez la succession de Robert Fède au sein de Nice Enchères en 2021. Qu’est-ce qui vous a amené à rejoindre cette maison de ventes historique ? 

Agathe Voisin — Le soleil ! Non, plus sérieusement.  J’ai fait mon stage d’élève commissaire-priseur à Paris puis à Caen. Une fois mon stage terminé, j’ai cherché la possibilité de m’installer directement en tant qu’associée, parce que je me suis dit : si je ne m’installe pas tout de suite, je ne le ferai jamais. J’ai donc fait le tour de France des études à vendre : Nantes, Le Havre, Saint-Étienne. Et puis il y a eu cette opportunité à Nice Enchères, tenu par Philippe Palloc et  Robert Fède. Ça faisait des années qu’ils cherchaient potentiellement à vendre, mais personne n’avait réussi à racheter. J’ai eu un très bon contact avec Philippe Palloc, avec qui je partage la passion de l’escalade, et il a voulu que je sois sa successeure. Par ailleurs, j’ai eu un coup de cœur pour Nice que je découvrais. J’ai donc été nommée en 2019, j’avais 30 ans, et j’ai commencé à moderniser l’étude. 

L. C. — Quelles évolutions souhaitez-vous apporter ? 

A. V. — Ce que j’ai voulu apporter, c’est un grand coup de dépoussiérage et de modernisation. Exemplairement, le live était déjà utilisé mais de façon très ponctuelle. Nous l’avons systématisé sur l’ensemble des ventes. Ce que j’ai voulu garder, en revanche, c’est l’ancrage. Le local, qui existe depuis les années 1960  est situé rue Dante à l’ouest du centre-ville. Nous avons une clientèle niçoise  fidèle connaissant l’étude depuis longtemps et qui n’hésite pas à pousser la porte parce qu’on est visibles depuis la rue, jamais fermés. 

L. C. —Qu’est-ce qui fait, selon vous, l’ADN de Nice Enchères ? Vous présentez l’étude comme une maison familiale et accessible, avec des ventes organisées par spécialités. Comment cette identité se traduit-elle concrètement ?

A. V. — On travaille littéralement en famille. La partie volontaire de la société commerciale Nice Enchères est détenue par moi et mon mari, Cyril, qui est à l’accueil, reçoit les gens, répond au standard, gère toute l’administration et le financier de la société, ainsi que le calendrier. On a aussi renouvelé quasiment tout le personnel, qui est parti à la retraite, avec des personnes jeunes et dynamiques, plus proches de nous en termes d’âge. Et l’ADN, c’est aussi de garder nos valeurs historiques. On a encore un garçon de salle présent depuis 40 ans dans l’étude, un vrai savoir-faire au niveau de la mise en salle, des présentations. Côté organisation, c’est assez simple. On fait des ventes classiques dites « collection mobilière classique », des ventes art du XXe / design, des ventes d’arts asiatiques, des ventes courantes, et des ventes bijoux-montres. Personnellement , je prends beaucoup de plaisir lors des ventes de bijoux anciens et de design contemporain. On fait quatre ventes collection par an, quatre ventes bijoux par an, ce qui fait environ deux ventes par mois. On n’hésite pas non plus à créer une vente par spécialité si quelqu’un nous apporte une collection entière. Et on commence tout juste à organiser des ventes chrono.

L. C. — Depuis votre arrivée, Nice Enchères à régulièrement fait de beaux résultats, comme avec la vente d’une toile de Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), Feu d’artifice sur le Grand Canal à Venise lors de la fête du Rédempteur, pour 132 500 (avec frais), ou plus récemment en 2026, l’adjudication d’une huile sur toile de Zao Wou-Ki (1921-2013), Composition « 24. 1. 67 » pour 212 000 euros (avec frais). Quelle adjudication vous a particulièrement marquée ? 

Un particulier m’a présenté un tableau du peintre avant-gardiste Kees Van Dongen (1877-1968) intitulé « Le nu aux cheveux rouges » et réalisé vers 1909. Je l’ai fait authentifier par le Wildenstein Plattner Institute et qui l’a ajouté au catalogue raisonné de l’artiste. Nous l’avons mis en vente en mars dernier et nous avons eu un résultat exceptionnel, bien au dessus de ses estimations, (ndlr : 123 000 euros avec frais), c’était une belle réussite qui a bien lancé le début d’année !

la clientèle apprécie cette petite touche d’« Affaire conclue » à Nice.

L. C. — Comment se porte aujourd’hui le marché des ventes aux enchères dans le sud-est de la France ? 

A. V. — Plutôt bien, ça dépend surtout de la qualité des dossiers qu’on rentre, dès qu’ils sont de belle qualité, les lots se vendent à des prix soutenus. Les ventes courantes fonctionnent aussi très bien, on continue d’en faire, elles sont en quelque sorte historiques pour Nice, et elles fonctionnent de mieux en mieux notamment grâce au live. À la rentrée, quand le marché n’a pas encore véritablement repris, notamment à Paris,nous on en profite pour faire beaucoup de ventes,  c’est là qu’on a une carte à jouer.

L. C. — Vous faites partie des experts de l’émission devenue culte « Affaire conclue » depuis septembre 2025. Comment cette collaboration est-elle née ?

A. V. — Ils m’ont appelée puis j’ai passé un casting à distance. J’imagine que des commissaires-priseurs déjà dans l’émission ont glissé mon nom à la production. Je fais deux journées de tournage tous les deux mois.  J’adore aller à Paris pour ça. Ce sont des moments où je peux revoir les commissaires-priseurs issus de ma promotion, voir des experts parisiens, organiser des rendez-vous. Par ailleurs, cette émission me permet de réapprendre plein de choses, il faut que je me replonge dans les fiches, dans l’histoire de l’art. Ma participation offre également de la visibilité à mon étude, attire des clients. Encore ce matin, une dame m’a amené tout un lot d’argenterie, je l’ai estimé, et elle m’a tout laissé en me disant « je vous adore, je vous ai vue à la télé ». Ça crée une vraie proximité avec la clientèle qui apprécie cette petite touche d’« Affaire conclue » à Nice.

L. C. — Comment voyez-vous l’avenir de Nice Enchères ? Quelles sont vos ambitions pour la maison dans les prochaines années ?

A. V. —  Ce que j’aimerais notamment c’est que l’on communique mieux sur les réseaux sociaux, en y mettant davantage en avant les belles choses que l’on vend. Notre objectif est également d’attirer les plus jeunes vers les enchères, que je crois sensibles, dans une démarche écologique, à l’idée de s’approprier des objets anciens plutôt que d’en acheter des neufs. Par ailleurs, au vu des nombreux débats sur les droits de succession, je suis avec attention la règle des 5%. En France, quand quelqu’un meurt, ses meubles sont censés valoir « 5 % du reste de l’héritage » par défaut pour calculer les droits de succession, sauf si on fait appel à un commissaire-priseur pour prouver qu’ils valent moins, ce qui fait souvent baisser la facture fiscale. Si cette règle des 5 % disparaît, on risque de faire face à une baisse importante des inventaires successoraux.

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