Précieusement conservées par la famille depuis un siècle, des œuvres de Charles Wislin étaient dévoilées le 26 octobre dernier à Paris, à l’occasion de la vente aux enchères de son fonds d’atelier. Inédites sur le marché, elles retracent près de quarante ans de carrière du peintre de plein-air post-impressionniste.
Primée lors de l’Exposition universelle de 1900 et célébrée en son temps sous la plume de Guy de Maupassant, l’œuvre de Charles Wislin (1852-1932) devait pourtant rester confidentielle un siècle durant, conservée par la famille, tel un précieux secret transmis sur trois générations. Le 26 octobre dernier à Paris, Guillaume Crait et Thomas Müller rendaient hommage à cet artiste méconnu, maître du paysage de plein-air dans la lignée des impressionnistes, à l’occasion de la dispersion de son fonds d’atelier. Si certaines œuvres de l’atelier avaient été exposées au cours de salons et expositions au début du siècle dernier, nombre d’entre elles étaient présentées pour la première fois au public. « Il est rare de découvrir l’atelier d’un peintre du XIXe siècle dont la plupart des œuvres, gardées en l’état soigneusement par la famille, n’ont jamais été révélées au public depuis la disparition de son auteur », précisent les experts Frédérick et Pauline Chanoit. Estimées de 100 à 800 euros, les œuvres ont trouvé preneur jusqu’à 5 120 euros (frais compris) pour un ensemble de huit huiles sur panneaux et sur carton réunies dans un même encadrement et figurant des marines bretonnes.

Un fonds d’atelier retraçant quarante années de carrière
Réalisées entre 1879 et 1917, les 347 œuvres de l’atelier révèlent, sur près de quarante ans, la richesse des talents de l’artiste et son évolution dans le temps. Elève de Jules Noël, puis de Jean-Paul Laurens, et émule des barbizonniens à ses débuts, ce Franc-comtois d’origine se consacra toute sa vie à la peinture de paysage, menant une vie aisée dans son hôtel particulier d’inspiration flamande qu’il fit ériger au 28 rue Ballu, dans le 9e arrondissement parisien. « La fortune familiale était assurée par les brevets pharmaceutiques de son père pharmacien et chimiste, Joseph Wislin. Aussi, Charles put, sans contrainte pécuniaire, se dédier à son art à l’issue de ses études de droit », expliquent les experts. Installé au cœur du quartier de la Nouvelle Athènes, Charles Wislin côtoie l’élite romantique parisienne, constituée d’artistes et d’intellectuels tels que Gustave Moreau, Victor Hugo, Chopin ou encore Pissarro, Monet, Caillebotte et Vuillard.

Des paysages impressionnistes
De Montmartre à Meudon, Senlis ou Fontainebleau, Charles Wislin parcourt la région parisienne, dépeignant le déchargement d’une péniche en bord de Seine, une promeneuse en forêt ou un chemin arboré aux tonalités automnales. Autant de motifs dont les couleurs et formes évoluent en fonction de l’intensité lumineuse. « Sa sensibilité particulière lui permet de transposer en nuances très fines l’atmosphère de la nature, ses parfums et ses bruissements. Cette nature, omniprésente dans ses œuvres, est alors sublimée et lumineuse à l’automne, glacée et inquiétante en hiver, les printemps fleuris et les étés étouffants ». En quête de motifs, le peintre multiplie les voyages, rejoignant un temps l’Italie et l’Algérie, et parcourant la France, de la Somme à la Normandie ou à la Bretagne. « En Normandie, il peint les dunes de Cabourg, Yport et les alentours d’Honfleur et de Granville, notamment la pointe de Carolles et les falaises d’Etretat, tandis qu’une série de marines bretonnes nous fait voyager de la pointe de Trégun à Ouessant et des criques de Rospico à Port Manec’h, jusqu’aux côtes d’Armor. »

Installant son chevalet sur les côtes rocheuses de Bretagne, Charles Wislin fixe sur la toile la métamorphose des flots et du ciel, au gré des variations atmosphériques et au fil des heures ou des saisons. « Fasciné par les couleurs versatiles des étendues et des cours d’eau, le peintre fait preuve d’une grande virtuosité à reproduire lumières et reflets. Son habileté à manier les ombres et le clair-obscur s’étend alors à la forêt, aux campagnes tranquilles et aux scènes pastorales. » Paysans au labour, lavandières ou gardiennes d’oies, l’artiste décrit avec poésie la vie quotidienne à la campagne. « Fortement marqué par les impressionnistes, Wislin témoigne ici de son goût pour les œuvres de Monet que l’on perçoit particulièrement dans les représentations de meules de foin ou de l’influence que Boudin a pu avoir sur son style et sa technique, lorsqu’il représente les vaches au pâturage ou des ciels orageux. »
