Les 7 et 8 avril 2019 à Saint-Herblain près de Nantes, Maîtres Aymeric et Philippe Rouillac présenteront aux enchères la plus importante collection de faïences de Gien qui soit passée sur le marché. Plus de 1000 pièces appartenant à un couple de passionnés herblinois seront ainsi dispersées, dont des modèles uniques présentés aux expositions universelles.
Pendant plus de quarante ans, Jean-Marie et Chantal Jacquet-Gaultier ont réuni parmi les plus belles faïences que la manufacture de Gien ait produites en près de deux siècles d’activité. Les 7 et 8 avril à Saint-Herblain, ils ouvriront les portes de leur collection pour une vente aux enchères exceptionnelle de plus de 1000 pièces, estimées de 20 à 10 000 euros. Sous le marteau de Maîtres Aymeric et Philippe Rouillac, des modèles uniques, confectionnés par les artistes les plus talentueux de la manufacture giennoise, seront ainsi dispersés.

La Faïencerie de Gien : un savoir-faire unique, mondialement reconnu
En 1821, l’industriel britannique Thomas Hall crée la manufacture de Gien. Actif encore aujourd’hui, l’établissement, mondialement reconnu, s’illustre par la finesse et l’originalité de ses faïences. « Tout au long de son existence, la manufacture fait preuve de créativité, d’adaptation talentueuse en réinterprétant les décors dont elle s’inspirait pour les faire siens de manière originale et parfois atypique (décors italiens, orientaux, français, régionaux, européens…), remarque Maître Aymeric Rouillac. Ainsi, dans un monde secoué par de multiples bouleversements numériques, technologiques et sociétaux, elle peut en 2019 se flatter d’avoir vu le jour sous Louis XVIII et d’être toujours en activité, alors que nombre de ses homologues (Creil, Choisy, etc.) ont depuis longtemps fermé leurs portes ». Grâce à l’inventivité de ses artistes, certaines de ses pièces sont mêmes présentées au sein des expositions les plus en vu. En témoigne la vasque en céramique émaillée turquoise (estimée entre 2 000 et 3 000 euros) proposée à la vente. « Traitée dans le goût de Théodore Deck, cette pièce exceptionnelle, probablement offerte en guise de cadeau de mariage comme l’indique la dédicace à ‘Georges et Germaine le 12 mars 1900’, fut présentée à l’Exposition universelle de 1900. Elle est à la fois spectaculaire par sa taille, mais aussi par la délicatesse de ses émaux et de son décor à feuilles d’or qui rivalisent avec la production de la manufacture de Sèvres. »


Ulysse Bertrand, l’artiste mythique de la manufacture de Gien
Si certaines des pièces de la manufacture de Gien ne sont pas attribuées, à l’image d’un très beau buste de Minerve de 1860 (estimé entre 2 500 et 3 500 euros) présenté à la vente, d’autres sont signées d’artistes mythiques qui ont fait les plus belles heures de la manufacture. Parmi eux se détache la figure d’Ulysse Bertrand (1851-1941) dont la collection Jacquet dévoile plusieurs faïences exceptionnelles. « Ulysse Bertrand a collaboré avec la manufacture pendant quarante-cinq ans, poursuit le commissaire-priseur. Il a créé des décors incroyables comme en témoignent l’exceptionnelle porteuse d’eau de 1881 (estimée entre 2 500 et 3 500 euros) et l’impressionnante gourde en céramique émaillée (estimée entre 3 000 et 5 000 euros) que nous présentons à la vente. » Datée autour de 1900-1910, cette dernière dévoile d’un côté une scène de départ mythologique inspirée de l’Odyssée d’Homère et de l’autre une scène de bivouac de l’expédition de Jean-Baptiste Charcot qui rejoignit l’Antarctique entre 1908 et 1910 dans le but d’y effectuer des observations scientifiques. « Ulysse Bertrand y instaure un jeu entre modernité et classicisme, opposant l’Odyssée antique à l’Odyssée moderne », souligne Jacques Farran de la maison de ventes Rouillac.

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De Jehanne Gondouin à Dominique-Adolphe Grenet : une manufacture à la pointe de la modernité
Ce jeu entre modernité et classicisme est sans nul doute la grande force de la manufacture de Gien. D’autres artistes s’y sont attelés à l’image de Jehanne Gondouin (1851-1942) dont un ensemble de céramiques émaillées (estimé entre 1 000 et 1 200 euros) est proposé à la vente. « L’artiste s’inspire des estampes japonaises pour peindre des oiseaux siffleurs sur deux gourdes aux formes des plus classiques », reprend Maître Aymeric Rouillac.

Toujours à la pointe de la modernité, la manufacture de Gien trouve dans les mouvements les plus révolutionnaires de son temps sa principale source d’inspiration. C’est ainsi également que Félix Lafond (1815-1880) s’inspire de Degas pour orner une plaque figurant des Jockey (estimée entre 800 et 1 200 euros) ou que Dominique-Adolphe Grenet (1821-1885) invente la barbotine impressionniste. « De cet artiste, on retrouve à la vente une grande jardinière éventail peinte en 1879 dans le goût de l’école de Barbizon (estimée entre 1 500 et 2 500 euros). »


Des faïences imaginées par des artistes contemporains
Aujourd’hui encore, la manufacture de Gien s’efforce de perpétrer la tradition en proposant des pièces en phase avec son temps. Au sein de la collection Jacquet, on retrouve ainsi une paire de fuseaux peinte par l’artiste portugais Manuel Cargaleiro (né en 1927) dans le goût de Vieira da Silva (estimée entre 1 000 et 1 500 euros), un plateau de Bernard Dreyfuss et Claude Pougny inspiré de Millet et Lichtenstein (estimé entre 300 et 500 euros), ou encore un étonnant Œuf aux smileys imaginé en 2008 par Lucinda Duarte (estimé entre 100 et 150 euros).