Les œuvres d’art du manoir du Temple de Keremma aux enchères dans le Finistère

20/02/2023

L’entier mobilier garnissant le manoir de la famille du Temple à Keremma sera vendu aux enchères par la maison Dupont le 21 février à Saint-Martin-des-Champs, dans le Finistère. Ces souvenirs lèvent le voile sur les peintres de l’école de Keremma qui, de Michel Bouquet à Fernand de Dartein, célébrèrent cet havre de paix de la plaine de Tréflez, fruit d’un projet utopique initié au XIXe siècle sur le modèle du phalanstère de Charles Fourier.

 

Sur les dunes de Keremma, derrière les pins dansant au rythme du suroît, des manoirs se souviennent des rêves que nourrit, il y a près de deux siècles, une communauté de marins, intellectuels, artistes et scientifiques. Parmi ces bâtisses, celle de la famille du Temple a longtemps été le refuge des artistes locaux qui imaginèrent la décoration intérieure, livrant en signe d’amitié des œuvres dédicacées à leurs propriétaires. Les pièces de réception arboraient ainsi des marines, des paysages champêtres ou des scènes orientales intégrées en de riches boiseries. Autant de souvenirs d’un « Paradis perdu » promis à un nouveau voyage. « Le manoir a été vendu et les propriétaires ont décidé de vendre le mobilier indépendamment des murs », explique le commissaire-priseur François Dupont qui orchestrera le 21 février cette vente exceptionnelle au titre évocateur – « Le rêve de Keremma ».

 

 

Keremma, le rêve de Louis Rousseau

Keremma est le fruit d’un projet utopique porté par un jeune bourgeois originaire de la Beauce, Louis Rousseau (1787-1853) qui, au cours de la première moitié du XIXe siècle, s’exile en Finistère pour y exploiter les vastes terres incultes de la plaine de Tréflez. Il crée en 1823 une ferme qu’il baptise « Ker Emma », en hommage à son épouse Emma Michau (1801-1885). Cette colonie agricole évolue bientôt en une microsociété idéale imaginée sur le modèle du phalanstère de Charles Fourier. « La famille s’agrandit, les maisons se construisent dans le parc et ce que l’on appelle la réserve, partagée après la mort de Louis Rousseau en 1856 entre ses enfants, devient le lieu de villégiature d’un cercle d’amis, intellectuels, artistes, invités de la famille ou apparentés », explique l’ancien conservateur du Musée de Morlaix, Patrick Jourdan.

 

 

Les peintres de l’école de Keremma

Un groupe de peintres se rassemble autour de Jean Louis Rivallon du Temple de la Croix (1819-1889) qui rejoint la communauté par alliance avec l’une des filles de Louis Rousseau, Virginie. La « Maison du Temple » vit dès lors au rythme des allées et venues des artistes locaux. « Ces artistes, amateurs ou professionnels, se retrouvent pinceaux et crayons en mains à croquer le parc, la vie communautaire, la nature environnante, entre bois, landes et grèves », détaille Patrick Jourdan.

 

 

Jean Louis Rivallon du Temple de la Croix convainc le peintre faïencier Michel Bouquet (1807-1890) à rejoindre l’aventure dans les années 1870. Cet artiste originaire de Lorient s’est illustré dès 1837 avec ses décors de la galerie des marines du château de Versailles qu’il réalise en collaboration avec Théodore Gudin, ainsi que par ses talents de peintre sur émail salués par la critique du Salon où il expose dès 1863. Sa notoriété le place d’emblée en chef de file de cette tribu qui compte parmi ses membres Jean-Louis Verdier, Marie-Ferdinand de Dartein, dit Fernand de Dartein, ou encore Eugène Lejeune. 

 

 

Un paradis perdu à portée d’enchères

Ensemble, ils exposent au Salon à Paris leurs vues de Keremma, décrivant un paradis perdu à rebours de l’agitation urbaine et façonnent les décors des demeures locales, à l’instar du manoir de la famille du Temple. « Le manoir était décoré de nombreuses œuvres réalisées par les peintres de l’école de Keremma et dédicacées à leurs propriétaires, explique François Dupont. Dans la salle à manger se côtoyaient ainsi Michel Bouquet, Jean-Louis Verdier et Eugène Lejeune dans des scènes de vie quotidienne sur la côte de Keremma ou dans les terres environnantes. » Autant d’œuvres qui, détachées de leurs boiseries, composeront la vente aux enchères de la maison Dupont & Associés, avec à leurs côtés, faisant écho au rêve d’évasion qui animait la communauté, des vues de Constantinople peintes par le maître des lieux, Jean Louis Rivallon du Temple de la Croix, en souvenir de ses voyages en de lointaines contrées. 

Enchérir | Suivez la vente Le rêve de Keremma le 21 février en live sur interencheres.com

 

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