L’un des premiers chronographes Patek Philippe était dévoilé aux enchères le 2 avril à Cherbourg et en live. Cette montre bracelet produite vers 1938-1939 est un parfait exemple des gardes temps avec chronographe à deux compteurs et échelle tachymètre fabriqués par cette manufacture prestigieuse pendant la période Art Déco.
[Mise à jour, 3 avril 2023] La montre Patek Philippe a été adjugée 96 000 euros frais inclus (80 000 euros prix marteau).
Depuis que Samuel Boscher a révélé le contenu de sa vente du 2 avril, un bijou horloger suscite l’émoi auprès des collectionneurs de montres du monde entier : un chronographe bracelet arborant l’illustre signature « Patek Philippe & Co, Genève ». « Elle m’a été confiée lors d’une journée d’estimation gratuite par une personne qui l’a reçue en héritage de son père, un collectionneur qui, bien que pointu, ne se doutait pas de la valeur de son trésor. Depuis, les demandes d’information affluent de la part de collectionneurs qui souhaitent recevoir des photos de la montre sous tous les angles », explique le commissaire-priseur de Cherbourg. « C’est une vraie trouvaille, renchérit l’expert Geoffroy Ader. Cette belle endormie est l’occasion de comprendre l’art horloger qui fait le prestige de Patek Philippe depuis ses origines : une alliance parfaite entre boîtier, cadran et mouvement, la quintessence de l’horlogerie. »

Une montre chronographe produite autour de 1938
Cette montre bracelet datée autour de 1938-1939 est l’un des premiers chronographes produits par la manufacture au lendemain de la reprise de l’entreprise en 1932 par la famille Stern. « La famille Stern qui fabriquait jusqu’alors les cadrans de Patek Philippe décida de reprendre les commandes de la manufacture pour se lancer dans la fabrication horlogère à tous les niveaux et ainsi perpétuer l’excellence de cet art, notamment sous l’impulsion de son directeur de production Jean Pfister qui introduit à l’époque la première référence 96 avec le fameux modèle Calatrava dès 1932 », détaille l’expert Geoffroy Ader.
Avec sa lunette plate, notre modèle correspond à la référence 553 produite de 1937 à 1957 par cette manufacture horlogère prestigieuse à qui l’on doit la fameuse couronne de remontoir [Ndlr. La couronne de remontoir est un bouton placé sur le côté de la carrure permettant de régler l’heure et de remonter les montres mécaniques] et le premier remontage sans clef breveté de l’histoire de l’horlogerie, à l’origine du développement des montres bracelets au début du XXe siècle. « Notre garde-temps présente une variante rare, poursuit Geoffroy Ader. Il est en effet parfaitement équilibré avec son boîtier en or rose et son cadran rosé. De plus, son cadran a la particularité de présenter deux tons – une partie brillante, une partie mate – ce que les collectionneurs appellent le « pink on pink », une combinaison très recherchée. »
Une Patek Philippe rare sur le marché
Les collectionneurs sont d’ailleurs déjà au rendez-vous. « Je reviens d’un salon à Genève où l’on ne m’a parlé que de cette montre », s’amuse l’expert qui a choisi ne pas indiquer d’estimation et laisser au marché le loisir de trancher. Notons qu’en juillet 2021, une montre Patek Philippe présentée sous la même référence 533, bien que plus tardive (autour de 1950), avait trouvé preneur à 54 600 euros (prix marteau) lors d’une vente organisée par Artcurial à Monaco. « Le marché des montres a connu deux années d’euphorie avec des prix multipliés par quatre au cours de la crise sanitaire, mais aujourd’hui les prix se stabilisent, explique Geoffroy Ader. Ce marché de spéculateurs a laissé place à un marché de collectionneurs, des passionnés et amateurs avertis très sélectifs qui s’intéressent principalement aux montres à complications. »
