La Légion d’honneur, cote et valeur des insignes

Plus de deux siècles après sa création, l’ordre de la Légion d’honneur, premier ordre français, fait l’objet d’une attention constante en salles des ventes. Grades, périodes historiques, appartenances, fabricants et matériaux constituent autant de critères historiques et techniques qui permettent d’appréhender la collection et l’évaluation de ces insignes, depuis le Premier Empire jusqu’aux fabrications contemporaines, dans un contexte de forte tension sur les métaux précieux. Décryptage par l’expert Arnaud de Gouvion Saint-Cyr.

Résumer en un article les différents modèles et les valeurs des insignes de l’ordre de la Légion d’honneur, premier ordre français de nos jours, relève, disons-le, d’une mission impossible. Toutefois la collection et l’évaluation du plus important ordre de chevalerie français de nos jours répond à quelques critères historiques et techniques.

Les grades

L’ordre est subdivisé en plusieurs grades, à l’heure actuelle, cinq, par ordre d’importance croissante : chevalier, officier, commandeur, grand officier et grand-croix. Assez logiquement, plus le grade va augmenter, moins il y aura de titulaires du grade et plus la production sera restreinte. Ainsi les bijoux et plaques de grand-croix, le grade le plus élevé, sont numériquement les plus rares et donc les plus chers.

La période

Les périodes historiques traversées par la Légion d’honneur sont multiples depuis deux cent ans : les deux Empires, la Restauration, la monarchie de Juillet et pas moins de quatre Républiques. Logiquement, on pourrait penser que les périodes les plus courtes seraient les plus recherchées car les insignes plus rares. La Première Restauration (1814-1815) et la IIe République (1848-1852) répondent à ce critère de brièveté.

Si ce critère influe sur les valeurs, le plus important reste néanmoins la cote d’amour. Et comme souvent, c’est le premier Empire (1804-1815) qui reste la période la plus appréciée des collectionneurs. Tout d’abord parce qu’il s’agit (bien que l’ordre soit créé sous le Consulat en 1802) des débuts de l’ordre et surtout car la période est celle de l’hégémonie intellectuelle et militaire de la France. Les actes de bravoure des soldats napoléoniens correspondent bien à l’ordre, dans l’imaginaire collectif, même si celui-ci a été créé également, dès l’origine, pour distinguer le mérite civil.

Le premier Empire offre aussi la possibilité d’avoir quatre modèles différents pour une même période, dénommés 1er, 2e, 3e et 4e type. Le plus rare (et le plus recherché) est le 1er type, celui de la création de l’ordre, reconnaissable à l’absence de couronne sur l’étoile.  Le critère de la rareté entre aussi en compte pour cette période car elle est la plus éloignée de nous et les insignes de la Légion d’honneur sont donc plus rares.

Croix d’officier de l’ordre de la Légion d’honneur en or, émaillée, 1er type à petite tête, modifiée 2e type avec petite couronne mobile, anneau cannelé poinçonné à la tête d’aigle ; ruban à bouffette ; dia­mètre 37,5 mm, poids 23 g. Époque début Premier-Empire. Très bon état. Adjugé 7 430 euros par Thierry de Maigret le 18 novembre 2021 à Paris. 

L’appartenance

Comme tout objet d’art, les appartenances historiques des ordres de chevalerie jouent un rôle important dans leur valeur. Elles sont très recherchées par les collectionneurs, et là aussi, comme pour les différents régimes, renvoie à un attachement pour le personnage. Si les exemples sont légions, on citera notamment le bijou de grand-croix (pourtant très endommagé) de Ferdinand Philippe d’Orléans, porté lors de l’accident qui coûtera la vie à l’héritier du trône de son père, le roi Louis-Philippe.

Insigne de grand croix de l’ordre de la Légion d’Honneur en or, émaillé, que Ferdinand Philippe d’Orléans portait lors de son accident à Neuilly le 13 juillet 1842. Diamètre : 65 mm. (Très accidenté, manque la couronne). Époque Louis-Philippe. Adjugé 7 165 euros par Nicolay le 30 octobre 2000 à Paris. 

Ou le bijou de Grand aigle (l’équivalent de grand-croix sous l’Empire) de la Légion d’honneur du général d’Hautpoul adjugé 154 560 euros en 2023. Cet objet représente la combinaison parfaite des critères déjà évoqués : un grade élevé, une période très appréciée et une appartenance prestigieuse. Citons également son état, proche du neuf.

Grand Aigle de la Légion d’honneur du général d’Hautpoul, attribué à l’orfèvre Halbout.
Bijou en or ciselé, composé d’une étoile à cinq branches doubles boulées, ceinte d’une couronne feuilles de chêne et de laurier émaillée verte. Largeur : 695 mm, hauteur : 93,5 mm, poids brut : environ 65 g. Vers 1806-1807. Adjugé 154 560 euros par Osenat le 19 novembre 2023 à Fontainebleau. 

Les fabricants

Fabriqués par des orfèvres, dont certains spécialisés dans les ordres de chevalerie, les insignes de la Légion d’honneur peuvent présenter des variantes et des différentes qualités d’exécution. La collection d’insignes de la Légion d’honneur nécessite des connaissances et une documentation solides, mais ce travail d’artisanat d’art est également un moyen de les considérer pour ce qu’ils sont, à savoir des objets d’orfèvrerie (et de haute orfèvrerie pour certains). Ainsi Nitot, Biennais ou Coudray fabriquent sous l’Empire des insignes de la Légion d’honneur.

Bijou de Grand Aigle de la Légion d’honneur. Modèle dit « de Biennais » réalisé par l’orfèvre Coudray. 94 x 66 mm, poids brut : 91,3 g. France, vers 1806-1815. Adjugé 102 400 euros par Beaussant Lefèvre & Associés le 6 décembre 2024 à Paris.

La généralisation des poinçons d’orfèvre et la documentation sur les modèles des différents fabricants permettent à partir de la fin du XIXe siècle de rattacher de plus en plus de modèles de Légion d’honneur à leur fabricant. Sur la plaque de grand-croix ci-dessous, on retrouve la fabrication du joaillier de la Légion d’honneur sous le Second Empire : Ouizille Lemoine.

France, ordre de la Légion d’honneur. Plaque de grand-croix, d’époque Second Empire. En argent, en partie travaillé à pointes de diamants. Revers à attache basculante et deux crochets. Marque du fabricant Ouizille Lemoine, joailliers bijoutiers de le Légion d’honneur, rue de Bac n°1 Paris. Poinçon tête de sanglier. Diamètre 88 mm, poids brut : 71.
T.T.B. à SUP. Estimation : 800 è 1 200 euros. En vente le 23 janvier chez Gers Gascogne Enchères à Auch. 

Le métal : ennemi ou ami des collectionneurs de Légion d’honneur ?

La fabrication des ordres de chevalerie a toujours été un gage de stabilité pour les Légions d’honneur. En effet, les Légions d’honneur ont été fait quasiment systématiquement en métaux précieux, de la création de l’ordre jusqu’au XXe siècle. Aussi, du grade d’officier à celui de grand-croix, jusqu’à la Première Guerre mondiale, les insignes sont fabriqués en très grande majorité en or et émail, à l’exception des plaques, en argent. Les fabrications modernes de la Légion d’honneur ne répondent plus à ces impératifs de qualité, bien que la Monnaie de Paris, principal fournisseur de nos jours, fabrique encore ses modèles en argent et vermeil (argent doré).

Il n’est plus un secret que les métaux précieux, et plus particulièrement l’or, ont connu une nette augmentation de leurs cours ces dernières années. Suivant les cours, les insignes de ces grades ont logiquement suivis l’augmentation de ces métaux. Ainsi, l’étoile d’officier d’époque IIIe République que l’on retrouve fréquemment en salle des ventes (ce régime ayant duré plus de 70 ans) est passé de 400 à 900 euros environ (frais inclus). Pour la même période, l’insigne de commandeur (d’un module plus grand) est passé quant à lui de 900 à 1500 euros.

Pour les collectionneurs possédant déjà ces insignes c’est une heureuse nouvelle, mais pour les jeunes collectionneurs et tous ceux qui souhaitent acquérir ces souvenirs dans un but historique et mémoriel, les choses se compliquent. Le marché des ordres de chevalerie a vu apparaître un nouveau type d’acheteur, les marchands de métaux précieux. C’est donc au poids de l’or (et qui sait bientôt au poids de l’argent) que se vend une partie de plus en plus importante de ces Légions d’honneur (et de tous les ordres de chevalerie en or). Dans un seul but, leur destruction pure et simple. Il y a donc lieu de s’alarmer de la disparition progressive de ce patrimoine phaléristique et, à défaut, d’alerter les collectionneurs sur le peu de risque pris à acheter ces ordres à leur valeur actuelle et de préserver un témoignage important de notre Histoire collective.

Tour d’horizon des prochaines ventes d’insignes de la Légion d’honneur…

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