Un Château Yquem de 1811 s’est envolé à 74 400 euros lors de la vente « Les Phares 2026 » organisée le 31 mai par la maison Farran. Ce vin était exceptionnel à plusieurs titres.
« C’est l’un des plus grands millésimes des temps modernes, affirme d’emblée le commissaire-priseur Jacques Farran. Cette bouteille est remarquable pour plusieurs raisons ». La première tient aux conditions météorologiques de cette année, qui en termes d’ensoleillement, de pluviométrie, était parfaite. La deuxième est que dans le ciel de 1811 est passé une comète, ce que les viticulteurs considèrent comme une influence très positive sur leur production : « elle fait donc partie des vins de la comète », souligne le commissaire-priseur. Il ajoute que le vin a été mis en bouteille en 1812, l’année du début de la campagne de Russie, or « Napoléon Bonaparte appréciait beaucoup les vins sucrés, et le vin d’Yquem en particulier, il aurait pu le boire, c’est une amusante coïncidence historique ».
La bouteille de vin blanc la plus chère du monde
La bouteille en elle même a été vendue pour la dernière fois en 2007 pour 117 000 dollars à Christian Vanneque, ancien sommelier de la Tour d’Argent à Paris. Le Guinness World Records l’avait alors homologuée comme la bouteille de vin blanc la plus chère du monde. Elle est arrivée au sein de la maison Farran par le biais de la succession de ce grand amateur. « Il n’en existe qu’une dizaine au maximum, compte le commissaire-priseur, même le Château Yquem n’en possède plus dans ses caves, et la dernière à avoir été ouverte et bue l’a été en 1998 par le critique de vin Michael Broadbent, qui lui a trouvé un goût de crème et de framboise. Robert Parker, auteur du célèbre guide des vins de France y était et lui a attribué la note de 100/100, ce qui n’arrive pratiquement jamais ».

Une couleur de caramel
Visuellement, le niveau semble vraiment haut pour un vin aussi ancien, qui a certainement été toujours bien conservé. Le liquide en revanche ne fait plus du tout penser au vin blanc : « avec l’effet du sucre, les vins liquoreux prennent souvent une teinte orangée en vieillissant, cet Yquem a pris une couleur plus proche du caramel », décrit Jacques Farran. Pour préserver la qualité du vin, puisqu’il est encore tout à fait envisageable de le consommer, il a choisi de vendre cette bouteille sur désignation, laissant le flacon dans un espace réfrigéré adapté. Il signale que seule la capsule enrobant le bouchon a été changée, au Château Yquem en 2007 : le rapport d’expertise complet le mentionne, il s’agissait de pouvoir observer le bouchon par transparence. Tout le reste (bouteille, bouchon, étiquette) est intact. Cela distingue ce lot de celui passé chez Millon en 2025 – le vin adjugé 60 000 euros avait été transvasé dans une nouvelle bouteille en 1996 – et a permis cette estimation comprise entre 60 000 et 80 000 euros. « Certains en parlent comme d’un Premier grand cru, mais c’est historiquement inexact, termine le commissaire-priseur, tout simplement parce que cette appellation de grand cru n’a été créée qu’en 1855… ».