Le 13 décembre 2021 | Mis à jour le 16 décembre 2021

40 œuvres inédites de T’ang Haywen vendues à Cannes

par Diane Zorzi

Après quatre ventes dédiées à T’ang Haywen, organisées de 2015 à 2018, la maison cannoise Pichon & Noudel-Deniau dispersait à nouveau quarante œuvres inédites du peintre franco-chinois, provenant d’une même collection du sud de la France. Des œuvres témoignant de la prédilection de l’artiste pour les encres et diptyques à partir des années 1960.

 

« Ma peinture n’est ni figurative ni abstraite et n’appartient pas à l’école néo-figurative. De telles définitions me semblent trop limitées. Je recherche un art sans contrainte dans lequel j’évolue librement ». Si les critiques et historiens de l’art le rattachent volontiers à la seconde Ecole de Paris, aux côtés de Zao Wou-Ki et Chu Teh-Chun, T’ang Haywen (1927-1991) a toujours refusé que son œuvre soit apparentée à un quelconque mouvement. De son vivant, cet électron libre n’expose et ne vend qu’à de rares occasions, préférant sillonner le monde, des Etats-Unis à la Géorgie, muni de ses feuilles et pinceaux. Ce n’est qu’après sa mort que son œuvre devait sortir de l’ombre, à la faveur de la vente de son atelier en 1992. Depuis, des expositions, un livre et un catalogue raisonné, en préparation, consacrent un artiste clé du XXe siècle. « La France le considérera comme l’un des peintres les plus importants de sa génération. La Chine, celle qu’il fuit, l’aurait considéré au mieux comme un esprit déviant », détaille Julien Pichon qui dispersait le 15 décembre à Cannes quarante œuvres inédites de ce peintre dont la cote ne cesse de grimper ces dernières années.

 

T’ang Haywen, un pont entre l’Orient et l’Occident

Né à Amoy, dans la province du Fujian en Chine, T’ang Haywen grandit à Cholon, le quartier chinois de Saïgon au Vietnam, avant de rejoindre la France à l’âge de 21 ans. Cédant à la pression familiale, il y étudie d’abord la médecine, mais renoue rapidement avec la peinture, à mesure qu’il parcourt les musées et galeries de la capitale. « Il fait partie de cette vague d’artistes exilés qui trouvent à Paris les conditions idéales pour pratiquer librement leur art : un groupe d’artistes plus communément appelé l’Ecole de Paris, qui rassemble dans un premier temps Chagall, Picasso, Modigliani… Dans un second, Soutine, Chu Teh-Chun, Zao Wou-Ki », poursuit le commissaire-priseur cannois.

A Paris, T’ang Haywen suit des cours de dessin à l’Académie de la Grande Chaumière et s’initie à l’art occidental, puisant son inspiration dans les œuvres de Turner, Monet, Gauguin ou Cézanne, qu’il réinterprète à l’aune de son héritage. « Il maîtrisait l’art majeur, fondamental et millénaire de son pays de naissance, la calligraphie, que son grand-père lui avait enseignée. Il adhérait également à une philosophie tout aussi millénaire, dont les préceptes avaient donné à la Chine ses fondements politiques et culturels : le taoïsme. » Le calligraphe et poète chinois Shitao (1642-1707) compte parmi ses maîtres à penser. Ce moine philosophe, surnommé le « moine Citrouille-Amère », livra au XVIIe siècle une œuvre en marge de l’académisme, dépeignant des paysages au gré de traits de pinceaux libres et nerveux, propres à exprimer ses impressions devant le motif. « Son indépendance et sa liberté d’expression furent pour T’ang une grande source d’inspiration. Autant d’atouts et de raffinement que la République populaire de Chine de Mao allait bientôt prendre pour cible et réprimer dans le sang dans le cadre de sa Révolution culturelle. »

 

40 œuvres inédites réalisées de 1966 à 1978

S’il recourt d’abord à l’huile et à l’acrylique, T’ang Haywen trouve dans les années 1960 une plus grande liberté d’expression avec l’encre qui lui permet de jouer de pleins et déliés, tandis que le diptyque devient son format de prédilection. « Ce système dichotomique que l’on retrouve dans les textes du Tao définit les grands concepts en les abordant comme des paires antagoniques mais indissociables. Ainsi la beauté ne peut aller sans la laideur ; la naissance du mal découle de l’existence du bien ; la force s’équilibre avec la faiblesse… » S’il répond à la logique d’harmonie dualiste du Ying et du Yang, ce format s’adapte aussi davantage au mode de vie de l’artiste qui, au gré de ses voyages, peut travailler et transporter plus aisément ses œuvres, ainsi composées de deux feuilles accolées. La vente témoignait de cette prédilection, dévoilant quarante œuvres réalisées entre 1966 et 1978, dont vingt-quatre encres en diptyque. « Notre vente célébrait également la diversité de sa production, avec cinq couleurs techniques mixtes (gouache, crayon, aquarelle), incluant une représentation florale et figurative, mêlant gouache et aquarelle, et un portrait du poète et conservateur Claude Fournet exécuté à la gouache », précise Julien Pichon.

La maison cannoise Pichon & Noudel Deniau est devenue spécialiste des ventes monographiques de l’artiste, comptant d’ores et déjà à son actif quatre ventes dédiées à T’ang Haywen. Elle bénéficie ainsi d’une vision privilégiée sur la cote de ce peintre. Au contraire des deux géants de l’art contemporain chinois que sont Zao Wou-Ki et Chu Teh-Chun, les œuvres de T’ang Haywen n’atteignent pas (encore) des records de vente à plusieurs millions d’euros. Ainsi, pour cette vacation, les adjudications oscillaient de 650 euros pour les diptyques de petites dimensions (29,7 x 42 cm), à 8 000 euros pour les encres et gouaches de plus grand format (70 x 100 cm). « Sa cote a toutefois vocation à progresser, souligne le commissaire-priseur. T’ang Haywen intéresse aussi bien les Asiatiques que les Occidentaux. Tous deux posent un regard différent sur l’œuvre. Les asiatiques y perçoivent l’émotion, la traduction d’un sentiment devant le paysage, tandis que les français et occidentaux ont tendance à y voir une œuvre abstraite.»

 

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