Jusqu’au 17 septembre, la Biennale Paris investit la nef du Grand Palais. Pour cette nouvelle édition, l’ex-Biennale des antiquaires affirme sa volonté de modernisation et d’ouverture à l’international. Elle accueille cette année douze jeunes galeries, propose une exposition sur l’art et l’artisanat du Bahreïn et accorde une large place à l’art contemporain avec les installations de Vincent Darré et Carlos Cruz-Diez. Petit tour d’horizon à travers les dix œuvres incontournables du salon…
1. Une paire de vues de Joaquín Sorolla
La galerie madrilène Ana Chiclana donne le ton de cette Biennale 2019. Dédiée à l’art des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, elle expose pourtant, dès l’entrée de son stand, deux tableaux modernes : des vues d’Alcazar de Séville. Avec leurs couleurs éclatantes, elles attirent tous les regards. Il faut dire qu’elles sont signées d’un des plus grands artistes modernes espagnols : Joaquín Sorolla (1863-1923), le « peintre de la lumière ». A noter qu’elles n’ont pas échappé à l’œil des plus aguerris puisqu’elles ont appartenu à Thomas F. Ryan, l’un des plus grands mécènes de l’artiste, ainsi qu’à Jean Paul Getty.

2. Une toile de Simon Hantaï
Les grands maîtres du XXe siècle s’invitent cette année dans plusieurs galeries. Ainsi, tandis que la galerie Dil expose Picasso, Chagall, Vieira da Silva, ou que les galeries de Souzy et Brame & Lorenceau présentent respectivement un Soulages et un Olivier Debré, l’Opera Gallery mise quant à elle sur Simon Hantaï. Elle présente une toile issue de la série Blancs (1972-1974) que l’artiste décrivit en ces termes : « le pliage est conçu de telle sorte que les zones colorées restreintes activent le blanc et en révèlent la multiplicité des valeurs. Ce sont les éclats colorés qui tiennent le rôle habituellement dévolu aux parties non peintes ».

3. Un portrait d’apparat de François-Joseph Kinson
Ce portrait de la marquise Amelot de Chaillou (1797-1881), accompagnée de ses enfants, trône en majesté sur le stand de la galerie parisienne Alexis Bordes. Peint par l’artiste flamand François-Joseph Kinson (1771-1839), il fut présenté au Salon de 1827 et fut remarqué par l’historien d’art Augustin Jal qui ne manqua pas de le mentionner au sein de sa critique Esquisse, croquis, pochades ou Tout ce qu’on voudra sur le Salon de 1827 : « M. Kinson réussit à peindre les femmes, il sait les ajuster avec goût. Madame la marquise Amelot avec ses enfants est bien : c’est un tableau fort agréable ».

4. Une tempera d’Edgard Maxence
La Galerie Ary Jan, installée à Paris, propose cette année une sélection d’œuvres sur le thème « Regardez-moi ! », mettant à l’honneur le portrait dans la seconde moitié du XIXe et au début du XXe siècle. A cette occasion plusieurs artistes symbolistes se partagent le stand, tels que Gustav-Adolf Mossa (1883-1971) ou Edgard Maxence (1871-1954) avec L’Âme de la source, une tempera sur panneau de 1899 arborant des rehauts d’or dans la tradition des enluminures gothiques. Symbolisant la vie (la source), une jeune femme blonde, à la carnation immaculée, y joue de la lyre sous les yeux admiratifs de deux spectatrices qui se détachent d’un décor végétal féerique.

5. Un Samovar offert par l’Impératrice Joséphine
Parmi les douze « Nouveaux Talents » invités, la jeune galerie suisse Ira Lignum, ouverte en 2014, se démarque avec une sélection de mobilier et objets d’arts d’époque Empire, dont un samovar à l’illustre parcours. Réalisé en argent massif par Martin-Guillaume Biennais, orfèvre de Napoléon Ier, il fut offert par l’Impératrice Joséphine en 1813 à son amant Lancelot Théodore Turpin de Crissé pour son mariage.

6. Un chiffonier de la Maison Dominique
A côté d’un bureau en palissandre de Rio signé Pierre Chareau, la galerie parisienne Marcilhac présente un chiffonnier en placage d’ébène et de sycomore au style Art déco. Il fut dessiné dans les années 1920 par les deux jeunes décorateurs André Domin (1883-1962) et Marcel Genevrière (1885-1967) à l’origine de la création de la prestigieuse Maison Dominique, connue pour son mobilier moderne aux lignes géométriques épurées et élégantes.

7. Une allégorie de Jan Massys
Si l’art ancien se fait désormais rare à la Biennale, il est à l’honneur sur le stand de la galerie suisse Kunstberatung qui présente une peinture religieuse du XVIe siècle flamand. Peinte par Jan Massys (1509-1575), elle dévoile un thème caractéristique de la Contre-Réforme, consistant à affirmer la puissance de l’église personnifiée alors par une femme abreuvant ses enfants. Auteur de nombreux tableaux religieux, Jan Massys fut pourtant banni d’Anvers en 1544, soupçonné d’hérésie.

8. Un vase Art nouveau de l’école viennoise
La galerie viennoise Kunsthandel Kolhammer met à l’honneur l’Art nouveau et l’Art déco et présente une sélection de verreries, dont ce vase de l’école de Koloman Moser, figure de l’Art nouveau viennois. Dessiné par Robert Holubetz, décoré par Franz Hofstötter et réalisé par Johann Loetz-Witwe, il fut créé pour l’Exposition universelle de Paris en 1900.

9. Une photographie de Khalid Aljabri
Désireuse de s’ouvrir à l’international, la Biennale célèbre cette année la culture du Bahreïn et dévoile une sélection de vingt-et-un artistes contemporains. Parmi eux, le photographe Khalid Aljabri expose une Danse macabre évoquant la vie végétale, sublime et silencieuse, du désert.

10. Une oeuvre monumentale de Carlos Cruz-Diez
En partenariat avec La Patinoire Royale – galerie Valérie Bach de Bruxelles, la Biennale met à l’honneur l’artiste vénézuélien Carlos Cruz-Diez (1923-2019), récemment disparu le 27 juillet dernier, avec l’une de ses œuvres majeures, Transchromie. Imaginée en 1965, l’installation invite le visiteur à faire l’expérience de la « sensorialisation » extrême de la couleur, en pénétrant au sein d’un espace labyrinthique composé de vingt-cinq paires de lattes colorées de neuf teintes différentes.
