Le 8 avril 2020 | Mis à jour le 23 avril 2020

Carole Jézéquel : « L’art contemporain africain attire de nouveaux collectionneurs en Bretagne. »

par Diane Zorzi

De New York à Londres, de Paris à Rennes, le marché de l’art africain contemporain est en pleine expansion. Tandis que les figures incontournables enregistrent des records aux enchères, de jeunes artistes, encore accessibles, émergent et attirent un nombre croissant d’amateurs. Autant de présages d’un marché à l’avenir prometteur. Décryptage avec Carole Jézéquel, commissaire-priseur à Rennes.

 

Depuis le début des années 2000, le marché de l’art contemporain est marqué à l’international par un engouement croissant pour les artistes africains. Méconnus jusqu’alors, ces peintres, sculpteurs et photographes sont les nouvelles vedettes des foires, salons et expositions, et investissent désormais les ventes aux enchères. « Ce phénomène, déjà bien installé au sein des grandes maisons de ventes internationales, prend désormais de l’ampleur en France, détaille Carole Jézéquel. Ces cinq dernières années, de nombreuses ventes ont été organisées à Paris et elles gagnent aujourd’hui la province ».

 

Slimen El Kamel (né en 1983, Tunisie), Infra-ville, 2019, acrylique sur toile, 200×180 cm. Adjugé à 9 225 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

Des œuvres envoûtantes qui renouvellent la physionomie des salles des ventes

Installée à Rennes, la commissaire-priseur Carole Jézéquel a organisé récemment, pour la première fois en Bretagne, une vente aux enchères entièrement dédiée à cette scène artistique émergente du continent africain. Réunissant plus de cent œuvres signées de soixante artistes, la vacation, retransmise en live sur interencheres.com, a attiré de nombreux enchérisseurs, tant internationaux que locaux. « Je savais que ce marché était marqué par une demande soutenue à l’international, mais j’ai découvert avec surprise qu’il suscitait tout autant l’intérêt d’amateurs originaires de la région et qu’il attirait de nouveaux collectionneurs en Bretagne. »  

 

Cristiano Mangovo (né en 1982, Angola), Agua para todos, 2018, acrylique sur toile, 210×220 cm. Adjugé à 12 915 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

Arborant des couleurs chatoyantes, jouant de messages humoristiques, usant de symboles à déchiffrer, les œuvres des artistes africains intriguent et renouvellent la physionomie des salles des ventes. « Elles apportent une fraîcheur nouvelle car elles sont souvent plus chaleureuses, joyeuses que les œuvres contemporaines des autres continents et elles sont marquées par une grande diversité technique et thématique. »

 

Carole Jézéquel présentant Kondo, une peinture acrylique (137×147 cm) de Cyprien Tokoudagba (1939-2012, Bénin) adjugée à 4 305 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

« Je savais que ce marché était marqué par une demande soutenue à l’international, mais j’ai découvert avec surprise qu’il suscitait tout autant l’intérêt d’amateurs originaires de la région. »  

 

A Rennes, les amateurs, nombreux à s’être rendus à l’exposition avant-vente, n’ont d’ailleurs pas hésité à dépenser plusieurs milliers d’euros pour s’offrir l’une des huiles sur toile proposées aux enchères. « Certains ont eu un véritable coup de cœur lors de l’exposition et ont finalement acheté une œuvre alors qu’ils n’en connaissaient même pas l’artiste. »

 

Kassou Seydou (né en 1971, Sénégal), Sans titre, acrylique sur toile, 100×100 cm. Adjugé à 3 567 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

Un marché à l’avenir prometteur

Devant cet engouement, certaines figures de l’art contemporain africain ont vu leur cote exploser, à l’image de Chéri Samba (né en 1956) dont une toile s’est envolée à plus de 120 000 euros, sous le marteau de Pierre Cornette de Saint-Cyr en 2017 à Paris. « Lors de notre vente rennaise, plusieurs toiles de Marc Padeu ont elles aussi enregistré de belles envolées d’enchères, allant jusqu’à plus de 15 000 euros, poursuit Carole Jézéquel. C’est un très bon prix pour un artiste dont les œuvres s’échangeaient autour de 3 000 euros il y a encore trois ans. »

 

Marc Padeu (né en 1990, Cameroun), Mémoire d’éléphant, 2017, acrylique sur toile, 170×150 cm. Adjugé à 15 375 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

De plus en plus nombreuses, ces ventes permettent aux artistes africains de conquérir un nouveau public et de se faire une place sur la scène internationale. « Les galeries et maisons de ventes qui les soutiennent en France ou à l’international leur permettent de se faire connaître au-delà de leurs seuls territoires où les moyens de relais sont moins importants. A l’issue de notre dernière vente, de nombreux artistes nous ont d’ailleurs contacté pour nous proposer leurs œuvres. Ils étaient très étonnés de l’engouement que la vente avait pu susciter. »

 

Mulala Landry (né en 1959, République Démocratique du Congo), Femme Himba, 2017, huile sur toile, 183×135 cm. Adjugé à 984 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

Ainsi, tandis que les têtes d’affiche privilégient les grandes capitales, les plus jeunes artistes, dont l’œuvre n’est pas encore référencée sur le marché, peuvent désormais compter sur les maisons de ventes de province pour diffuser leur travail et établir leur cote. Dès lors, aux côtés des figures incontournables, de nombreux artistes restent encore très accessibles. En témoignent les toiles adjugées à moins de 2 000 euros à Rennes, signées d’artistes aussi talentueux que Fiston Maketa ou Mulala Landry. « Ce sont des ventes dans lesquelles il est possible de se faire plaisir sans se ruiner et d’acheter un tableau de qualité à quelques centaines ou milliers d’euros, qui devrait se vendre plus cher dans les prochaines années. C’est un marché qui a un bel avenir devant lui », conclue la commissaire-priseur, qui, bien décidée à faire partie de l’aventure, compte organiser désormais chaque fin d’année à Rennes une vente dédiée à ces artistes africains.

 

Fiston Maketa (né en 1981, République Démocratique du Congo), Bonne nouvelle, 2019, huile sur toile, 130×95 cm. Adjugé à 2 091 euros par Rennes Enchères le 18 novembre 2019 à Rennes.

 

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