Le 29 novembre 2023 | Mis à jour le 27 février 2024

Comment estimer un vase Gallé ?

par Magazine des enchères

Tous les mois, l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs propose aux lecteurs du Magazine des enchères de revivre en direct un travail d’expertise mené par un étudiant dans les coulisses d’une salle des ventes. Ce mois-ci, Lucie Guyot décrypte un vase balustre Gallé, sous l’œil aguerri de Thibaut Ruffat, commissaire-priseur à Perpignan. 

 

Les commissaires-priseurs en herbe, dont l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs (ANECP) assure la cohésion, proposent chaque mois aux lecteurs du Magazine des enchères de revivre en direct un travail d’expertise mené à quatre mains dans les coulisses des salles des ventes. Le dernier opus mettait en lumière une lampe Martinelli décryptée de concert par Camille Tourtaud et Caroline Rivière de la Galerie de Chartres. Ce mois-ci, Lucie Guyot élève commissaire-priseur au sein de la Société de ventes volontaires Ruffat, présente un vase des Etablissements Gallé, aux côtés du commissaire-priseur Thibaut Ruffat.

 

Première impression ? 

Lucie Guyot : Nous sommes en présence d’un important vase de forme balustre, en pâte de verre, de belle taille (46 cm) et d’un coloris joliment nuancé allant du jaune au vert.

Thibaut Ruffat : Il est toujours intéressant de mettre en valeur ce qui fait la spécificité d’un objet en particulier. Dans le cas présent, il est important de mentionner sa taille, imposante pour un vase. Elle confère déjà un intérêt certain à cette pièce.

 

Etablissements GALLE, Important vase balustre en verre multicouches vert et jaune à décor dégagé à l’acide de capillaires de Montpellier. H. 46 cm. Estimation : 1 500 – 2 000 euros.

 

Une signature ?

Lucie Guyot : Il est important de prendre le temps d’observer la panse du vase et d’être attentif au décor, car c’est souvent là que figure la signature sur un tel objet. Elle y est effectivement aisément identifiable : on peut lire en lettres cursives la mention « Gallé » précédée d’une étoile. C’est une signature qui fait immédiatement référence à l’artiste céramiste, ébéniste et verrier nancéien Emile Gallé (1846-1904). L’étoile indique, quant à elle, qu’il s’agit d’une production plus tardive, celle des Etablissements Gallé qui ont continué à éditer des pièces bien longtemps après la mort de son fondateur.

Thibaut Ruffat : En effet, il est important de préciser que ce vase n’a pas vu le jour du vivant de l’artiste car cela aura une incidence certaine sur le prix d’adjudication et donc sur nos estimations. Néanmoins, nous sommes face à une pièce qui respecte complètement les techniques mises au point par l’artiste dans le domaine du verre à la fin du XIXe siècle. La signature atteste également qu’il s’agit d’une production française, ce qui a son importance étant donné que le style d’Emile Gallé a été abondamment copié tout au long du XXe siècle et encore de nos jours, y compris à l’étranger.

 

Détail de la signature.

 

Un mouvement artistique ?

Lucie Guyot : Notre vase s’inscrit dans les recherches et les avancées stylistiques liées à l’essor de l’Art nouveau en France à la fin du XIXe siècle. Ce mouvement met en avant la nature et notamment la flore qui se déploie dans tous les décors avec un goût prononcé pour la courbe et les lignes en « coup de fouet ». Ainsi, c’est un décor végétal qui orne la panse de notre vase, mis en avant de surcroit par le choix de cette couleur verte aux reflets vifs. De même, la signature reprend les lignes courbes et accentuées chères à l’expression de l’Art nouveau.

Thibaut Ruffat : Ce vase revêt en effet toutes les caractéristiques des productions verrières de l’époque Art nouveau (1885-1905) bien qu’encore une fois, sa fabrication soit plus tardive. Le jeu des matières et le traitement du décor sont eux aussi parfaitement en adéquation avec les recherches de cette époque concernant le verre où le jeu d’alternance entre opacité et transparence est au cœur des préoccupations des artistes verriers qui travaillent à la même époque qu’Emile Gallé, parmi lesquels les frères Daum et François Décorchemont.

 

Une technique ?  

Lucie Guyot : La technique utilisée pour l’élaboration de ce vase a son importance puisqu’elle participe de manière prégnante à la façon dont le décor se déploie sur la panse et à la manière dont le spectateur le perçoit. Il s’agit d’un verre multicouche, c’est-à-dire que les maîtres verriers des Etablissements Gallé ont fait adhérer plusieurs couches de verre, de couleurs différentes, les unes aux autres permettant cet effet de nuances colorées si particulier allant du jaune pâle au vert plus foncé. Le décor en lui-même, sur la couche externe du vase, et représentant  des capillaires de Montpellier, a été dégagé à l’acide. Pour ce faire, un vernis protecteur formant le dessin du décor a été déposé directement sur le verre et le vase a ensuite été plongé dans un bain d’acide. Ce dernier vient  « mordre » les parois non protégées du vase révélant un décor en relief une fois le vernis retiré.

Thibaut Ruffat : La technique, dont le processus a été exposé par Lucie, a été élaborée par Emile Gallé lui-même. Celle-ci est très exigeante, car elle suppose qu’il n’y a aucun repentir possible à aucune des étapes d’élaboration  de la pièce. Les couches, une fois adhérées les unes aux autres, ne peuvent être désolidarisées et les couleurs doivent donc être pensées en amont pour que chacune d’entre elles puisse se distinguer des autres. Quant au décor, c’est l’ultime étape et sans aucun doute la plus délicate, puisqu’il faut « peindre » avec le vernis sans pouvoir visualiser l’effet final avant que la pièce ne soit terminée. La signature est peinte selon le même procédé.

 

Une époque ? 

Lucie Guyot : Pour identifier la période exacte de production de notre vase, il faut se référer au style de la signature qui est le seul indice vraiment probant pouvant nous permettre de dégager une datation fiable. En l’occurrence l’étoile fait référence à la première période de production des Etablissements Gallé, c’est-à-dire juste après la mort d’Emile Gallé. Ce qui correspond aux années 1905-1914.

Thibaut Ruffat : La signature à l’étoile revêt, en effet, toute son importance puisqu’elle situe notre vase dans une production tout à fait proche dans le temps des modèles créés par Emile Gallé, les Établissements continuant à produire des pièces jusqu’en 1936.

 

Etablissement d’Emile Gallé, construit à Nancy en 1894.

 

L’état de conservation ? 

Lucie Guyot : Le vase ne présente aucune ébréchure ni éclat, principales sources de dévaluation de ces pièces.

Thibaut Ruffat : Hormis quelques frottements dus à l’usage, notre vase est en parfait état et ne comporte aucune fêlure, ce qui est rare pour une pièce  d’une telle fragilité.

 

Une estimation ? 

Lucie Guyot : Afin de proposer une estimation correcte, nous prenons en compte sa taille imposante, sa relative ancienneté, mais aussi la parfaite exécution des techniques employées, ici conformes aux préceptes d’Emile Gallé, bien qu’il n’ait pas contribué directement à l’élaboration de ce modèle.  Enfin, son état presque parfait nous permet d’estimer  cette pièce entre 1 500 et 2 000 euros. Cette dernière peut intéresser les collectionneurs car elle se situe relativement tôt dans la production des Etablissements Gallé et demeure stylistiquement proche des créations du maître verrier. Notre vase s’adresse également à tous les amateurs de la période Art nouveau. Ses couleurs chatoyantes en font enfin un bel objet de décoration.

Thibaut Ruffat : C’est en effet une pièce aux qualités certaines dont la taille et le très bon état de conservation font la rareté. Elle a été présentée dans notre belle vente de fin d’année, le 14 décembre 2023 avec une estimation comprise entre 1 500 et 2 000 euros. 

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