Le 28 octobre 2021 | Mis à jour le 28 octobre 2021

5 choses à savoir sur Émile Gallé

par Diane Zorzi

Fondateur de l’Ecole de Nancy, Émile Gallé a révolutionné l’art de son temps en innovant du point de vue des formes, des décors et des techniques. Retour sur l’un des maîtres verriers, ébénistes et céramistes les plus plébiscités sur le marché. 

 

1. Il a fondé l’Ecole de Nancy

Originaire de Nancy, Émile Gallé (1846-1904) découvre dès son plus jeune âge les techniques d’art appliquées à l’industrie grâce à son père, artisan verrier et céramiste. Le jeune homme se forme au gré de voyages et étudie dans différentes écoles et manufactures, avant de rejoindre en 1867 l’entreprise familiale. Avec Louis Majorelle, Antonin Daum et Eugène Vallin, il fonde en 1901 l’Ecole de Nancy, une association visant à promouvoir les industries et artisanats d’art lorrains, tels que les cristalleries, ébénisteries et métiers du verre, de la faïence ou de la céramique. Soucieux de créer un art total, ils produisent des ensembles domestiques complets, de la maçonnerie à la petite cuillère. S’ils réalisent des pièces uniques, ils s’attèlent ainsi à rendre l’art plus accessible à travers une large production en série, avec le souhait de faire entrer le Beau dans les foyers. 

Emile Gallé, « Ombellifères ». Meuble étagère en hêtre sculpté, à décor marqueté d’ombelles stylisées. Estimé entre 15 000 et 20 000 euros. Mis en vente par Millon & Associés le 5 novembre en live sur Interencheres. 

 

2. Il était passionné de botanique

Fers de lance de l’Art nouveau, les artistes de l’Ecole de Nancy puisent leur inspiration dans l’art gothique, le rococo, l’art islamique, mais plus encore dans la nature. En témoigne la devise, « Ma racine est au fond des bois », inscrite aux portes des ateliers d’ébénisterie d’Emile Gallé. Pour chacune de ses créations, le maître verrier, ébéniste et céramiste, travaille avec virtuosité la matière, façonnant des formes et des décors évoquant le monde végétal ou animal. Artiste et fin lettré, Gallé est aussi un scientifique averti. Dès l’âge de 14 ans, il s’adonne à des excursions botaniques, lors desquelles il forme des herbiers et consigne dans des carnets ses observations floristiques. S’il n’embrasse pas une carrière scientifique, il suit les enseignements d’Alexandre Godron, se lie d’amitié avec maints botanistes de son époque et publie des articles scientifiques, traitant notamment des variations des orchidées lorraines, un sujet qu’il présente au congrès international de botanique, lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Nommé membre de la commission de surveillance du jardin botanique de Nancy, il se passionnera toute sa vie pour les plantes, dont il cultive maintes espèces dans son jardin du 2 avenue de la Garenne, à Nancy. 

 

Émile Gallé, « La Feuille rongée ». Vase sculpture à décor de nervures des côtes de la feuille reposant par un anneau en application sur un piédouche à décor de pétales. Adjugé 225 900 euros par Jean-Pierre Besch en 2016 à Cannes.

 

3. Il a inventé la marqueterie de verre

S’il fonde une nouvelle esthétique, usant de formes et décors audacieux, Gallé s’illustre également à travers l’invention de nouvelles techniques, à l’instar de la marqueterie de verre. Ce procédé consistait à insérer de petits fragments de verre, de différentes couleurs, formes et épaisseurs, dans la pâte encore en fusion. En superposant les couches, la marqueterie de verre offrait ainsi au verrier la possibilité d’enrichir sa création d’une gamme chromatique illimitée. Entrepreneur à succès, Gallé voit à maintes reprises ses œuvres novatrices copiées par des ateliers concurrents tels que la manufacture de Saint-Clément ou de Lunéville, avec lesquelles il engage des procédures judiciaires. Afin de se prémunir de la contrefaçon, il dépose plusieurs brevets pour protéger ses inventions, comme la marqueterie de verre ou la patine sur cristal et sur verre. Ces dépôts ne le protègent toutefois pas lorsqu’il est victime d’espionnage industriel par les frères Muller qui quittent l’atelier de Nancy, où ils étaient employés, avec quantité de notes sur les procédés techniques développés par le maître verrier.

 

Emile Gallé, service « suffrage universel »à orangeade, composé d’un broc à corps aplati, cinq gobelets et un plateau circulaire à bords polylobés. Epreuves en verre blanc torsadé à décor émaillé polychrome au naturel d’oiseaux de basse-cour. Estimé entre 3 000 et 4 000 euros. Mis en vente par Binoche et Giquello le 9 novembre à Paris.

 

4. Il était un artiste engagé

Le renouveau esthétique et technique n’est pas la seule finalité de son art. Gallé y adjoint une dimension politique et morale. Cette volonté prend diverses formes, du simple engagement politique aux messages disséminés dans ses œuvres. Gallé crée notamment des « verreries parlantes », sur lesquelles il inscrit des citations courtes mais équivoques. Il manifeste aussi son soutien à Alfred Dreyfus, par des prises de position publiques, en exaltant dans ses œuvres la Justice et la Vérité, ou encore en les offrant et dédiant à de grands militants dreyfusards de l’époque. Epris de nature, Gallé s’engage aussi en pionnier dans le combat écologiste, en participant notamment à la création d’une association nancéienne de protection des plantes sauvages.

 

 

Émile Gallé, « Libellules ». Précieux vase en verre ambré de forme ovoïde à col droit, base cintrée et bulbée. Col cerné d’un bandeau en relief appliqué à chaud de cabochons espacés et d’une frise de libellule stylisées. Sur la panse s’ébattent deux libellules aux ailes entrecroisées au superbe émail polychrome. Sur un fond givré à l’acide des volutes tournoyantes simulant la surface ondée de l’eau sont finement gravées en réserve. Signé « Emile Gallé Nancy » sous la base. H : 18,5 cm. Estimé entre 18 000 et 20 000 euros. Mis en vente par Millon & associés le 5 novembre en live sur Interencheres. 

 

5. Ses œuvres atteignent des prix records aux enchères

Figurant dans les plus belles collections muséales, les œuvres d’Emile Gallé sont aujourd’hui particulièrement recherchées sur le marché. Il n’est pas rare de voir les enchères s’envoler pour ses créations, en particulier les céramiques originales réalisées de son vivant. Le record de vente pour une œuvre de Gallé a été établi en 1989 avec l’un des six exemplaires de la lampe Les Coprins, vendu 1,1 million de dollars. En 2008 à Tokyo, un prix au marteau de 634 000 euros avait été obtenu pour une coupe en verre gravé figurant une libellule. Plus récemment, un vase « Roses de France », daté vers 1900, a été vendu à 228 000 euros par Jean-Pierre Besch à Cannes. Un guéridon aux « Trois libellules » en tilleul mouluré, sculpté et ciselé avait lui été cédé pour 83 000 euros en 2011 à Saint-Etienne.

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Emile Gallé (1846-1904). « Les anisoptères ». 1882. Rare et exceptionnelle coupe balustre évasée à large col annulaire rentrant. Adjugé 36 000 euros.

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