Le 26 mars 2024 | Mis à jour le 26 mars 2024

5 choses à savoir sur Émile Gallé

par Diane Zorzi

Fondateur de l’Ecole de Nancy, Émile Gallé a révolutionné l’art de son temps en innovant du point de vue des formes, des décors et des techniques. Retour sur l’un des maîtres verriers, ébénistes et céramistes les plus plébiscités sur le marché. 

 

1. Il a fondé l’Ecole de Nancy

Originaire de Nancy, Émile Gallé (1846-1904) découvre dès son plus jeune âge les techniques d’art appliquées à l’industrie grâce à son père, artisan verrier et céramiste. Le jeune homme se forme au gré de voyages et étudie dans différentes écoles et manufactures, avant de rejoindre en 1867 l’entreprise familiale. Avec Louis Majorelle, Antonin Daum et Eugène Vallin, il fonde en 1901 l’Ecole de Nancy, une association visant à promouvoir les industries et artisanats d’art lorrains, tels que les cristalleries, ébénisteries et métiers du verre, de la faïence ou de la céramique. Soucieux de créer un art total, ils produisent des ensembles domestiques complets, de la maçonnerie à la petite cuillère. S’ils réalisent des pièces uniques, ils s’attèlent ainsi à rendre l’art plus accessible à travers une large production en série, avec le souhait de faire entrer le Beau dans les foyers. 

 

Emile Gallé (1846-1904). Meuble à musique en noyer. Estimé 6 000 à 8 000 euros, en vente chez Millon le 5 avril sur Interencheres.

 

2. Il était passionné de botanique

Fers de lance de l’Art nouveau, les artistes de l’Ecole de Nancy puisent leur inspiration dans l’art gothique, le rococo, l’art islamique, mais plus encore dans la nature. En témoigne la devise, « Ma racine est au fond des bois », inscrite aux portes des ateliers d’ébénisterie d’Emile Gallé. Pour chacune de ses créations, le maître verrier, ébéniste et céramiste, travaille avec virtuosité la matière, façonnant des formes et des décors évoquant le monde végétal ou animal. Artiste et fin lettré, Gallé est aussi un scientifique averti. Dès l’âge de 14 ans, il s’adonne à des excursions botaniques, lors desquelles il forme des herbiers et consigne dans des carnets ses observations floristiques. S’il n’embrasse pas une carrière scientifique, il suit les enseignements d’Alexandre Godron, se lie d’amitié avec maints botanistes de son époque et publie des articles scientifiques, traitant notamment des variations des orchidées lorraines, un sujet qu’il présente au congrès international de botanique, lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Nommé membre de la commission de surveillance du jardin botanique de Nancy, il se passionnera toute sa vie pour les plantes, dont il cultive maintes espèces dans son jardin du 2 avenue de la Garenne, à Nancy. 

 

Emile Gallé (1846 – 1904), flacon en verre fumé et son bouchon à décor couvrant aux émaux durs polychrome et or de fleurs stylisées. Signé « Emile Gallé à Nancy », sous la base. H : 15,5 cm. Estimé 4 000 à 6 000 euros, en vente chez Millon le 5 avril sur Interencheres.

 

3. Il a été victime d’espionnage industriel

S’il fonde une nouvelle esthétique, usant de formes et décors audacieux, Gallé s’illustre également à travers l’invention de nouvelles techniques, à l’instar de la marqueterie de verre. Ce procédé consistait à insérer de petits fragments de verre, de différentes couleurs, formes et épaisseurs, dans la pâte encore en fusion. En superposant les couches, la marqueterie de verre offrait ainsi au verrier la possibilité d’enrichir sa création d’une gamme chromatique illimitée. Entrepreneur à succès, Gallé voit à maintes reprises ses œuvres novatrices copiées par des ateliers concurrents tels que la manufacture de Saint-Clément ou de Lunéville, avec lesquelles il engage des procédures judiciaires. Afin de se prémunir de la contrefaçon, il dépose plusieurs brevets pour protéger ses inventions, comme la marqueterie de verre ou la patine sur cristal et sur verre. Ces dépôts ne le protègent toutefois pas lorsqu’il est victime d’espionnage industriel par les frères Muller qui quittent l’atelier de Nancy, où ils étaient employés, avec quantité de notes sur les procédés techniques développés par le maître verrier.

 

Emile Gallé (1846-1904). Cristallerie « aux marguerites ». Vase en en cristal incolore, à corps en spirale se terminant par une ouverture évasée. Décor gravé et émaillé d’émaux polychromes et or sur la base et le col de marguerites. Signé « Gallé » à la base. Vers 1890-1894. Haut. 43.5 – Larg. au col 27.5 cm. Estimé 8 000 à 10 000 euros, en vente chez Herbelin le 3 avril sur Interencheres.

 

4. Il était un artiste engagé

Le renouveau esthétique et technique n’est pas la seule finalité de son art. Gallé y adjoint une dimension politique et morale. Cette volonté prend diverses formes, du simple engagement politique aux messages disséminés dans ses œuvres. Gallé crée notamment des « verreries parlantes », sur lesquelles il inscrit des citations courtes mais équivoques. Il manifeste aussi son soutien à Alfred Dreyfus, par des prises de position publiques, en exaltant dans ses œuvres la Justice et la Vérité, ou encore en les offrant et dédiant à de grands militants dreyfusards de l’époque. Epris de nature, Gallé s’engage aussi en pionnier dans le combat écologiste, en participant notamment à la création d’une association nancéienne de protection des plantes sauvages.

 

Emile Gallé (1846 – 1904), « Neiges de Pentecôte », 1900. Rare vase « parlant » à corps tubulaire et col trilobé pincé à décor en marqueterie de verre de deux fleurs de narcisse des poètes sur plaquettes affleurantes, finement ciselées au touret. Monture en bronze doré à décor de renoncules (attribuée à Bapst & Falize). Inscrit à la roue du vers « Il y avait dans le regard des êtres une fraternité et des espérances mystérieuses. Maeterlinck » et marqué « Exp 1900 » indiquant sa présentation à l’Exposition Universelle de 1900. H : 27 cm. Estimé 6 000 à 8 000 euros, en vente chez Millon le 5 avril sur Interencheres.

 

5. Ses œuvres atteignent des prix records aux enchères

Figurant dans les plus belles collections muséales, les œuvres d’Emile Gallé sont aujourd’hui particulièrement recherchées sur le marché. Il n’est pas rare de voir les enchères s’envoler pour ses créations, en particulier les céramiques originales réalisées de son vivant. Le record de vente pour une œuvre de Gallé a été établi en 1989 avec l’un des six exemplaires de la lampe Les Coprins, vendu 1,1 million de dollars. En 2008 à Tokyo, un prix au marteau de 634 000 euros avait été obtenu pour une coupe en verre gravé figurant une libellule. Plus récemment, un vase « Roses de France », daté vers 1900, a été vendu à 228 000 euros par Jean-Pierre Besch à Cannes. Un guéridon aux « Trois libellules » en tilleul mouluré, sculpté et ciselé avait lui été cédé pour 83 000 euros en 2011 à Saint-Etienne.

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