Comment reconnaître l’époque de fabrication d’une serrure ?

Objet à la fois fonctionnel et discret, la serrure a longtemps été un élément déterminant de l’ébénisterie, autant pour des raisons pratiques que symboliques. À travers l’étude de leur fabrication, de leur typologie et de leur évolution du XVIIe au XIXe siècle, le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale dévoile les secrets de ces mécanismes souvent méconnus, mais essentiels à la compréhension des meubles anciens.

 

Les modèles de serrures sont divers suivant l’usage, aussi nous contenterons-nous aujourd’hui d’étudier les serrures de meubles et plus précisément deux types de serrures :

  • les serrures en applique qui sont fixées sur la porte ou le tiroir et dont la boîte apparaît en proéminence (photo 2),
  • les serrures à entailler qui ont leur mécanisme encastré dans le bois de la porte ou du tiroir (photo 4). Ces serrures sont notamment utilisées sur les abattants de secrétaires.

 

 

Les serrures des XVIIe et XVIIIe siècles

Étude des matériaux : ces serrures ont été construites avec du fer forgé ou battu, ainsi l’épaisseur du pêne et des coulisses sera irrégulière. On remarquera fréquemment des traces de martelage (photos 3 et 4).

  • Les assemblages de pièces diverses seront le plus souvent rivés.
  • Les coffres seront assemblés par les étouquiaux, petites tiges carrées rivées dans le pêne et dans les coulisses (photo 2).
  • Lors du fonctionnement, le panneton de la clé agit directement sur le grand ressort (photos 1 et 4).
  • Le pêne à la têtière est monté en métal, fer ou laiton (ou plus rarement en laiton fondu).
  • Le pêne est généralement excentré et plutôt petit, presque carré dans certains cas (photo 3).
  • Dans les serrures de meilleure qualité, le fond rectangulaire de fer (dans lequel s’engage la clé et sur laquelle sont vissées les autres, photo 1) peut être vissé au pêne au lieu d’être rivé. Dans ce cas, les vis seront de fabrication artisanale, donc irrégulières (photo 2).
  • Les bords des foncets ainsi que des palâtres sont généralement chanfreinés d’un côté.
  • Le trou de la serrure est étroit et limité par la rosette (photos 1, 2, 3 et 4).
  • Dans les cas de serrure à bouche et à canon (photo 5), la bouche se trouve à son pied rivetée sur le palâtre. Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, on pourra trouver une pièce entre l’extérieur du palâtre carré, rectangulaire ou rond. Cette technique s’étend aussi au XIXe siècle.
  • Les serrures anciennes sont généralement rivées et non vissées ni clouées (photos 1 à 4).

Remarque : La clé d’une serrure a parfois été modifiée, soit à cause de la perte de la clé d’origine, soit pour l’ajuster à un autre panneton. Dans ce cas, on constate une cassure ou un ajustement sur le panneton de la clé, ou parfois la bague. Il se peut aussi qu’elle ait été supprimée, ce qui se voit très nettement (photo 5) par l’absence du bec de la clé, c’est la clé à double entrée.

 

 

 

Serrures des XIXe et XXe siècles

  • Le matériau constituant les serrures est fait de fer laminé. L’épaisseur des tôles sera donc parfaitement régulière et l’aspect d’une finition parfaite et uniforme est vite décelable.
  • Les assemblages des cloisons sur le palâtre seront soudés ou pliés. On n’apercevra plus les étouquiaux, petites tiges carrées significatives des fabrications XVIIe et XVIIIe.
  • Le panneton de la clé agira dorénavant sur une pièce intermédiaire entre clé et ressort appelée gorge (celle-ci peut être en fer ou en laiton, photo 5) qui sera rivée sur le ressort. J’ai rencontré dans une serrure de commode estampillée RVLC la gorge soudée à la gorge sur le ressort, ce qui est exceptionnel au XVIIIe.
  • La têtière sera très souvent plaquée d’une feuille de laiton rivée (photo 6) : sur la serrure de droite, on distingue les deux rivets fixant la feuille de laiton arrachée.
  • Le pêne sera de plus en plus centré sur la têtière et l’épaisseur du pêne sera assurée par deux ou trois plaques de métal soudées (photo 7).
  • Le débattement du pêne sera assuré par un guide (photo 5).

Après avoir déterminé l’époque de la serrure (pour ce faire, il y a obligation de la démonter), il faudra s’assurer qu’elle est bien d’origine sur le meuble.

Pour cela, on procédera aux vérifications suivantes :

  1. Vérifier que la têtière s’encastre exactement dans son logement, et qu’il n’y a pas eu replacage de champ du tiroir.
  2. Que l’entrée de la serrure n’ait pas été obturée et repercée à une hauteur différente (pour le vérifier, il est souvent nécessaire d’enlever l’entrée de serrure en laiton). Cela peut aussi se voir de l’intérieur après avoir enlevé le foncet.
  3. Vérifier qu’il n’y ait pas d’autres trous de vis ou de clous pour la fixation de la serrure.
  4. Que la partie évidée du tiroir face interne pour loger le mécanisme ait une patine homogène.

 

 

Si ce n’est pas le cas, il est probable que l’emplacement a dû être modifié pour loger le mécanisme d’une nouvelle serrure.

La majorité des serrures des portes XVIIe et XVIIIe était des serrures fixées sur les portes de droite, les portes de gauche étant fermées au préalable, soit par un crochet intérieur, soit par une crémone.
C’était souvent des serrures identiques que l’on utilisait pour les portes et les tiroirs, ce qui explique que, vues de l’extérieur, les entrées de serrure des tiroirs soient à l’horizontale.

Je ne saurais trop recommander au lecteur d’aller visiter le musée « Le Secq des Tournelles » à Rouen où il pourra admirer une quantité impressionnante de serrures.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Belle serrure de porte en fonte ciselée d’époque Régence. Le palâtre est richement ciselé en léger relief d’un double encadrement d entrelacs, agrémenté de volutes et de fleurons aux quatre angles. Adjugée 1 300 euros par la maison Fraysse & Associés le 4 juin 2020 à Paris.

 

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