Le 21 décembre 2022 | Mis à jour le 21 décembre 2022

De Seydou Keïta à Malick Sidibé, les photographes africains à l’honneur aux enchères

par Diane Zorzi

Reconnus tardivement en Europe, les photographes Seydou Keïta et Malick Sidibé sont parvenus à capturer l’état d’esprit d’une société malienne soucieuse, au lendemain de l’indépendance, d’affirmer son identité tout en s’ouvrant au monde. Ce duo emblématique de Bamako animera les enchères le 30 décembre à Cannes, à l’occasion de la vente par Jean-Pierre Besch de dix portraits réalisés à l’argentique et estimés entre 2 000 et 2 500 euros.

 

Réunis à la faveur de la vente aux enchères Arts passion, prévue à Cannes le 30 décembre prochain, Seydou Keïta et Malick Sidibé formaient déjà à Paris, en avril dernier, un duo emblématique de la scène artistique africaine avec l’exposition « L’Afrique secrète » de Françoise Huguier qui, à la galerie Art-Z, révélait des tirages de ces deux grands noms de l’art africain. Françoise Huguier a participé à la reconnaissance internationale de ces deux artistes maliens avec qui elle a noué une profonde complicité à l’occasion de voyages sur le continent africain. En 1994, la photographe et réalisatrice française leur offre leur première vitrine mondiale en créant les Rencontres africaines de la photographie à Bamako. Un an plus tard, Malick Sidibé est exposé à la Fondation Cartier, rejoint l’année suivante par Seydou Keïta. Depuis, ces deux photographes comptent parmi les artistes contemporains africains les plus plébiscités sur le marché et leurs tirages s’adjugent à plusieurs milliers d’euros.

 

Malick Sidibé, L’œil des nuits de Bamako

Malick Sidibé (1936-2016) est le photographe emblématique des nuits de la capitale malienne des années 1960-1970. Au lendemain de l’indépendance, il arpente les soirées dansantes et saisit au moyen de prises de vue spontanées la joie de vivre d’une jeunesse avide de liberté. En témoigne sa Nuit de Noël, donnant à voir l’instant de grâce d’une danse, classée parmi les 100 photographies les plus importantes de tous les temps par le magazine Time. Premier photographe africain à recevoir le prix Hasselblad en 2003, puis le Lion d’or en 2007, Malick Sidibé est parvenu à capter l’état d’esprit d’une génération euphorique et soucieuse d’écrire les nouvelles pages de son histoire. Dans son studio, au cœur de Bamako, des anonymes et personnalités défilent pour se faire portraiturer par celui que tous surnomment désormais « L’œil de Bamako ». Autant de modèles qu’il portraiture en noir et blanc, en dépit de l’arrivée de la couleur, livrant des clichés sans artifice et hors du temps – ici, une Femme à la robe de damier, là, une jeune malienne à la robe blanche.

 

Malick Sidibé (1936-2016), Femme à la robe blanche, tirage argentique tamponné « Studio Malick » au dos, 17,5 x 12,6 cm. Estimé entre 2 000 et 2 500 euros. 

 

Seydou Keïta, le portraitiste d’une société malienne en ébullition

A Bamako, le studio de Seydou Keïta a également la faveur des jeunes maliens. « Quelqu’un qui n’a pas fait sa photo avec Seydou Keïta n’a pas fait de photo », susurre-t-on dans les rues de la capitale. Le photographe autodidacte sublime ses modèles par sa maîtrise du cadrage et de la lumière. Il travaille principalement à la lumière naturelle et se plaît à ajouter, en guise de fond, des tissus à motifs évoquant le graphisme des vêtements portés par ses modèles. « La technique de la photo est simple, mais ce qui faisait la différence, c’est que je savais trouver la bonne position, je ne me trompais jamais, confie-t-il au galeriste André Magnin. Le visage à peine tourné, le regard vraiment important, l’emplacement des mains… J’étais capable d’embellir quelqu’un. A la fin, la photo était très belle. C’est à cause de ça que je dis que c’est de l’Art. » Dans son studio, Seydou Keïta met à la disposition de sa clientèle des costumes et accessoires européens, tels que des stylos, postes de radio ou montres élégantes qui, associées aux tenues traditionnelles à l’instar du boubou, illustrent le désir de modernité d’une jeunesse malienne à la fois ouverte sur le monde et soucieuse d’affirmer son identité.

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