Nouvelle dans le corpus des œuvres de l’artiste et inédite sur le marché de l’art, une nature morte grand format de Louyse Moillon (1609/10-1696) sera mise en vente le 28 mai par Ruellan Auction Paris.
« Bien que la toile appartienne à une famille de collectionneurs, ses membres ne se doutaient pas qu’elle avait été réalisée par Louyse Moillon », affirme le commissaire-priseur Jack-Philippe Ruellan. Acquise dans la première moitié du XVIIIe siècle, cette Nature morte de fruits, restée jusqu’à aujourd’hui dans la même famille, a rejoint le corpus restreint de la peintre parisienne du XVIIe siècle à la faveur d’une expertise de Dominique Alsina, docteur en histoire de l’art et auteur du catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste. La peinture, jusqu’ici inconnue et inédite sur le marché de l’art, sera présentée aux enchérisseurs lors d’une vente qui lui est consacrée le 28 mai prochain par Ruellan Auction à Paris. Elle est estimée entre 100 000 et 120 000 euros.
Louyse Moillon, une artiste méconnue du XVIIe siècle
La vie de Louyse Moillon est très mal documentée. Née une décennie après la signature de l’édit de Nantes (1598) et morte quelques années après sa révocation par Louis XIV (1685), Louyse Moillon, issue d’une famille protestante, vécut à Paris durant une période relativement tranquille pour cette minorité religieuse.

Elle rencontra plusieurs peintres flamands partageant sa confession, venus se protéger des foudres de leurs compatriotes catholiques dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Ils eurent une influence décisive dans l’élaboration du style de Louyse Moillon, tout comme son maître, François Garnier, qui fut aussi son beau-père. Son œuvre est presque exclusivement composée de natures mortes, remplies de fruits achetés sur les marchés de la capitale.
Une nature morte dans le pur style de Louyse Moillon
La nature morte représente des framboises dans un panier posé sur une boîte de copeaux, trois pêches sur la table, des prunes dans un panier, une prune ouverte et des cerises ordonnées dans un panier, le tout disposé sur une table de bois. Un fond sombre valorise le chromatisme des différents fruits. « J’ai très vite eu le sentiment que la toile était de la main de Louyse Moillon, rapporte l’expert Dominique Alsina, retrouvant l’équilibre général et l’harmonie des tons propres à l’artiste. » Dominique Alsina a ensuite pris plusieurs mois pour étudier la toile, son expertise permettant d’établir l’attribution à Louyse Moillon.

Cette nature morte trouve son pendant dans un tableau conservé au Grand Rapids Art Museum du Michigan, aux États-Unis. « Une œuvre moins ambitieuse dans son format. On y retrouve, dans une composition ressemblante, les pêches et les paniers de framboises et de prunes », précise Dominique Alsina. Par ailleurs, « grâce à l’étude du corpus des œuvres de l’artiste, cette composition a dû être exécutée au milieu de sa carrière, vers 1640 : une œuvre toute en rondeurs, suavité et poésie. »
Une estimation raisonnable entre 100 000 et 120 000 euros
Le tableau, restauré à deux reprises (avant d’être attribué à Louyse Moillon) et rentoilé dans la seconde moitié du XXe siècle, se trouve « dans un état satisfaisant ». Jack-Philippe Ruellan a établi une estimation raisonnable pour un grand format, située entre 100 000 et 120 000 euros. De quoi attirer les collectionneurs américains et français férus des œuvres de cet artiste rare en vente publique. En 2022, la maison Aguttes avait vendu 1 662 400 euros (avec frais) une Nature morte à la coupe de fraises, panier de cerises et groseilles à maquereau (1631), dépassant très largement son estimation et établissant un record de vente pour l’artiste.
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