Arrivée chez Besch Cannes Auction en 2024 comme commissaire-priseur salariée, Claire Waechter en a pris la direction à l’été 2025 avant d’être nommée sur la charge judiciaire en janvier 2026. Aux côtés du fondateur Jean-Pierre Besch, elle poursuit le développement d’une maison de ventes établie en 2002 et emblématique de la Croisette, reconnue pour ses ventes de prestige, son expertise dans les vins, la joaillerie et l’art du XXe siècle.
Pouvez-vous revenir sur le parcours qui vous a menée jusqu’à Besch Cannes Auction ?
Claire Waechter : Un parcours assez classique. J’ai commencé par une licence de droit à l’université de Nancy, ma ville d’origine, avant d’intégrer l’École du Louvre à Paris, où j’ai suivi des études que j’ai adorées. Je voulais devenir commissaire-priseur depuis le départ, et l’École du Louvre me semblait être le meilleur chemin pour préparer l’examen. Diplômée en 2014, j’ai ensuite travaillé dans plusieurs petites structures, d’abord en province, puis en région parisienne, notamment chez Lombrail-Teucquam-Truchetet. J’ai toujours eu envie de m’installer sur la Côte d’Azur, où j’ai de la famille, et je suivais le travail de Jean-Pierre Besch depuis des années. Lorsqu’il a publié une annonce en 2024, par l’intermédiaire du Conseil des maisons de vente, pour recruter un commissaire-priseur salarié, j’ai immédiatement saisi l’occasion.
D’abord commissaire-priseur salariée, vous prenez la direction de la maison de vente en juillet 2025, puis vous êtes nommée sur la charge judiciaire en janvier 2026. Comment s’est fait le passage de relais avec Jean-Pierre Besch ?
C. W.: Je suis arrivée comme commissaire-priseur salarié, aussi bien sur l’activité volontaire que judiciaire, à un moment où Jean-Pierre Besch souhaitait progressivement alléger son activité. Je pense que l’idée d’une transmission existait déjà, mais elle ne m’a pas été présentée ainsi dès le départ. Nous avons simplement travaillé ensemble, et les choses se sont faites naturellement. L’entente avec l’équipe a été excellente, et il tenait à ce que la transition soit fluide, que les clients soient rassurés sur l’avenir, et que la maison reste fidèle à une certaine exigence de sérieux et de déontologie.
Vous exercez encore tous les deux sous la même enseigne. Comment se répartissent aujourd’hui les rôles ?
C. W.: Sa présence est une véritable chance. Lorsqu’on a exercé ce métier toute sa vie, il n’est pas évident de s’arrêter du jour au lendemain. Aujourd’hui, j’assure la gestion de la maison, tandis qu’il continue à prendre les rendez-vous qui l’intéressent et à entretenir les relations publiques. Nous dirigeons également les ventes à deux, ce qui est très agréable.
Observer la manière de présenter les œuvres, de dialoguer avec le public de Jean-Pierre Besch, c’est la meilleure école.
Quatre journées d’enchères consécutives représentent un véritable marathon, pour le commissaire-priseur comme pour toute l’équipe. Nous pouvons nous relayer, ce qui apporte aussi plus de rythme en salle. Son expérience au marteau est précieuse. Observer sa manière de présenter les œuvres, de dialoguer avec le public, c’est la meilleure école. Certains proches m’ont même dit qu’à force j’avais adopté certaines de ses intonations !
Qu’est-ce qui fait, selon vous, l’ADN de cette maison de ventes ?
C. W.: Notre année est structurée autour de quelques temps forts. Ce sont des ventes de prestige, organisées sur quatre ou cinq journées consécutives, avec un rythme bien établi. Ce fonctionnement nous permet de sélectionner des pièces importantes, tant par leur estimation que par leur intérêt artistique, et de construire des ventes très choisies. Nous continuons également à publier un catalogue papier pour chaque vacation, ce qui est devenu assez rare.
Jean-Pierre Besch a construit ce calendrier de ventes de prestige en triptyque, grands vins et alcools, Arts Passion, haute joaillerie et montres, à des périodes peu exploitées (vacances de Pâques, d’août et de Noël). Allez-vous le conserver ?
C. W.: Oui, parce que ce sont devenus de véritables rendez-vous. Ces périodes correspondent à des moments où notre clientèle est présente à Cannes. Les habitants de la région, les Niçois, les personnes de l’arrière-pays, mais aussi de nombreux Parisiens qui possèdent une résidence secondaire sur la Côte d’Azur. Ils viennent en août, à Noël ou à Pâques, connaissent nos dates, assistent aux expositions et aux ventes, et passent souvent à l’étude récupérer les catalogues. Cette fidélité est précieuse, et c’est aussi ce qui rend ce métier si attachant.
Jean-Pierre Besch organise dès 1993 des ventes aux enchères dans les salons du Martinez, hôtel de luxe de la Croisette au style Art déco, accueillant de nombreuses stars lors du festival de Cannes. Vous continuez aujourd’hui de donner rendez-vous aux enchérisseurs dans ce lieu plutôt que dans une salle de ventes, qu’est-ce que ce décor apporte à vos vacations ?
C. W.: Le choix de ne pas avoir de salle de ventes permanente a été fait il y a longtemps. Nous avons des bureaux sur la Croisette, mais pas d’espace dédié à l’année, ce qui impose une certaine rigueur, notamment en matière de stockage. C’est un fonctionnement qui nous convient très bien. Le Martinez est un lieu emblématique de la Croisette, avec des salons chaleureux et élégants. Ce cadre donne à chaque vente une dimension particulière, les visiteurs circulent, prennent le temps de regarder les œuvres, et le lieu participe pleinement à l’atmosphère.
La maison Besch figure parmi les vingt premières maisons du classement annuel du Conseil des maisons de vente dans le secteur « Art et objets de collection », tout en occupant une place de premier plan dans le vin et les bijoux. Comment une maison de ventes indépendante parvient-elle à maintenir un tel niveau de performance ?
C. W.: Parce que nous faisons relativement peu de ventes. Nous sommes une petite équipe, trois collaboratrices, Jean-Pierre Besch et moi, mais chaque lot est véritablement travaillé, et toute l’organisation est parfaitement rodée, des transporteurs aux photographes en passant par le stockage.
Cela fait un an que vous avez pris les rênes de Besch Cannes Auction. Quel premier bilan en tirez-vous ?
C. W.: Je n’ai pas vu l’année passer ! Le premier constat, c’est la force de l’ancrage régional construit au fil des années par Jean-Pierre Besch. Les Cannois nous font confiance et pensent spontanément à nous lorsqu’ils souhaitent faire estimer ou vendre une collection. Et en plus de cette implantation locale solide, nous bénéficions d’un véritable rayonnement international.
Le sud-est une région qui évolue, attire une population parfois plus jeune, et renouvelle progressivement nos habitués.
J’ai été également surprise de constater à quel point notre clientèle s’était développée dans le même temps vers l’ouest, notamment dans le Var. Cela tient sans doute à notre communication, en particulier dans “Nice-Matin” et désormais dans “Var-Matin”. Cette clientèle était beaucoup moins présente il y a une dizaine d’années. C’est une région qui évolue, attire une population parfois plus jeune, et renouvelle progressivement nos habitués.
Les enchérisseurs se rendent-ils toujours en salle, ou privilégient-ils désormais uniquement les plateformes ?
C. W.: Pour les bijoux comme pour les tableaux, nos ventes sont très fréquentées, alors même que ces acheteurs pourraient facilement se contenter des plateformes en ligne. Ces dernières sont indispensables et nous apportent une clientèle internationale, mais la présence du public participe à créer une atmosphère unique, pour l’équipe comme pour les experts.
Les enchérisseurs se rendent-ils toujours en salle, ou privilégient-ils désormais uniquement les plateformes ?
C. W.: La région attire de nombreux collectionneurs, et plusieurs maisons parisiennes viennent désormais y organiser des ventes saisonnières. Chacun peut y trouver sa place, mais rien n’est jamais acquis. J’ai eu la chance de reprendre une maison déjà solidement installée, dont la réputation avait été construite au fil des années, et j’en mesure pleinement l’héritage.
Que souhaitez-vous insuffler de nouveau au sein de cette maison ?
Ma priorité est d’abord de pérenniser ce qui a été construit, le calendrier des ventes, leur positionnement, et le partenariat avec le Martinez, auquel je suis très attachée. Si un changement devait intervenir un jour, ce serait toujours dans un palace cannois. Deux projets sont actuellement en préparation, notamment l’ajout de ventes intermédiaires au calendrier. Il est encore trop tôt pour en parler en détail, mais l’idée est clairement d’explorer de nouveaux territoires.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
C. W.: Avec confiance et combativité !