Un intérieur design des années 1950 resté intact aux enchères à Lyon

12/08/2026

Le 9 septembre à Lyon, Médicis Enchères dispersera un ensemble de mobilier design des années 1950 signé Knoll, Noguchi et Guariche, provenant d’une villa moderniste restée intacte depuis 1958.

« Un musée du design ! » Le commissaire-priseur Clément Schintgen ne tarit pas d’éloges à l’égard de l’intérieur qu’il s’apprête à disperser aux enchères. Construite par les parents des actuels propriétaires, cette villa de Caluire-et-Cuire, dans la banlieue chic de Lyon, a été achevée en 1958 et meublée dans la foulée « avec goût et discernement, et le marché leur a donné raison ». À la pointe de l’architecture de son époque, la maison « n’a pas pris une ride », au point que la parcourir donne « l’impression d’entrer dans une faille spatio-temporelle : rien n’a bougé ». Véritable period room, cet ensemble sera proposé aux enchères le 9 septembre à Lyon par la maison Médicis Enchères.

Des sièges tulipe Knoll à l’applique bleue de Pierre Guariche

La collection dévoile un florilège d’icônes du mobilier moderne : les sièges tulipe dessinés par Eero Saarinen pour Knoll, ou encore une coffee table d’Isamu Noguchi, autant de classiques reconnaissables au premier coup d’œil. « Ils avaient de l’argent, mais surtout du goût, un œil visionnaire », insiste Clément Schintgen, qui souligne la cohérence d’une maison pensée dans les moindres détails.

Isamu NOGUCHI (1904-1988), d’après. Table basse modèle « IN 50 » à piétement mobile en bois laqué noir et plateau de verre. Traces d’usage et infimes éclats. 37 x 128 x 91 cm. Estimation : 600 – 800 euros.

Parmi les pièces phares figure une applique modèle G1 de Pierre Guariche, dans un coloris bleu que le commissaire-priseur juge exceptionnel : « Je n’en ai retrouvé aucune autre. » Son ingénieux système de bascule met en dialogue deux abat-jour : l’un projette une lumière directe, l’autre la renvoie en éclairage d’ambiance, pour un rendu tout en douceur.

Le mobilier joue lui aussi la carte du raffinement, à l’image d’un fauteuil d’Hans Bellmann, dont la structure tubulaire extérieure accueille une coque garnie de cuir fauve. Ce sens du détail s’est même prolongé jusqu’au jardin, meublé d’une paire de chaises « Mushroom » de Willy Guhl et Robert Pansart. Designer suisse majeur des années 1950, tant par ses recherches formelles que structurelles, Guhl, qui enseignait alors le design en Suisse, avait conçu ces assises pour une entreprise spécialisée dans le fibrociment.

Hans BELLMANN (1911-1990) – Edition STRÄSSLE, d’après Fauteuil en cuir fauve à piètement tubulaire. Usures, traces d’usage, oxydations. 83 x 82 x 93 cm. Estimation : 2 000 – 3 000 euros.

La vacation réserve enfin une redécouverte aux amateurs les plus pointus : un lampadaire du designer et architecte lyonnais Jean-Pierre Vincent, équipé lui aussi d’un système à rotule. « On le croise moins souvent aux enchères, il est moins connu du grand public », note Clément Schintgen, qui rappelle sa notoriété locale à l’époque : « il avait conçu le plus grand lustre du monde, tout en néons lumineux, qui illuminait l’échangeur de la gare de Lyon-Perrache. » Un marché « un peu oublié aujourd’hui, mais dont les lignes séduisent toujours ».

JEAN-PIERRE VINCENT (1926-1992) ARCHITECTE-DESIGNER & EDITEUR Rare lampadaire réglable en hauteur et en inclinaison, la cache-ampoule sur potence à terminaison modulable en orientation. La base et les rotules cylindriques, le pied d’appui, la partie haute du fût, la potence et la patère conique de l’abat-jour en laiton. La partie base du fût et le cache-ampoule en métal laqué noir. L’abat-jour peint blanc à l’intérieur et recevant une plaque circulaire articulée en perspex blanc. Étiquette JP VINCENT. Années 1950. Accidents, oxydations, manques. H. max 169 cm. Estimation : 3 500 – 5 000 euros.

Le goût visionnaire d’un couple et un marché désormais international

L’histoire de cet intérieur donne toute sa saveur à la vente. « En 1960, ils auraient pu acheter du mobilier Louis XV », rappelle le commissaire-priseur pour mesurer l’audace d’un couple qui a préféré le design le plus contemporain de son temps. À l’époque, ces meubles n’avaient rien de pièces de collection : c’était du « mobilier meublant » pour le quotidien. Plusieurs lots, dont les créations Knoll, sont d’ailleurs accompagnés de leurs factures d’origine, émanant de deux magasins de décoration lyonnais. Quant à l’applique de Guariche, restée toujours accrochée au même mur, elle garnissait la pièce technique où le père de famille pratiquait la photographie et le cinéma : les héritiers connaissaient bien les grands noms comme Knoll, mais ce luminaire est resté pour eux une découverte.

Pierre Guariche (1926-1995). Applique mobile à contrepoids modèle  » G1  » en métal laqué bleu (d’origine ?) à système de potence pivotante, rotule en laiton, double abat-jour ajouré. Petits accidents, oxydations, interrupteur à refixer. 112 x 158 cm. Estimation : 4 000 – 6 000 euros.

Il est vrai que Pierre Guariche, tombé dans l’oubli, n’a été véritablement redécouvert que depuis une dizaine d’années. « Les créations de Guariche sont désormais plébiscitées dans le monde entier », rappelle le commissaire-priseur. Soixante-dix ans après avoir choisi le mobilier de leur temps, ce couple d’amateurs éclairés aura ainsi eu le dernier mot : nul doute que leur mobilier suscitera, le 9 septembre à Lyon, la convoitise des collectionneurs du monde entier.

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