Le 27 mars 2020 | Mis à jour le 3 avril 2020

Estimation : une estampe japonaise signée Hiroshige

par Diane Zorzi

Vous souhaitez connaître la valeur d’une œuvre d’art ? Les commissaires-priseurs d’Interencheres délivrent chaque jour des estimations gratuites en ligne. Aujourd’hui, Guillaume Cornet examine une estampe japonaise signée Hiroshige et dénichée dans une librairie ancienne tokyoïte par un couple d’amateurs originaires du Centre-Val de Loire.

 

Ce matin, lors d’une demande d’estimation gratuite effectuée sur interencheres.com, Guillaume Cornet a reçu plusieurs photographies d’une estampe japonaise. « C’est une épreuve de format classique, dit “oban yoko-e”, c’est-à-dire qu’elle mesure environ 37×25 cm et qu’elle est orientée en format paysage (pour les formats portraits, on utilise le terme “tate-e”). Elle est signée en bas à gauche Utagawa Hirsohige, un artiste origine d’Edo, l’actuelle Tokyo, qui est l’un des plus grands maîtres au XIXe siècle de l’estampe japonaise dite ukiyo-e », analyse le commissaire-priseur installé à Blois et Orléans.

 

 

Aux origines des estampes japonaises « ukiyo-e »

Les premières estampes japonaises « ukiyo-e » apparaissent au XVIe siècle avec l’émergence d’une bourgeoisie urbaine et marchande. « Cette technique de reproduction sur papier est moins coûteuse que celle employée jusqu’alors pour la peinture. Aussi, l’estampe démocratise l’art et devient pour cette nouvelle classe sociale un substitut aux formes artistiques traditionnelles. »

 


Comment étaient réalisées les estampes japonaises ?

Les estampes japonaises étaient réalisées selon la technique de la gravure sur bois, la xylographie. Le graveur utilisait une plaque de bois et creusait autour de l’image. Il taillait dès lors toutes les parties qu’il souhaitait laisser vierges sur le papier. Ainsi, seuls les motifs à imprimer apparaissaient en relief. Enfin, il procédait à l’impression sur papier à l’aide d’un baren qu’il appliquait sur le dos de l’estampe en pressant sur la plaque de bois.


 

D’abord utilisées pour illustrer des livres d’images, les « e-hon », ou des romans, les estampes prennent rapidement leur autonomie. « Elles sont progressivement réalisées sur des feuilles volantes, les “ichimai-e”, ou servent aux affiches gravées notamment pour le théâtre kabuki. » Ces estampes « ukiyo-e » – « images d’un monde flottant » en japonais – dévoilent alors les splendeurs de la nature, la vie quotidienne ou les plaisirs populaires, dépeignant un monde éphémère, en pleine mutation.

 

Kitagawa Utamaro (ca. 1753-1806), « Après le bain », 1801.

 

« Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable…. ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo.»

Asai Ryōi (1612-1691), Les Contes du monde flottant, 1665.

 

Katsushika Hokusaï (ca. 1760-1849), « Fuji par temps clair », vers 1830–1832.

 

Créée par le peintre japonais Hishikawa Moronobu (1618-1694), les estampes ukiyo-e séduisent maints maîtres japonais tout au long de l’époque Edo (1603-1868). « On retient généralement trois d’entre eux : Kitagawa Utamaro (ca. 1753-1806), connu au XVIIIe siècle pour ses portraits de jolies femmes et ses scènes érotiques, Katsushika Hokusai (ca. 1760-1849), célèbre pour ses Cent vues du mont Fuji et sa grande vague, et Utagawa Hiroshige (1797-1858) qui s’illustra par ses représentations des splendeurs de la nature. » Au XIXe siècle, Edmond de Goncourt participera activement à la diffusion de leurs œuvres. Elles intégreront les collections d’artistes tels que Monet ou Van Gogh, et offriront dès lors une source d’inspiration inépuisable aux peintres et sculpteurs occidentaux les plus avant-gardistes.

 

Utagawa Hiroshige (1797-1858), 16e vue, 15e étape des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō : Nuit de neige à Kambara, 1832.

 

Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō

En bas à gauche de notre estampe, le commissaire-priseur reconnaît, au-dessus du cartouche portant la signature de l’artiste, la date « 1832 », inscrite en japonais.

 

 

« En 1832, Hiroshige accompagne, lors d’une mission officielle, le cortège du shogun [N.d.l.r. Le shogun était le général en chef des armées japonaises] sur la route du Tōkaidō. A partir de ce périple, il réalise la série qui le rendra célèbre, les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, publiée en 1833-1834. » Dans ce recueil d’estampes, véritable guide de voyage, Hiroshige illustre chaque étape de son parcours au gré de cette route mythique, longue de plus de cinq cents kilomètres et jalonnée de cinquante-trois relais. Reliant l’actuelle Tokyo à Kyoto, avec pour point de départ le pont de Nihonbashi, celle-ci était alors fréquentée par nombre de voyageurs, marchands et pèlerins. « Hiroshige a pris sur le vif les vues les plus époustouflantes rencontrées lors de ce périple au cœur de la campagne japonaise et il est le premier à représenter chacun des cinquante-trois relais longeant la mer de l’Est. »

Notre estampe figure quant à elle la quarante-cinquième station. « En haut à gauche, on peut lire le titre “Averse blanche à Shōno”, accompagné, dans une coloquinte, du sous-titre “Averse”. »

 

 

La ville de Shōno-juku se situe près de l’actuelle Suzuka, dans la préfecture de Mie. Elle est précédée du relai Ishiyakushi-juku et suivie de celui de Kameyama-juku. « Ici, Hiroshige représente l’orage s’abattant en pleine route sur les personnages qui peinent à avancer, décrit Guillaume Cornet. L’un d’eux, à droite, est d’ailleurs contraint de rebrousser chemin. Ce sujet est caractéristique de l’œuvre d’Hiroshige qui était particulièrement apprécié pour son traitement très expressif des intempéries, telles que la pluie ou la neige. »

 

 

Des estampes estimées jusqu’à 5 000 euros

Déclinée en plusieurs versions, cette scène d’averse à Shōno est prisée des collectionneurs. « Aux enchères, elle s’adjuge jusqu’à 5 000 euros pour les estampes les plus anciennes réalisées par l’éditeur célèbre Hoïdo », détaille Guillaume Cornet. « Mais le prix varie considérablement selon l’ancienneté du tirage. Il faut compter entre 3 000 et 5 000 euros, selon l’état, pour les estampes réalisées du vivant de l’artiste, car elles sont les plus rares, entre 600 et 800 euros pour un tirage postérieur à sa mort mais daté de la deuxième moitié du XIXe siècle, et enfin entre 100 et 200 euros pour un tirage plus récent du XXe siècle, car les tirages ont été très nombreux jusqu’à aujourd’hui. »

Pour les estampes, il est souvent nécessaire de compléter une première expertise sur photographie par un rendez-vous avec le commissaire-priseur. Avant de fixer son estimation, celui-ci doit pouvoir examiner de plus près le papier. « Ici, le papier semble en bel état, peu altéré par le temps, mais il peut très bien s’agir d’un papier ancien qui a été restauré. » De même, il doit étudier de plus près la finesse d’exécution des dégradés colorés, les épreuves les plus anciennes arborant les dégradés les plus riches. « Ici, les verts sont joliment dégradés, mais dans certaines versions ils le sont davantage, c’est ce qui me fait penser qu’il pourrait s’agir d’un tirage tardif. Il y a également un indice dans la marge à gauche, qui pourrait être le nom de l’éditeur et nous indiquer ainsi qu’il s’agit d’un tirage postérieur à l’époque d’Hiroshige. Mais encore une fois, il faudra examiner l’estampe de plus près pour fixer une estimation définitive. »

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Les estampes d’Hiroshige aux enchères : sélection de belles adjudications

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