Vous souhaitez connaître la valeur d’une œuvre d’art ? Les commissaires-priseurs d’Interencheres délivrent chaque jour des estimations gratuites en ligne. Aujourd’hui, Guillaume Cornet examine une estampe japonaise signée Hiroshige et dénichée dans une librairie ancienne tokyoïte par un couple d’amateurs originaires du Centre-Val de Loire.
Ce matin, lors d’une demande d’estimation gratuite effectuée sur interencheres.com, Guillaume Cornet a reçu plusieurs photographies d’une estampe japonaise. « C’est une épreuve de format classique, dit “oban yoko-e”, c’est-à-dire qu’elle mesure environ 37×25 cm et qu’elle est orientée en format paysage (pour les formats portraits, on utilise le terme “tate-e”). Elle est signée en bas à gauche Utagawa Hirsohige, un artiste origine d’Edo, l’actuelle Tokyo, qui est l’un des plus grands maîtres au XIXe siècle de l’estampe japonaise dite ukiyo-e », analyse le commissaire-priseur installé à Blois et Orléans.
Aux origines des estampes japonaises « ukiyo-e »
Les premières estampes japonaises « ukiyo-e » apparaissent au XVIe siècle avec l’émergence d’une bourgeoisie urbaine et marchande. « Cette technique de reproduction sur papier est moins coûteuse que celle employée jusqu’alors pour la peinture. Aussi, l’estampe démocratise l’art et devient pour cette nouvelle classe sociale un substitut aux formes artistiques traditionnelles. »
Comment étaient réalisées les estampes japonaises ?
Les estampes japonaises étaient réalisées selon la technique de la gravure sur bois, la xylographie. Le graveur utilisait une plaque de bois et creusait autour de l’image. Il taillait dès lors toutes les parties qu’il souhaitait laisser vierges sur le papier. Ainsi, seuls les motifs à imprimer apparaissaient en relief. Enfin, il procédait à l’impression sur papier à l’aide d’un baren qu’il appliquait sur le dos de l’estampe en pressant sur la plaque de bois.
D’abord utilisées pour illustrer des livres d’images, les « e-hon », ou des romans, les estampes prennent rapidement leur autonomie. « Elles sont progressivement réalisées sur des feuilles volantes, les “ichimai-e”, ou servent aux affiches gravées notamment pour le théâtre kabuki. » Ces estampes « ukiyo-e » – « images d’un monde flottant » en japonais – dévoilent alors les splendeurs de la nature, la vie quotidienne ou les plaisirs populaires, dépeignant un monde éphémère, en pleine mutation.
Kitagawa Utamaro (ca. 1753-1806), « Après le bain », 1801.
« Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable…. ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo.»
Asai Ryōi (1612-1691), Les Contes du monde flottant, 1665.
Katsushika Hokusaï (ca. 1760-1849), « Fuji par temps clair », vers 1830–1832.
Créée par le peintre japonais Hishikawa Moronobu (1618-1694), les estampes ukiyo-e séduisent maints maîtres japonais tout au long de l’époque Edo (1603-1868). « On retient généralement trois d’entre eux : Kitagawa Utamaro (ca. 1753-1806), connu au XVIIIe siècle pour ses portraits de jolies femmes et ses scènes érotiques, Katsushika Hokusai (ca. 1760-1849), célèbre pour ses Cent vues du mont Fuji et sa grande vague, et Utagawa Hiroshige (1797-1858) qui s’illustra par ses représentations des splendeurs de la nature. » Au XIXe siècle, Edmond de Goncourt participera activement à la diffusion de leurs œuvres. Elles intégreront les collections d’artistes tels que Monet ou Van Gogh, et offriront dès lors une source d’inspiration inépuisable aux peintres et sculpteurs occidentaux les plus avant-gardistes.
Utagawa Hiroshige (1797-1858), 16e vue, 15e étape des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō : Nuit de neige à Kambara, 1832.
Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō
En bas à gauche de notre estampe, le commissaire-priseur reconnaît, au-dessus du cartouche portant la signature de l’artiste, la date « 1832 », inscrite en japonais.
« En 1832, Hiroshige accompagne, lors d’une mission officielle, le cortège du shogun [N.d.l.r. Le shogun était le général en chef des armées japonaises] sur la route du Tōkaidō. A partir de ce périple, il réalise la série qui le rendra célèbre, les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, publiée en 1833-1834. » Dans ce recueil d’estampes, véritable guide de voyage, Hiroshige illustre chaque étape de son parcours au gré de cette route mythique, longue de plus de cinq cents kilomètres et jalonnée de cinquante-trois relais. Reliant l’actuelle Tokyo à Kyoto, avec pour point de départ le pont de Nihonbashi, celle-ci était alors fréquentée par nombre de voyageurs, marchands et pèlerins. « Hiroshige a pris sur le vif les vues les plus époustouflantes rencontrées lors de ce périple au cœur de la campagne japonaise et il est le premier à représenter chacun des cinquante-trois relais longeant la mer de l’Est. »
Notre estampe figure quant à elle la quarante-cinquième station. « En haut à gauche, on peut lire le titre “Averse blanche à Shōno”, accompagné, dans une coloquinte, du sous-titre “Averse”. »
La ville de Shōno-juku se situe près de l’actuelle Suzuka, dans la préfecture de Mie. Elle est précédée du relai Ishiyakushi-juku et suivie de celui de Kameyama-juku. « Ici, Hiroshige représente l’orage s’abattant en pleine route sur les personnages qui peinent à avancer, décrit Guillaume Cornet. L’un d’eux, à droite, est d’ailleurs contraint de rebrousser chemin. Ce sujet est caractéristique de l’œuvre d’Hiroshige qui était particulièrement apprécié pour son traitement très expressif des intempéries, telles que la pluie ou la neige. »
Des estampes estimées jusqu’à 5 000 euros
Déclinée en plusieurs versions, cette scène d’averse à Shōno est prisée des collectionneurs. « Aux enchères, elle s’adjuge jusqu’à 5 000 euros pour les estampes les plus anciennes réalisées par l’éditeur célèbre Hoïdo », détaille Guillaume Cornet. « Mais le prix varie considérablement selon l’ancienneté du tirage. Il faut compter entre 3 000 et 5 000 euros, selon l’état, pour les estampes réalisées du vivant de l’artiste, car elles sont les plus rares, entre 600 et 800 euros pour un tirage postérieur à sa mort mais daté de la deuxième moitié du XIXe siècle, et enfin entre 100 et 200 euros pour un tirage plus récent du XXe siècle, car les tirages ont été très nombreux jusqu’à aujourd’hui. »
Pour les estampes, il est souvent nécessaire de compléter une première expertise sur photographie par un rendez-vous avec le commissaire-priseur. Avant de fixer son estimation, celui-ci doit pouvoir examiner de plus près le papier. « Ici, le papier semble en bel état, peu altéré par le temps, mais il peut très bien s’agir d’un papier ancien qui a été restauré. » De même, il doit étudier de plus près la finesse d’exécution des dégradés colorés, les épreuves les plus anciennes arborant les dégradés les plus riches. « Ici, les verts sont joliment dégradés, mais dans certaines versions ils le sont davantage, c’est ce qui me fait penser qu’il pourrait s’agir d’un tirage tardif. Il y a également un indice dans la marge à gauche, qui pourrait être le nom de l’éditeur et nous indiquer ainsi qu’il s’agit d’un tirage postérieur à l’époque d’Hiroshige. Mais encore une fois, il faudra examiner l’estampe de plus près pour fixer une estimation définitive. »
Les estampes d’Hiroshige aux enchères : sélection de belles adjudications
Par ROUILLAC à MONTBAZON
le 12/06/2017 : Rare ALBUM comprenant environ 200 ESTAMPES reliées,
dont neuf triptyques Meiji et 166 planches du Tokaido meisho no uchi , dit aussi le TOKAIDO processionnaire – reliant Tokyo à Kyoto (Gyoretsu Tokaido).
La série Tokaido meisho no uchi dit le Tokaido processionnaire de 1863, est un travail collectif par plusieurs éditeurs et artistes, publié afin de commémorer la procession d Edo à Kyoto du shogun Iemochi pour présenter ses respects à l Empereur. En 1863, le shogunat Tokugawa était extrêmement faible, proche de la dissolution, et cette procession et sa représentation furent le dernier éclat d un glorieux passé.
Utagawa Kunisada /Toyokuni III (1786-1864) : 39 oban tate-e
Toyohara Kunichika (1835-1900) : 9 oban tate-e
Utagawa Hiroshige II (1829-1869) : 32 oban tate-e
Utagawa Kunifuku (actif 1854-1864) :4 oban tate-e
Utagawa Kunitsuna (1805-1868) : 9 oban tate-e
Kawanabe Kyosai (1831-1889) : 22 oban tate-e
Utagawa Sadahide (1807-1973) : 3 oban tate-e
Utagawa Tsuyanaga (étudiant de Yoshitsuya) : 1 oban tate-e
Utagawa Yoshiiku (1833-1904) : 1 oban tate-e
Utagawa Yoshikata (actif 1841-1864) : 1 oban tate-e
Taguchi Yoshimori (1830-1884) : 17 oban tate-e
Utagawa Yoshimune (1817-1880) : 3 oban tate-e
Utagawa Yoshitora (actif ca. 1840-1880) : 20 oban tate-e
Taiso Yoshitoshi (1839-1892) : 9 oban tate-e
Koko Yoshitsuya (1822-1866) : 16 oban tate-e
Rare album intact, aux estampes montées se déroulant comme une route.
Très bel état de fraîcheur.
Provenance :
– acquis par Victor SEGALEN vers 1900
– offert à son ami Georges-Daniel de MONFREID
– offert en 1952 à Pierre TOUBERT, membre de l Institut, professeur émérite au Collège de France (attestation jointe).
A rare ALBUM containing 200 binded PRINTS including nine Meiji triptychs and 166 prints of the Tokaido meisho no uchi . Great freshness.
Par MIRABAUD MERCIER à PARIS
le 14/06/2016 : HIROSHIGE Utagawa (1797-1858)
Ensemble comprenant : trente-cinq oban yoko-e de la série « Tokaido gojusan tsugi no uchi », les cinquante-trois stations du Tokaido.
Signés « Hiroshige ga », cachet d’éditeur Hoeido.
Vers 1831-1834.
Haut. : 22,5 cm ; Larg. : 35 cm environ
(Marges coupés, collés sur carton, quelques taches).
2: Shinagawa
4: Kanagawa
8: Hiratsuka
12: Mishima
13: Namazu
14: Hara
15: Yoshiwara
17: Yui
18: Okitsu
19: Ejiri
20: Fuchu
27: Kakegawa
33: Shirazuka
34: Futagawa
35: Yoshida
36: Goyu
37: Akazaka
38: Fujikawa
39: Okazaki
40: Chiryu
41: Narumi
42: Miya
43: Kuwana
44: Yokaichi
45: Ishiyakuchi
46: Shono
47: Kameyama
48: Seki
49: Sakamoshita
50: Tsuchi-yama
51: Minakuchi
52: Ishibei
53: Kusatsu
54: Otsu
55: Kyoto
Avec une inscription à la main : « Tokaïdo go-jin san tsughi. Les 53 stations du Tokaïdo. La route de la mer de l’Est, la route de Yedo à Kioto. Serie de 55 planches par Hiroshigé. de Goncourt ».
Par AuctionArt Remy Le Fur & ass à PARIS
le 11/12/2018 : Utagawa Hiroshige (1797 -1858)
Vingt-six oban tate-e de la série Gojusan tsugi meisho zue, les cinquante trois stations du Tokaido. Signés Hiroshige ga, éditeur Tsutaya.
(Quelques taches et trous.)
Par MIRABAUD MERCIER à PARIS
le 27/03/2015 : HIROSHIGE (1797-1858).
Oban yoko-e de la série « Tokaido gojusan tsugi no uchi », les 53 stations du Tokaido, planche « tsuchiyama ».
Signé : « Hiroshige ga ».
Haut. : 24,5 cm ; Larg. : 37 cm.
Par ROUILLAC à TOURS
le 24/03/2014 : HIROSHIGE (1797-1858)
Oban yoko-e de la série Tokaido gojusan tsugi no uchi , les 53 stations du Tokaido, planche Kambara.
Signé Hiroshige ga.
(pliure médiane, légèrement coupée)
Provenance :
Collection docteur Jacques Lelong, conservé dans sa famille depuis.
Château de l Aiglerie près d Angers.
Par POUSSE-CORNET SARL – VALOIR à Blois
le 16/02/2019 : Utagawa HIROSHIGE (1797-1858): Oban yoko-e, de la serie Tokaido Gojusan tsugi no uchi, Les cinquante-trois stations du Tokaido, station 46 : averse soudaine a Shono. Signe Hiroshige ga, editeur Hoeido. (Taches de foxing, petits manques, marges coupees). Dim. a vue 21 x 33 cm. Expert: Cabinet Portier
Par MIRABAUD MERCIER à PARIS
le 01/04/2016 : UTAGAWA Hiroshige (1797-1858)
Oban yoko-e de la série » Tokaido gojusan tsugi no uchi « , représentant les cinquante-trois stations du Tokaido, planche » Mariko « .
Signé » Hiroshige ga « , cachet d’éditeur Hoeido.
Haut. : 25 cm ; Larg. : 37 cm.
(Trous).
Par KÂ- MONDO à PARIS
le 25/10/2015 : HIROSHIGE (1797-1858) :
» Paysage lacustre »
Trois estampes en couleur de la série 53 stations du Tokaido (1840)
D : 20 x 15 cm.
Par Ader OVV à PARIS
le 24/05/2017 : Utagawa Hiroshige (1797 – 1858)
Oban yoko-e, de la série Tokaido gojusan no uchi, Les cinquante-trois stations du Tokaido, planche 5, Hodogaya : pont de Shinmachi. Signé Hiroshige ga, v.1834, éditeur Takenouchi Magohachi et Tsuruya Kiemon, cachet de censeur kiwame. (Marges légèrement coupées).
Dimensions : 25,5 x 37,3 cm
Tirage similaire :
Museum of Fine arts, Boston, accession n°21.5004
Par LE HAVRE ENCHERES à Le Havre
le 10/07/2017 : Utagawa Hiroshige II (1826-1869)
Album comprenant cinquante trois (sur cinquante six) chuban tate-e de la série « Toikaido gojusan tsugi », les cinquante trois stations du Tokaido. Signés Hiroshige ga, cachets de censeur aratame, année du rat (1864) et du serpent (1869). (Légèrement coupé, taches).
Dim. 24 x 18 cm.
Expert Cabinet Portier 01.48.00.03.41
Par Ader OVV à PARIS
le 24/05/2017 : Utagawa Hiroshige (1797 – 1858)
Oban yoko-e, de la série Tokaido gojusan no uchi, Les cinquante-trois stations du Tokaido, station 55, Kyoto : le grand pont à Sanjô. Signé Hiroshige ga, v.1834, éditeur Takenouchi Magohachi, cachet de censeur kiwame.
Dimensions : 25,7 x 37 cm
Tirage similaire : Museum of Fine Arts, Boston, accession n°11.2076
On y joint un retirage meiji par Hiroshige, oban yoko-e de la série Edo kinko hakkei no uchi, Huit vues des environs d’Edo, averse de nuit dans le bois d’Azuma.
Par Sarl CANNES ENCHERES à Cannes
le 30/01/2011 : Estampe de Hiroshige, série du grand Tokaido, station 25 « Kanaya ». Vers 1833.
Par Ader OVV à Paris
le 13/02/2019 : Deux oban tate-e, femme assise mesurant du tissu et femme assise coupant les branches d’un bonsaï par Fusatane ; et un chuban yoko-e du Tokaido par Hiroshige, hommes sur des barques naviguant sous le pont.
Dim. : 24,7 x 18 cm ; 24,4 x 18,2 cm ; 15,4 x 21 cm ; encadrées sous verre.
Provenance :
Vente Ader Picard Tajan le 28 et 29 novembre 1988.
Par Art Richelieu – Castor Hara à Paris
le 20/11/2012 : HIROSHIGE.
OBAN YOKO-E. SÉRIE DU GRAND TOKAIDO. VERS 1833.
Station 20 « Fuchu ». 600/1 000
Par Ader OVV à PARIS
le 24/05/2017 : Utagawa Hiroshige (1797 – 1858)
Oban tate-e, de la série Tokaido gojusan tsugi meisho zue, Vues célèbres des cinquante-trois stations, station 42, Miya : terminal Atsuta du ferry de Shichiri. Signé Hiroshige ga, 1855, éditeur Tsutaya Kichizô, cachet de censeur aratame. (Petits trous, restauration à un angle).
Dimensions : 37,5 x 25,5 cm
Tirage similaire : Museum of Fine Arts, Boston, accession n°11.30292
On y joint un retirage Meiji de la station 43, Kuwana, de la même série.
Par Ader OVV à PARIS 9EME ARRONDISSEMENT
le 30/10/2015 : JAPON
Ando Hiroshige (1797 – 1858)
Six oban yoko-e des séries du Tokaido (édition Hoeido et autre) et des Vues célèbres de la capitale de l est. (toto meisho)
(Marges coupées, taches d humidité).
Par SVV Frédéric LAURENT de RUMMEL à Saint-Germain-en-Laye
le 24/02/2019 : HIROSHIGE (1797-1858)
Deux estampes oban yoko-e de la série des « Cinquante-trois stations du Tokaido », Shirasuka, vue de Shiomizaka, et Futakawa, Sarugababa. (Marges coupées, insolées et tachées). On y joint une estampe de l’école shin-hanga par Hiroaki (1871-19456), représentant le mont Fuji vue du village de Mizukubo, et trois copies d’estampes d’après Hiroshige Utamaro et Shunei.