Le 24 avril 2020 | Mis à jour le 4 mai 2020

Estimation : une jardinière en faïence néogothique

par Diane Zorzi

Vous souhaitez connaître la valeur d’un objet d’art ? Les commissaires-priseurs d’Interencheres délivrent chaque jour des estimations gratuites en ligne. Aujourd’hui, Matthieu Semont examine une jardinière en faïence de style néogothique.

 

Ce matin, Matthieu Semont a reçu la photographie d’une coupe lors d’une demande d’estimation gratuite effectuée sur interencheres.com. Avec pour seuls repères cette image et la mention de dimensions approximatives (quarantaine de centimètres de longueur), le commissaire-priseur de la maison de ventes orléanaise Philocale tente d’apporter des premiers éléments d’expertise. « Etant donné ses dimensions, il s’agit probablement d’une jardinière à fleurs. Elle est de forme quadrilobée, et, de par l’aspect mat du blanc, a probablement été exécutée en faïence, la porcelaine offrant un rendu davantage brillant. »  

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Une jardinière à fleurs d’intérieur

Si les premières jardinières en faïence apparaissent dès la Renaissance, elles intègrent massivement les intérieurs au XIXe siècle. A cette époque, le commerce des plantes d’intérieur se développe à mesure que l’industrialisation et l’urbanisation s’intensifient. Roses, lys, lilas, marguerites, pervenches fleurissent ainsi au sein des salons bourgeois, évoquant une nature sauvage, absente des villes. « La jardinière était généralement posée au centre de la table, ou sur des meubles périphériques, et accueillait des fleurs coupées que l’on disposait dans de la mousse ou du sable, pour créer des compositions florales », explique Matthieu Semont. « Avec sa forme quadrilobée, notre jardinière pouvait accueillir ainsi quatre types de fleurs différents. »

 

Un décor néogothique

Reposant sur des griffes et présentant une monture en bronze doré, la faïence arbore un riche décor fait de bandes alternées rouges et bleues. « C’est ce que l’on appelle un décor bandé, précise le commissaire-priseur. Par ailleurs, la jardinière est godronnée, c’est-à-dire que chaque bande est légèrement boursoufflée.» Chacune d’elles accueille un riche décor floral. « Ce décor, probablement imprimé de résines dorées, reprend un langage héraldique, propre à la période gothique. » Fait d’ornements floraux, entrelacs ou motifs quadrilobés, le style gothique connaît un regain d’intérêt dès le milieu du XVIIIe siècle en Angleterre, loué sous la plume d’écrivains romantiques tel William Thomas Beckford. Au XIXe siècle, un nouveau style dit « néogothique » se répand alors partout en Europe où s’élèvent des monuments, inspirés de l’architecture gothique médiévale. « Ce style correspond à tout un mouvement historiciste qui se développe dans les années 1830-1840, où l’on se réfère à des périodes antérieures, ou du moins à l’idée que l’on en a. Les artistes puisent dès lors leur inspiration dans la Renaissance ou le Moyen-âge. » Ce goût s’exportera jusqu’aux Etats-Unis et perdurera jusqu’au XXe siècle. « Notre faïence, de par son décor quelque peu exagéré, date quant à elle probablement de l’époque de Napoléon III, autour des années 1870. »

 

 

Une faïence de la manufacture de Lunéville-Saint-Clément

Au XIXe siècle, plusieurs centres en France produisirent des objets en faïence à décor historiciste. « De nombreuses manufactures étaient installées dans la région parisienne, que ce soit à Creil-Montereau, Choisy-le-Roi ou Montigny-sur-Loing, ainsi que dans la région Centre à Gien, Tours (Sainte-Radegonde) ou Blois, ou encore dans l’est à Sarreguemines et Lunéville, en Lorraine. C’est à cette dernière fabrique de Lunéville-Saint-Clément que je rattacherais notre faïence. Par son style et ses couleurs, elle est caractéristique de la production de cette faïencerie. »

 

Une jardinière estimée entre 30 et 50 euros

Bien qu’ancienne, cette jardinière est estimée entre 30 et 50 euros par le commissaire-priseur. « Ce type de jardinière, simple d’un point de vue formel avec sa monture en métal doré, est relativement courant en vente aux enchères et le décor historiciste n’est pas tellement à la mode aujourd’hui, explique Matthieu Semont. De plus, elle présente quelques accidents : la dorure est en grande partie lacunaire et on peut distinguer une fêlure sur la bordure. Une jardinière identique mais en bon état aurait quant à elle été estimée autour de 100 euros. »

 

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