Le 11 mars 2024 | Mis à jour le 14 mars 2024

Matthieu Semont : « La vente aux enchères est une véritable performance. »

par Diane Zorzi

Commissaire-priseur à Orléans, Maître Mattieu Semont ne cesse de chercher à réinventer sa profession. Quadragénaire dynamique, il veut aller à la rencontre du public et l’inviter à une véritable performance autour des enchères…

 

Qu’est-ce qui pour vous fait la spécificité d’un commissaire-priseur ?

Le rapport patrimonial aux choses. Le rôle d’un commissaire-priseur est de ressusciter un patrimoine, de faire parler les objets. Nous sommes en quelque sorte des passeurs et participons à l’histoire. J’ai découvert par exemple un compendium astronomique exceptionnel du XVIe siècle qui témoignait d’une période de partage de connaissances inouï. Cela m’a ému de voir l’engouement que cet instrument scientifique d’antan suscite encore aujourd’hui de la part des collectionneurs et des institutions qui ont poussé les enchères jusqu’à 80 000 euros. De même, j’ai adjugé à 2 400 euros un tabouret de la célèbre designer Charlotte Perriand qui décorait un intérieur bourgeois des plus classiques dont rien ne laissait présager la présence d’une pièce aussi moderne. Le commissaire-priseur doit toujours être en alerte, pour ne pas passer à côté du trésor qui peut se cacher chez chacun de nous… C’est pour ces belles expériences que j’ai choisi ce métier. Cela étant, notre quotidien n’est pas fait uniquement de trésors. La richesse de notre métier tient d’ailleurs dans cette grande diversité. Le défi consiste alors à trouver un juste équilibre entre la recherche des trésors et la sauvegarde d’un patrimoine, moins illustre peut-être, mais témoin d’une histoire, collective ou individuelle. Et pour le transmettre, il faut aller à la rencontre du public…

 

 

« La vente aux enchères est une véritable performance où le commissaire-priseur revêt le costume du maître de cérémonie. Il est un meneur qui anime un spectacle. »

 

 

Quels moyens mettez-vous en place pour attirer ce public et vous rendre plus accessible ?

J’essaye de m’adapter aux nouvelles habitudes en développant notamment les outils d’enchères par internet. Je soigne également mes communications avant-ventes et sur les réseaux sociaux pour attirer une nouvelle génération. Les émissions télévisées ou radiophoniques sont également un bon moyen de s’approprier un nouveau public. Un dimanche matin par mois, je propose des estimations en direct sur une radio locale. Il est important d’humaniser les ventes et de casser l’image du commissaire-priseur inaccessible, en offrant à nos vendeurs un service à la carte, adapté à chaque cas d’espèce. Aussi ai-je multiplié et développé la vente à domicile qui permet de mieux valoriser les meubles laissés dans leur contexte. A la suite de l’une de mes consœurs, Mathilde Sadde-Collette, j’ai également initié la vente sur place en un seul lot de l’intérieur d’une maison encombrée. En quittant ma salle et le confort de ma tribune, je peux véritablement me rapprocher de ma clientèle et être en contact direct avec elle.

 

Que diriez-vous à un non-initié pour l’inciter à se rendre à une vente aux enchères ?

Je lui dirais que la vente aux enchères est une expérience intense à vivre, un moment à chaque fois unique et empreint d’émotion, de surprise, d’excitation. En tant qu’acheteur, vous pouvez non seulement assister à la vente, mais aussi y participer en devenant acteur des enchères. Finalement, la vente aux enchères est une véritable performance où le commissaire-priseur revêt le costume du maître de cérémonie. Il est un meneur qui anime un spectacle. Aussi, pour s’approprier pleinement ce rôle, certains de mes confrères optent pour des cours d’éloquence, moi j’ai choisi le chant. En effet, lors de mes premières ventes, je peinais à maîtriser ma voix. Je devenais même parfois complètement aphone ! J’ai donc pris des cours de chant qui m’ont permis de poser ma voix et de mieux interagir avec mon public.

 

Crédit photos © Sébastien Siraudeau

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