Le 17 septembre 2020 | Mis à jour le 17 septembre 2020

Expertise d’une commode parisienne d’époque Régence

par Jacques Dubarry de Lassale

Datant du début du XVIIIe siècle, les commodes de l’époque Régence conservent la structure massive du style Louis XIV, tout en arborant des lignes plus souples et galbées, préfigurant le style Louis XV. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile ici ses techniques d’expertise avec l’examen d’une commode parisienne, dont plusieurs éléments ont été retouchés à la fin du XIXe siècle.

 

Au premier coup d’œil, nous nous trouvons en présence d’une commode d’époque Régence (photo en Une), ouvrant à quatre tiroirs sur trois rangs, dont deux tiroirs dans le rang supérieur. L’aspect général extérieur de cette commode est à première vue satisfaisant, à l’exception des poignées de bronze doré qui sont de style Louis XVI. Mais une surprise nous attend à l’ouverture des tiroirs qui, à l’exception de la façade, ont été entièrement refaits à la fin du XIXe siècle.

 

Les bois

Les bois constituant l’ossature du meuble sont en chêne pour le dos (photo 2), sapin pour le reste de la caisse et les façades de tiroirs. Les tiroirs ont été refaits en châtaignier pour les côtés, en peuplier pour le dos et en chêne pour les fonds. Les bois de placage utilisés sont du bois de rose pour la plus grande partie de la façade et des côtés (photos 1 et 3), et du bois de violette pour les encadrements et les chanfreins en bois de travers (photo 4).

 

 

Les montages des tiroirs

Les fonds de tiroirs sont montés à mollets dans des rainures pratiquées dans le bas des côtés (croquis 1), système peu usité au XVIIIe siècle, mais très utilisé au XIXe siècle.

 

 

L’arrière du tiroir en peuplier est plus bas que les côtés (photo 5). Ce montage est apparu au XIXe siècle. Les tiroirs débordent à l’arrière pour servir de butée, ce qui n’est également pas courant au XVIIIe siècle. Enfin, une clé en forme de cheville (photo 6) traverse l’arrière du côté pour servir de butée sur la face interne du piétement de façade, afin de limiter la course du tiroir et ne pas risquer de le faire tomber en voulant trop l’ouvrir. Ce système a été très utilisé à partir de l’époque Napoléon III. Ces montages se retrouvent sur les quatre tiroirs. Les traces de sciage sous les fonds de tiroirs sont également typiques du XIXe siècle (photo 7).

 

 

Cette commode est également intéressante par la construction des façades de ses quatre tiroirs dont les caractéristiques sont très visibles. Le principe de construction est simple, lorsque les façades sont galbées, l’ébéniste colle trois planches les unes sur les autres (photos 8 et 9 repère A) pour obtenir l’épaisseur nécessaire à la découpe du galbe de la façade (croquis 2). Cette technique, que l’on retrouve sur les commodes Louis XIV et Louis XV, présente deux avantages essentiels : une économie de bois et une sécurité sur la forme. En effet, le collage de planches minces permet d’éviter l’éclatement et les déformations d’un bois plus épais.

 

 

 

Le choix des poignées de tirage

A l’intérieur de la façade d’un tiroir, on aperçoit deux trous de fixation de poignées dites « tombantes » d’époque Régence (photo 9 repère B). Pourquoi ces poignées ont-elles été remplacées ? Nous ne saurions le dire. En revanche, le choix du modèle Louis XVI (photo 10) s’explique car ce modèle de poignée camoufle parfaitement les anciens trous de fixation.

 

Les serrures

Les serrures sont du XIXe siècle, à palâtre en acier limé et têtière en laiton (photo 11). Elles ont été posées au moment de la réfection des tiroirs.

 

 

Le marbre

La commode est coiffée d’un marbre griotte rouge de Belgique très utilisé sous la Régence (photo 12). Son épaisseur est de 3,8 cm et il présente sur la façade et les côtés une moulure en bec de corbin. L’arrière est un bord de bloc rectifié à l’outil (photo 13). Ce marbre est bien l’original.

 

 

Les bronzes

Les bronzes sont de belle qualité. Outre les poignées changées, les entrées de serrure des tiroirs (photo 4), le bronze du tablier à décor de coquille et de feuilles d’acanthe (photo 14), les deux sabots (photo 15) et les chutes à tête de faune (photo 16) sont bien d’époque Régence. Cette commode, malgré tous les aléas de conservation qui amputent sa valeur estimative, demeure néanmoins très décorative.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

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