Le 3 décembre 2020 | Mis à jour le 9 décembre 2020

Lalanne, Perriand, Ruhlmann : des icônes du design en vente en live

par Diane Zorzi

Les grands noms du design seront réunis le 5 décembre, sous le marteau d’Aymeric et Philippe Rouillac, à l’occasion de la quatrième édition de leur vente annuelle « arts + design », organisée avec le CCC OD de Tours en direct sur Interencheres. Plus de 140 pièces, provenant de collections privées, seront proposées aux enchères, dont une lampe grand-échassier de François-Xavier Lalanne, un bureau en forme libre de Charlotte Perriand et un argentier d’exception signé Emile-Jacques Rulhmann. Décryptage.

 

Une lampe grand-échassier de Lalanne

De l’ibis égyptien à la cigogne, la grue ou l’héron, les échassiers peuplent notre imaginaire depuis l’Antiquité, vénérés tour à tour comme des symboles de longévité, fertilité, savoir ou sagesse. De cet oiseau mythique, François-Xavier Lalanne (1927-2008) en a fait une véritable icône du design, façonnant à partir de ses longues pattes et de sa gorge pansue, une lampe raffinée, d’une grande virtuosité. « La gorge même de l’animal est utilisée pour diffuser la lumière et les ailes, faites de métal, font office d’abat-jour, le volatile éclairant en même temps qu’il produit son ombre », décrivent les commissaires-priseurs de la maison Rouillac.

Exécutée autour de 1990, cette lampe échassier de Lalanne aux couleurs et matières chaleureuses, mêlant un cuivre à patine rouge à un bronze doré et un verre sablé, révèle tout le génie du créateur qui, avec son épouse Claude Lalanne (1925-2019), sut apprivoiser un bestiaire composé de moutons, oiseaux, crocodiles, babouins ou hippopotames, pour le décliner en objets autant fonctionnels qu’artistiques – « la magie d’un art utile ».

Rare sur le marché, la lampe grand-échassier compte aujourd’hui parmi les plus grands chefs-d’œuvre de François-Xavier Lalanne, dont la célébrité s’est accrue à l’international à la faveur de la vente Pierre Bergé / Yves-Saint-Laurent en 2009 ou encore de la rétrospective que le Musée des Arts Décoratifs de Paris consacrait au couple de sculpteurs en 2010. « La lampe qui valait à l’origine quelques milliers d’euros est aujourd’hui évaluée à plus de 70 000 euros. » Nul doute que l’objet saura envoûter les amateurs d’art, tout comme il séduisit une collectionneuse rennaise qui, après l’avoir acheté aux enchères en 2005, a décidé de confier son bien-aimé grand-échassier à la maison Rouillac.

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François-Xavier Lalanne (1927-2008). Lampe grand-échassier, circa 1990, en cuivre à patine rouge, bronze doré et verre sablé. Monogrammé « FxL », cachet d’éditeur « Artcurial » et numéroté 13/900. H. 61, L. 68, P. 35 cm. Estimation : 70 000 – 90 000 euros.

 

Un bureau en forme libre de Perriand

C’est encore une pièce chérie par ses propriétaires successifs que les Rouillac dévoile à l’occasion de cette vente : un bureau de Charlotte Perriand (1903-1999), ayant appartenu à la sœur de Jean Monnet, Marie-Louise (1902-1988) qui l’offrit en guide de cadeau de mariage à ses amis Philippe et Anne Carvallo, un journaliste et une professeur agrégée de philosophie, lesquels devaient conserver jusqu’à ce jour le précieux présent dans leur propriété de Touraine. « Ce meuble, inédit sur le marché, témoigne de la rareté de sa conception et de la liberté d’esprit de sa première propriétaire, Marie-Louise Monnet qui fonda l’Action catholique des milieux indépendants et qui fut la première femme nommée auditrice au concile de Vatican II », expliquent les commissaires-priseurs.

Arborant une forme libre, le meuble est à l’image de sa première propriétaire comme de sa créatrice, Charlotte Perriand, rare femme à avoir réussi à se faire un nom dans l’art du XXe siècle. Le bureau témoigne de l’attachement de Perriand aux techniques artisanales traditionnelles, arborant un madrier de pin massif, monté à la manière des charpentes médiévales, et évoque dans le même temps son goût pour les formes japonisantes, sobres et épurées. « Notre meuble dérive de celui en forme galbée qu’elle dessina en 1939 pour son bureau d’étude, derrière lequel elle posa lors de l’exposition “Synthèse des arts” au Japon en 1953. Elle le décline dans différentes tailles, notamment en 1950, pour l’appartement de l’ancien ministre de l’agriculture du Front Populaire, Georges Monnet, rue d’Ulm à Paris.» A partir de 1956, le bureau est décliné à nouveau en deux dimensions par les éditions Steph Simons, la plus petite correspondant au modèle proposé à la vente. « Notre meuble a toutefois une particularité : le tiroir et la tirette ne sont pas en métal mais en bois massif, à l’image des créations réalisées pour Georges Monnet en 1950. Ce détail nous fait penser que ce petit bureau pourrait être le prototype des grands bureaux de Perriand qui eux sont tous pourvus d’un tiroir et d’une tirette métalliques », note Philippe Rouillac. Une rareté évaluée entre 80 000 et 120 000 euros.

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Charlotte Perriand (1903-1999). Bureau en forme libre, petit modèle. Plateau en madrier de pin massif reposant sur trois pieds, agrémenté d’un tiroir en bois et d’une tirette superposée du côté des deux pieds obliques. H. 72, L. 175, P. 86 cm. Estimation : 80 000 – 120 000 euros.

 

Un argentier de Ruhlmann mêlant le luxe à l’épure

Simplicité et rigueur seront à nouveau de mise avec l’une des autres pièces phares de la vente : un argentier à ressaut réalisé autour de 1931-1934 par le maître de l’Art déco, Emile-Jacques Rulhmann (1879-1933). « Ce buffet d’environ trois mètres de long est l’une de ses productions les plus prestigieuses et figure en pleine page de l’ouvrage de référence consacré par Pierre Kjellberg au mobilier du XXe siècle », poursuivent les commissaires-priseurs.

Avec cet argentier, Ruhlmann n’a jamais aussi bien porté son surnom de « Riesener de l’Art déco », livrant un meuble aux finitions irréprochables, dans la lignée du maître ébéniste préféré de Louis XVI. « Notre argentier combine les caractéristiques de deux meubles du règne de Louis XVI : l’enfilade, dont il épouse la longueur, et le meuble à hauteur d’appui, dont il partage la hauteur. » Mais si son précieux palissandre des Indes ou son plateau en marbre Portor évoquent les fastes du XVIIIe siècle, ses riches matériaux sont intégrés avec élégance et légèreté. « Cette beauté régressive ne doit pas nous faire oublier la fantastique modernité de ce meuble. La plinthe, qui évolue comme une ligne terminée par deux volutes sphériques, évoque en effet les Rythmes peints par Delaunay et le mouvement orphiste en cette même année 1934. » Une modernité, mêlant le luxe à l’épure, qui n’échappa pas à l’œil acéré du grand spécialiste de l’Art déco, Félix Marcilhac, l’un des heureux propriétaires de cet argentier, estimé entre 40 000 et 60 000 euros.

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Émile-Jacques Ruhlmann (1879-1933). Argentier à ressaut, c. 1931-1934, en placage de palissandre des Indes. Plateau en marbre Portor de forme rectangulaire à gorge. H. 101, L. 280, P. 74 cm. Estimation : 40 000 – 60 000 euros.

 

Des meubles et objets d’art signés Prouvé, Leleu ou Matégot

Aux côtés de ces pièces d’exception, des meubles et objets design de Jean Prouvé, Jules Leleu, Mathieu Matégot ou Gae Aulenti seront également proposés à la vente, avec des estimations plus accessibles, à moins de 4 000 euros. L’occasion pour le plus grand nombre de faire entrer dans son intérieur des œuvres d’art signées d’artistes majeurs du XXe siècle. 

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