Un coffret hispano-colonial du XVIIIe siècle a été confié à la maison Artcurial pour expertise. Philippine Maraval, élève commissaire-priseur, nous livre ses observations et le fruit de ses recherches, sous la supervision de Filippo Passadore, directeur du département Mobilier et Objets d’Art.
Les commissaires-priseurs en herbe, dont l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs (ANECP) assure la cohésion, proposent aux lecteurs du Magazine des enchères de revivre en direct des travaux d’expertise menés à quatre mains dans les coulisses des salles des ventes. Aujourd’hui, c’est au tour de Philippine Maraval, élève commissaire-priseur au sein de la maison Artcurial, de se prêter à l’exercice. Sous l’œil aguerri de Filippo Passadore, directeur du département Mobilier et Objets d’Art, elle décrypte pour nous un coffret hispano-colonial du XVIIIe siècle.
Première impression ?
Philippine Maraval : L’objet présenté est un coffret en bois et ivoire végétal avec une monture en argent. Ma première impression est celle de vouloir l’ouvrir et voir ce qu’il renferme. À son ouverture, on découvre un intérieur garni de velours vert. Malheureusement, aucun trésor ne s’y cache !
Filippo Passadore : Ce coffret est étonnant à la fois par ses proportions et par la richesse de son décor incrusté ; la qualité de la monture relève quant à elle d’une grande qualité de savoir-faire dans l’art de l’orfèvrerie.

Un mouvement artistique ?
Philippine Maraval : Le décor de la monture en argent rappelle les créations de la période baroque avec des détails rocailles très caractéristiques. On peut noter la présence des pieds en enroulement rappelant aisément la forme du ‘pututu’, petit coquillage fréquemment illustré dans les travaux d’ornementation de la rocaille. Ce dernier s’illustre davantage en une forme de papillon stylisé sur notre coffre.
Par ailleurs, le mélange étonnant de matériaux avec l’argent, aussi raffiné soit-il, mêlé à des matériaux extrêmement bruts comme du bois ou de l’ivoire végétal suggère une production d’un pays où ces différentes matières étaient abondantes à cette période, peut être vers le Pérou ou la Bolivie ?
Filippo Passadore : Tout à fait, si le bois et l’ivoire de palmier peuvent se trouver sur différents continents au XVIIIe siècle, les gisements en argent provenaient quant à eux principalement de l’Empire colonial espagnol. En particulier, nous pouvons associer cela à la région de l’Alto Peru et plus précisément au plateau du Potosi. Ce territoire, qui correspond à une région de la Bolivie actuelle, était célèbre pour ses riches gisements d’argent, parmi les plus importants au monde, dès la fin du XVIe siècle.

Le sujet ?
Philippine Maraval : Ce coffret n’est pas un medium ‘commun’, le sujet n’est pas aussi lisible que sur un tableau ou une sculpture mais nous pouvons tout de même observer la présence de nombreux oiseaux dans le décor dont certains avec le bec ouvert. Cette iconographie peut être mise en relation avec un choix précis et fait référence au symbole de l’eucharistie.
Filippo Passadore : En effet, les symboles iconographiques que renferme notre coffret sont assez abondants. Quand on observe son couvercle par exemple, on y retrouve un monogramme ‘IHS’. IHS signifie « Jesus Hominem Salvator » ou « Jésus Sauveur des Hommes » tandis que la barre centrale de la lettre H transformée en croix et surmontant un cœur percé de trois clous représente les armoiries de la compagnie des Jésuites, très active en Amérique latine tout au long du XVIIIe siècle.

L’état de conservation et l’estimation ?
Philippine Maraval : Malgré sa traversée des siècles, ce coffret est en très bon état de conservation. Il a une jolie patine d’usage tout comme la monture en argent. Il sera proposé dans notre vente Mobilier et Objets d’Art du 16 juin avec une estimation de 10 000 à 15 000 euros.
Filippo Passadore : Les objets hispano-coloniales sont aujourd’hui recherchés auprès des collectionneurs internationaux. D’autres objets comparables par leur technique et provenant de cette même région sont aujourd’hui conservés dans des institutions muséales. Nous espérons qu’il fera l’objet de convoitise auprès de notre clientèle d’amateurs et collectionneurs avisés.