Le 5 octobre 2021 | Mis à jour le 5 octobre 2021

Le contenu du Château de La Rochepot vendu aux enchères

par Diane Zorzi

Dans le cadre d’une vente judiciaire, l’entier contenu du Château de La Rochepot sera dispersé aux enchères le 10 octobre à Beaune. Cette demeure a vu se succéder au fil des siècles d’illustres personnalités, de Louis de Savoie aux ducs de Bourgogne et à la famille du président Sadi Carnot.

 

Sur ordonnance du tribunal de commerce, Grégoire Muon s’apprête à vendre aux enchères le contenu du château de La Rochepot. Le bâtiment appartenait depuis 2015 à un homme d’affaire ukrainien qui, impliqué dans de nombreux scandales de corruption, se cachait en Bourgogne sous une fausse identité, après s’être fait passer pour mort dans son pays d’origine. Depuis l’arrestation du châtelain en octobre 2018, la demeure sommeille, arborant à son entrée de lourdes grilles fermées. Pourtant, elle fut de longues années durant le troisième monument le plus visité de Bourgogne, et pour cause. Niché sur un piton rocheux, le château de La Rochepot a vu se succéder au fil des siècles, du fait de sa situation privilégiée sur l’axe reliant la Seine à la Saône, d’illustres personnalités, de Louis de Savoie aux ducs de Bourgogne et à la famille du président Sadi Carnot.

 

Des ducs de Bourgogne à la famille Carnot : une propriété convoitée

Le château de La Rochepot doit son nom actuel au seigneur Régnier Pot (1362-1432), chambellan du duc Philippe II de Bourgogne et chevalier de la Toison d’Or, qui, à son retour des croisades, engagea des travaux de réaménagement à partir des premiers vestiges datés du XIIe siècle. « L’essentiel du bâtiment du XVe siècle est toutefois édifié par son petit-fils, Philippe Pot, que l’on qualifiait de chevalier le plus accompli de son temps, explique le commissaire-priseur Grégoire Muon. A cette époque, le duché de Bourgogne rivalise de puissance avec le Royaume de France. Philippe Pot est nommé premier conseiller du roi Louis XI et son tombeau est aujourd’hui conservé au musée du Louvre. » A partir du XVIe siècle, le château passe à nouveau entre des mains fameuses, du connétable de France, Anne de Montmorency, au cardinal de Retz et au chevalier Pierre Legroux de la Berchère. « Lors de la Révolution française, alors qu’il appartient à Joseph Blancheton, le château est réquisitionné par l’Etat. Le mobilier est dispersé aux enchères avant que le bâtiment ne soit déclaré bien national. Le citoyen Bélorgey s’en porte alors acquéreur et le démolit en grande partie. »

 

 

La renaissance d’un château néogothique

Le château n’est plus que ruine lorsque Cécile Carnot, l’épouse du président de la République Sadi Carnot, l’achète en 1893 pour l’offrir à son fils aîné, le colonel Lazare-Hippolyte-Sadi Carnot (1865-1948). « Le lieu incarne parfaitement l’esprit romantique, caractérisé par l’attrait pour les ruines et le pittoresque, et la famille Carnot avait ses attaches à Nolay, un village voisin », précise le commissaire-priseur. Durant vingt-cinq ans, ce militaire passionné d’histoire s’évertue à rendre au château son lustre d’antan à travers une campagne de restauration ambitieuse qu’il confie à l’architecte en chef des monuments historiques de Dijon, Charles Suisse (1846-1906). « Cet élève de Viollet-le-Duc y allie l’ancien et le moderne, apportant au style néogothique quelques touches de modernité empruntées notamment à l’Art nouveau. » Charles Suisse s’entoure d’artistes réputés, à l’instar de Xavier Schanosky qui réalise des sculptures imitant les réalisations bourguignonnes du XVe siècle. Sous l’impulsion de l’architecte, la demeure renoue avec l’esprit du XVe siècle. Plus d’un siècle plus tard, le château, ainsi que le vignoble et son parc environnant, seront finalement classés au titre des monuments historiques.

 

 

Des effets personnels de la famille Carnot

Si le château accueille aujourd’hui les effets personnels de son dernier propriétaire ukrainien, telles que des meubles modernes ou des pièces Christofle et Baccarat, de nombreux objets témoignent encore de son passé illustre. La vente aux enchères débutera ainsi avec la dispersion de la bibliothèque dans laquelle figurent des livres relatifs aux sciences, à l’histoire militaire, au régionalisme ou à la généalogie, ainsi que de nombreux exemplaires portant les armes de la famille Carnot.  « Certains ouvrages ont même été imprimés spécialement pour le Président Carnot, à l’instar de l’Exposition rétrospective militaire du ministère de la guerre en 1889 du Général Thoumas imprimé sur papier Japon en 1890 (estimé entre 200 et 300 euros) ». La pièce maîtresse de la bibliothèque porte quant à elle les armes du Comte d’Avenas. « Il s’agit d’un recueil généalogique en dix volumes (3 000 – 4 000 euros) daté de la fin du XIXe siècle et écrit entièrement à la main. Cet ensemble unique et monumental renferme des milliers de généalogies, essentiellement bourguignonnes, dont certaines inédites.» Des notes généalogiques, compilées en trois volumes reliés en plein veau marbré, seront également présentées aux enchères (2 000 – 2 500 euros). « Ces notes sont tirées de documents anciens et de publications savantes. On y ajoutera deux volumes, l’un retraçant les filiations de la famille d’Avenas, l’autre contenant des extraits des archives de Bourgogne suivis d’une table onomastique de 1 100 noms de familles qui, à elle seule, a représenté, selon les mots de l’auteur « 127 jours d’un travail très pénible pour les yeux, la main et l’attention ». »

 

 

A la vente également, des plâtres de Xavier Schanosky (1867-1915) retracent la reconstruction de l’édifice (estimés de 100 à 300 euros), des armures, meubles et tapisseries évoquent l’héritage médiéval des lieux, une suspension à pétrole arbore la devise des Pot et des Carnot « A la belle » en lettres gothiques (2 000 – 3 000 euros) et un Bouddha en bois sculpté, offert par la dernière impératrice Tseu-Hi au président Sadi Carnot, atteste des liens anciens noués entre la France et la Chine. « Le colonel Sadi Carnot tenait ce Bouddha de son père qui le reçut probablement alors qu’il était ministre des travaux publics. Il avait un attachement particulier à cet objet, puisqu’il ornait sa première chambre à La Rochepot.» Une photographie aquarellée représentant le roi Alexandre Ier, fils du roi Milan Ier de Serbie, apportera enfin un autre témoignage intime de l’illustre famille, le roi y adressant son « hommage respectueux » à Madame Carnot (1 000 – 1 500 euros). Autant de lots chargés d’histoire qui défileront sous le marteau de Grégoire Muon le 10 octobre à Beaune et en live sur Interencheres.

Enchérir | Suivez la vente du contenu du château de La Rochepot le 10 octobre en live sur interencheres.com

 

Découvrez notre sélection de lots dans la vente du château de La Rochepot

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