Le 18 décembre 2013 | Mis à jour le 18 décembre 2013

Le « devoir sculptural » du Corbusier

par Interencheres

[Le lot du jour] Un cône massif de couleur bleu est opposé à figure rouge incurvée, ces deux deux éléments verticaux s’avèrent reliés par un socle noir lévitant et perpendiculaire. Bien que libres, chacune des formes de cet ensemble semblent se répondre. Elles constituent ainsi une composition équilibrée, voire même aérienne. Cette sculpture abstraite aux lignes épurées et aux couleurs primaires et tranchées se trouve être l’un des « objets suspendus » du Corbusier (1887-1965). Mais si l’architecte en est bien l’auteur, l’idée de réaliser une œuvre sculptée ne vient pas de lui.

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Sa renommée d’architecte est déjà bien installée quand il reçoit un jour les photos d’une sculpture réalisée à partir de ses dessins… Une véritable surprise pour Charles-Edouard Jeanneret, son véritable patronyme, qui ne s’est jusqu’alors jamais penché sur cette discipline. Loin de vouloir le plagier, l’auteur de l’œuvre sculptée souhaite au contraire rendre hommage à son ami. Car les deux hommes se connaissent bien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Corbusier a en effet été ravitaillé grâce à l’aide du sculpteur, un dénommé Joseph Savina (1901-1983), un menuisier breton rencontré par le biais d’une connaissance commune : le poète et critique d’art Pierre Guéguen (1889-1965). En remerciement, l’architecte lui enverra un ouvrage sur ses dessins et sa peinture. C’est alors que Savina a l’idée d’en tirer une sculpture. L’ébéniste la montre ensuite timidement montrer à Guégen qui, impressionné par le résultat, lui conseille d’envoyer les photos de l’œuvre au Corbusier.

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Conquis par cette initiative, l’architecte décide de proposer une collaboration artistique à Savina. « Le Corbusier envoie alors ses dessins de sculpture à l’ébéniste qui les interprète en trois dimensions et les matérialise, puis les retourne à leur concepteur, qui s’occupe de les mettre en couleur. Cette association fructueuse sera à l’origine de 44 sculptures, soit la totalité des œuvres sculptées réalisées par Le Corbusier au cours de sa carrière. Une importante correspondance naîtra entre les deux artistes autour de ce que l’architecte appellera « son devoir sculpté », lettres qui sont aujourd’hui conservées à la fondation Le Corbusier », explique Maître Candice Osenat-Boutet, qui mettra cette composition de 74 centimètres de haut sculptée aux enchères le samedi 21 décembre 2013 à Fontainebleau.

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Notre sculpture, qui provient directement de la descendance de l’architecte, s’intitule « Ozon », le nom du village pyrénéen dans lequel Le Corbusier se retira en 1940. Son estimation de 50 000 à 80 000 euros pourrait vite être dépassée, sachant que l’un des derniers « objets suspendus » signé Le Corbusier et Savina a dépassé les 100 000 euros, alors qu’elle ne présentait pas de polychromie et qu’elle était d’un plus petit format.
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Le même jour, Maître Osenat-Boutet proposera également une exceptionnelle applique à cinq lumières en bronze à patine dorée à décor de panthères de Diego Giacometti (1902-1985), le frère cadet d’Alberto. « L’histoire de cette œuvre est particulièrement émouvante, explique la commissaire-priseur. Il s’agit en effet d’un cadeau fait Giacometti à l’un de ses voisins. Le vendeur m’a en effet confié qu’il habitait rue du Moulin-Vert dans le XIVe arrondissement de Paris, la même rue où se trouvait l’atelier de l’artiste. Notre homme passait d’ailleurs souvent devant ce lieu de création lorsqu’il promenait son chien, jusqu’au jour où Giacometti se prend d’affection pour l’animal et commence à s’entretenir avec son maître ». Par amitié pour son voisin, Diego Giacometti lui offrira donc les lumineuses panthères qu’il avait remarquées dans son atelier. Le second tirage de cette applique se trouve dans une collection privée à Genève. Estimation : de 30 000 à 40 000 euros.

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Lien vers l’annonce de vente

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